Il a vendu sa femme plus de 300 fois: la Suède condamne un «monstre»
Le dernier client venait de partir lorsqu'une nuit d'octobre dernier, la Suédoise est enfin parvenue à s'enfuir. Elle avait découvert l'angle mort des caméras installées dans toute la maison, des caméras avec lesquelles son mari l'avait surveillée pendant des années et filmée lors de rapports sexuels avec d'autres hommes.
Elle s'est alors enfuie nue de la ferme isolée située à l'extérieur de la petite ville de Kramfors, dans le centre de la Suède, avant d'appeler la police. «J'étais prisonnière de ma propre maison», a-t-elle raconté, la voix encore marquée par la peur. Après trois années, elle était enfin en sécurité.
Selon l'acte d'accusation, son mari, aujourd'hui âgé de 61 ans, l'aurait menacée à plusieurs reprises de violences depuis 2022 si elle le quittait. Il lui aurait fracturé des côtes, administré des drogues et menacé de l'immoler par le feu. Dans le même temps, cet homme, ancien membre du groupe de motards Hells Angels et qui se décrivait lui-même comme un «monstre», proposait sa femme à 120 clients pour des rapports sexuels. Selon le ministère public, au moins 300 actes sexuels ont eu lieu, en ligne ou en personne, dans leur camping-car ou dans d'autres lieux, notamment des hôtels.
Cette affaire a profondément choqué la Suède et suscité une vive attention médiatique, notamment parce qu'elle rappelle les sévices infligés par Dominique Pelicot à son épouse Gisèle. Pendant des années, il avait drogué sa femme avant de la livrer à des dizaines d'hommes pour qu'ils la violent. Ce qui a valu au suédois le surnom de «Pélicot suédois».
Affrontement au tribunal
Mardi, Thomas R., 61 ans, a été condamné à quatre ans et cinq mois de prison pour proxénétisme aggravé, tentative de viol et plusieurs autres infractions. Il devra également verser l'équivalent d'environ 17 000 francs suisses à son épouse au titre du tort moral. Selon le tribunal, il l'a menacée, insultée et humiliée, tout en l'exploitant sans aucun scrupule. C'est lui qui recherchait les clients et encaissait les revenus de cette activité sexuelle organisée dans les moindres détails.
En revanche, l'accusé n'a pas été reconnu coupable de viols répétés, comme le demandait le ministère public. Le tribunal a estimé que tous les chefs d'accusation n'étaient pas suffisamment établis. Les preuves, constituées notamment des déclarations des époux, d'un grand nombre de vidéos, de conversations électroniques et d'autres données issues de téléphones portables, ne démontraient pas clairement que la femme avait participé contre sa volonté aux actes sexuels. Le tribunal a également relevé que la victime ne se souvenait plus de nombreuses situations, ce qui compliquait l'établissement des faits.
Pour sa défense, l'accusé a affirmé n'avoir jamais contraint son épouse. Selon lui, il l'aurait simplement aidée à réaliser son rêve de travailler comme «prostituée de luxe». Son épouse a, au contraire, expliqué qu'elle avait décidé de fuir lorsqu'elle avait enfin obtenu une preuve de la contrainte exercée pour la prostitution: un SMS dans lequel Thomas R. lui écrivait qu'elle devait «simplement avoir des rapports sexuels et obéir». Le ministère public soutenait que la victime était totalement sous son emprise et qu'elle n'était, dans les faits, pas en mesure de refuser de vendre des prestations sexuelles.
Pourquoi cette condamnation-là?
Le tribunal n'ayant pas retenu les accusations de viol, la peine est nettement moins lourde que celle infligée à Dominique Pelicot, condamné à 20 ans de prison. «Malheureusement, ce jugement montre qu'il reste encore un long chemin à parcourir pour protéger les femmes contre une telle exploitation», a déclaré Silvia Ingolfsdottir, l'avocate de la Suédoise. Selon elle, sa cliente entend faire appel.
En plus de Thomas R., 28 autres hommes ont été condamnés pour achat de services sexuels. En Suède, cette pratique est illégale, mais seuls les clients sont punissables, les personnes prostituées ne le sont pas. Le tribunal a considéré que 56 achats de services sexuels étaient établis. Dans de nombreux autres cas, les preuves faisaient défaut ou les faits étaient prescrits. Deux hommes ont été condamnés à des peines de prison, tandis que les autres ont écopé d'amendes ou de travaux d'intérêt général. (trad. hun)
