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«Le débat sur le temps d’écran détourne des vraies questions»

«Le débat sur le temps d’écran détourne des vraies questions»

e débat sur le temps d'écran est remis en question par un spécialiste en médias numériques.
Le débat sur le temps d'écran est remis en question par un spécialiste en médias numériques.Image: Moment RF
Selon un spécialiste en médias numériques, la problématique du temps d'écran serait un faux débat, car elle occulte la fonction du smartphone dans le quotidien des gens. Interview.
22.02.2026, 15:5822.02.2026, 15:58
Hanna Hubacher / watson

Faudrait-il moins parler du temps d'écran et plus de la fonction du smartphone dans notre société? C'est l'avis de Moritz Büchi, professeur à l'Institut des médias appliqués de la Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften (ZHAW) et chercheur spécialisé dans les pratiques numériques et le bien-être.

Les injonctions pour passer moins de temps sur son téléphone sont omniprésentes. Qu'en pensez-vous?
Moritz Büchi: En Suisse, deux tiers des personnes disent chercher activement à diminuer leur temps en ligne. Je prends évidemment au sérieux le fait que beaucoup trouvent que leur consommation de smartphone a des effets négatifs sur leur bien-être.

«Ce qui me dérange, c’est que le débat public reste souvent flou quant à la nature réelle du problème et détourne des vraies questions»

Que voulez-vous dire?
Le smartphone regroupe de multiples fonctions. Peu de gens considèrent par exemple problématique le fait de s'informer ou de faire un Facetime avec leur famille qui vit ailleurs. Souvent, ce qui dérange, ce sont d’autres aspects, par exemple la disponibilité permanente ou les réseaux sociaux.

«Se concentrer uniquement sur la durée d’utilisation ne suffit pas, il faut aussi se demander à quoi elle sert»

Les temps ont changé

Des loisirs comme le tricot, la pâtisserie ou le vélo connaissent un regain d’intérêt. Assiste-t-on à un retour vers l’analogique?
Je ne crois pas à un retour vers l'analogique. Il est cependant indéniable qu'il y a eu un renversement du paradigme. Il y a vingt ans, seuls les plus privilégiés pouvaient se permettre un téléphone portable. Personne n’aurait sans doute pensé vouloir passer moins de temps dessus.

«Aujourd’hui, c’est devenu un luxe d’être hors ligne»

Qu’est-ce qui a changé?
Dans les années 1990, internet était perçu comme une révolution technologique. Beaucoup pensaient que l’accès libre à l’information allait diffuser le savoir et la démocratie dans le monde entier. Depuis l'arrivée des connexions mobiles rapides au début des années 2010, l’attention s’est toutefois déplacée vers les effets négatifs, parce que de nombreuses attentes ne se sont pas réalisées.

Par exemple?
L’idée que les médias numériques amélioreraient automatiquement nos relations ou nous fourniraient des informations de qualité. On a pris conscience que les réseaux sociaux fonctionnent surtout comme des plateformes publicitaires et que la désinformation se propage rapidement en ligne.

«Dans le débat public, les réseaux sociaux et les smartphones sont désormais souvent perçus comme mauvais»

La fonction du smartphone en question

De quoi ne parlons-nous pas assez selon vous?
Nous devrions réfléchir à nos attentes en temps que société vis-à-vis des médias numériques et comment les concrétiser.

«Nous parlons trop de technologie et pas assez de fonction»

Comment mettre en place cette infrastructure autour de la technologie?
Dans l’alimentation, les télécommunications ou l'électricité, des entreprises privées opèrent sous un cadre réglementaire strict. Cela crée des incitations en faveur de la qualité, car nous avons collectivement reconnu leur valeur publique. Les médias numériques sont en revanche très peu régulés par l’Etat. Nous devrions réfléchir à la forme que devrait prendre l’ensemble du système et prendre conscience de certains enjeux actuels.

«De nombreuses plateformes remplissent une fonction publique tout en étant détenues par des acteurs privés, guidés par des intérêts commerciaux ou idéologiques»

Cela signifie-t-il que le débat sur l’usage du smartphone serait en réalité un faux débat selon vous?
Oui. Nous ne devons pas faire porter toute la responsabilité sur l’individu. Il faut penser davantage en termes d’infrastructure et se demander par exemple quelles alternatives concrètes ont les gens.

(traduction et adaptation: btr)

Passez-vous trop de temps sur votre téléphone?
Au total, 49 personnes ont participé à ce sondage.
Portrait
Moritz Büchi est professeur de médias numériques à la Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften (ZHAW). Il mène des recherches sur les pratiques numériques et le bien-être, les infrastructures médiatiques et les inégalités sociales.
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Le Professeur Moritz Büchi.Image: ZHAW
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