«Cet aspect nous inquiète»: le boss des douanes se livre avant le G7
Fermeture des passages frontières, contrôles renforcés aux douanes, restrictions de circulation et mobilisation de milliers de policiers et militaires: à quelques jours du sommet du G7 d'Evian, les forces suisses et autorités genevoises ont présenté ce jeudi un dispositif de sécurité de grande ampleur.
Seuls 7 des 35 passages frontaliers genevois resteront ouverts pour la population: Anières, Moillesulaz, Thônex-Vallard, Bardonnex, Perly, Meyrin et Ferney-Voltaire. Toutes les autres frontières sont fermées et les passages terrestres et lacustres seront interdits, y compris à pied ou à vélo. Les frontaliers s’apprêtent à vivre un calvaire, comme watson l’écrivait ce mercredi.
Chef Douane Ouest à l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), le colonel Jean-Luc Boillat sera en première ligne durant l'événement. Interrogé par watson à l'issue de la conférence de presse, il revient sur les perturbations attendues pour les frontaliers et les contrôles qui pourront être effectués, même en l'absence de soupçons. Interview.
Colonel Jean-Luc Boillat, quel est le risque principal qui justifie la fermeture de la majorité des passages frontières durant plusieurs jours?
Ces fermetures répondent à des impératifs de sécurité définis par le Conseil d'Etat et la police genevoise. Je suis toutefois conscient des répercussions qu'elles auront pour la population genevoise et les habitants de France voisine. Elles risquent d'entraîner des temps d'attente importants aux frontières, une saturation, voire une paralysie du trafic frontalier, ainsi que des conséquences pour l'économie locale et régionale.
Il ne sera pas totalement représentatif, puisque l'autoroute A1 restera encore ouverte. (réd: Elle sera ensuite partiellement fermée entre Meyrin et la douane de Bardonneux durant 72 heures lors du G7). Nous pourrons néanmoins évaluer si les voies réservées aux détenteurs de laissez-passer remplissent leur rôle et permettent de fluidifier le trafic.
Des dizaines de milliers de frontaliers vont devoir traverser la frontière durant le G7. Arrive-t-on à estimer les temps d'attente pour le franchissement de celle-ci?
En toute honnêteté, c'est très compliqué car il existe beaucoup d’inconnues.
Ils seront 800 douaniers postés sur la frontière et probablement qu’ils feront des contrôles qui ne seront pas de nature à fluidifier le trafic. J’espère que les recommandations de télétravail et de covoiturage seront suivies. Si un frontalier sur deux renonçait à sa voiture, lorsque c’est possible, je pense que la situation sera plus supportable.
Quelles sont vos principales inquiétudes?
Nous avons une préoccupation particulière concernant la fermeture du poste autoroutier de Bardonnex. Entre 400 et 500 camions de transit passent habituellement par ce poste-frontière. Le trafic local continuera à être traité à Ferney-Voltaire pour les dédouanements régionaux, mais le trafic international a été redirigé vers Vallorbe et l'Arc jurassien. C'est une inconnue pour nous. Nous avons tout mis en œuvre pour informer la branche du transport et les entreprises concernées, mais cet aspect nous inquiète.
Vous avez indiqué que des contrôles pourraient être effectués même en l'absence de soupçons. Sur quels critères allez-vous vous baser?
Les contrôles seront réalisés sur la base de profils de risque établis conjointement avec les différents corps de police.
Quels sont ces profils?
Je ne peux pas vous les communiquer pour des raisons tactiques. Ce que je peux dire, c'est que notre mission principale est d'empêcher l'entrée de personnes susceptibles de mettre en péril la sécurité. Ce n'est pas un contrebandier de viande que nous allons chercher. Nous ne sommes pas là pour empêcher des gens de manifester. Des personnes peuvent avoir des opinions sur le G7, sur la Palestine ou sur d'autres sujets et elles ont le droit de les exprimer. Nous n'avons aucune raison objective de les empêcher de franchir la frontière simplement parce qu'elles souhaitent manifester de manière légitime.
Quels ont été les enseignements tirés des événements en marge du G8 d'Evian en 2003 qui avaient traumatisé les Genevois? Etes-vous mieux préparés?
La comparaison est difficile. En 2003, les douanes n'avaient pas les compétences que la police nous a données aujourd'hui. Nous étions responsables de la frontière, c’est tout. Depuis, la situation a profondément changé. Aujourd'hui, nous faisons pleinement partie du dispositif sécuritaire. Nous travaillons en étroite coordination avec les corps de police et nous disposons d'outils que nous n'avions pas à l'époque. C'est probablement la principale différence avec 2003.
