Ces nationalistes allemands ont fait «des exercices de nuit» en Valais
La semaine dernière, le Mouvement identitaire allemand (Identitäre Bewegung Deutschland, IBD) a organisé son camp national au Simplon. L'IBD a publié des photos de son séjour sur les réseaux sociaux. On y voit notamment le groupe prendre la pose devant l'aigle du Simplon.
Le Mouvement identitaire est un groupe d'extrême droite, fondé en 2012. Il compte plusieurs centaines de membres en Allemagne et possède de nombreuses ramifications. Il s'adresse principalement aux jeunes de droite et d'extrême droite, tout en prenant délibérément ses distances avec d'autres organisations extrémistes, notamment les néonazis. Il se présente comme appartenant à la Nouvelle Droite.
L'Office fédéral allemand de protection de la Constitution le classe parmi les organisations dont l'extrémisme est «avéré», estimant qu'il porte atteinte aux valeurs fondamentales de la démocratie libérale.
Le propriétaire confirme leur séjour
Les militants d'extrême droite allemands ont passé toute la semaine dernière dans un gîte à l'alpage d'Alpjen, au-dessus de Simplon-Village. Le propriétaire des lieux l'a confirmé à notre rédaction. Le groupe se composait de 35 jeunes hommes sportifs et avait réservé sous le nom d'un particulier.
Le propriétaire ignore toutefois de quel groupe d'extrême droite il s'agissait. Selon lui, les jeunes avaient l'air «corrects». «Ils faisaient du sport du matin au soir et organisaient aussi des exercices de nuit.»
Une publication de l'IBD sur X montre effectivement les jeunes hommes en train de randonner, de s'entraîner aux techniques de combat rapproché et de se tenir en rangs serrés. Selon le propriétaire, l'IBD avait déjà séjourné dans cet hébergement du Simplon il y a trois ans.
La version de la police interroge
Le groupe n'a posé aucun problème, assure le propriétaire. Le président de la commune, Sebastian Arnold, confirme lui aussi que tout est resté calme dans le village. Il ignorait la présence de ces militants d'extrême droite.
Interrogée à ce sujet, la police cantonale valaisanne affirme également ne disposer d'aucune information sur la présence d'un groupe d'extrême droite au Simplon. L'affirmation surprend, puisque le propriétaire du gîte assure avoir été interrogé à ce sujet par la police.
Une idéologie obsédée par l'immigration
L'idéologie du mouvement porte le nom d'ethnopluralisme. Ses partisans prônent l'homogénéité culturelle des Etats et des sociétés. Autrement dit, un peuple ne devrait être composé que d'une seule ethnie. Dans les milieux d'extrême droite, le terme de «race» est délibérément évité. Cette idéologie est ainsi qualifiée de «racisme sans races».
La théorie complotiste du «grand remplacement» est également répandue dans les milieux identitaires. Selon celle-ci, l'immigration de personnes non blanches et de musulmans serait délibérément encouragée par les responsables politiques afin de remplacer la population blanche majoritaire en Occident. Cette théorie est considérée comme raciste et antisémite. Le concept de «remigration» est lui aussi répandu dans les milieux d'extrême droite, notamment au sein de l'IBD.
Le logo du Mouvement identitaire reprend la lettre grecque lambda, que les Spartiates arboraient sur leurs boucliers (en référence à Lacédémon, ancêtre mythique des Spartiates). Ce symbole figure également sur les T-shirts des militants d'extrême droite, comme le montrent les images publiées sur X. L'IBD se place dans la lignée du roi spartiate Léonidas, mais aussi de Charles Martel, dirigeant du royaume des Francs, ou de l'empereur romano-germanique Otton Iᵉʳ. Ces souverains auraient défendu l'Europe alors qu'elle se serait supposément trouvée au bord du gouffre (selon leur interprétation orientée de l'histoire). C'est ce que les Identitaires entendent faire à leur tour aujourd'hui.
Les Identitaires entretiennent, par ailleurs, des liens à l'échelle internationale, aussi bien avec d'autres mouvances d'extrême droite qu'avec des groupes identitaires dans d'autres pays, notamment en Autriche et en France. La figure la plus connue du mouvement en Autriche est Martin Sellner, militant d'extrême droite qui était encore, il y a trois ans, porte-parole du Mouvement identitaire autrichien (Identitäre Bewegung Österreich, IBÖ). En 2023, Sarah Regez, responsable de la stratégie des Jeunes UDC, l'avait notamment rencontrée en secret, provoquant un scandale en Suisse.
Un an plus tard, Fedpol avait prononcé une interdiction d'entrée en Suisse contre Martin Sellner et l'avait interpellé dans le canton de Thurgovie, où il avait été invité par «Junge Tat», une autre organisation d'extrême droite. Cette interdiction avait ensuite été levée, car elle était illégale. (trad.: mrs)
