Les Suisses ont un avis tranché sur la neutralité
Pour les Suisses, une chose est claire, même dans le cas d'un net rejet de l’initiative sur la neutralité, comme cela semble se profiler pour ce dimanche, celle-ci conservera toute son importance pour le pays. C’est ce que montre un nouveau sondage réalisé par l’institut de recherche Sotomo. Quelque 82% des personnes interrogées estiment que la neutralité revêt une très grande ou une assez grande importance.
Sotomo a mené cette enquête auprès de 1564 personnes entre le 10 et le 20 septembre, soit en pleine campagne de votation. Le sondage a été commandé par l’association NeutRealität, qui milite en faveur d’une neutralité pragmatique et adaptable et combat l’initiative sur la neutralité.
Les résultats concernant les sanctions et la réexportation sont particulièrement nets. Au total, 79% des personnes interrogées souhaitent clairement ou souhaiteraient plutôt que la Suisse prenne des sanctions économiques contre un État comme la Russie lorsque celui-ci viole le droit international, par exemple en initiant une guerre. Elles soutiennent ainsi la ligne du Conseil fédéral, qui a largement repris les sanctions de l’Union européenne contre le pays dirigé par Vladimir Poutine.
Egalement 54% des personnes interrogées souhaitent qu'à l’avenir, la Suisse autorise des États tiers à réexporter du matériel de guerre suisse vers un pays agressé militairement, ce qui n'a pas été le cas pour la guerre en Ukraine. Le fait que la Suisse avaient refusé trois demandes en ce sens avait d'ailleurs suscité un vif mécontentement en Europe.
L’Allemagne souhaitait livrer à l’Ukraine 12 400 obus suisses de calibre 35mm destinés aux chars Léopard. Le Danemark prévoyait de céder à l'Ukraine 22 blindés Piranha de fabrication suisse. Et l’Espagne souhaitait fournir deux canons 35mm antiaériens Oerlikon. Adrian Wiedmer est le cofondateur et le président de l’association NeutRealität. Il déclare:
Celui qui est également chef d'entreprise ajoute:
Dans le sondage de Sotomo, 66% des personnes interrogées estiment également que la Suisse devrait pouvoir adhérer à une alliance de défense si la menace d'une attaque venait à s'intensifier. 65% d'entre elles souhaiteraient que la Suisse puisse coopérer militairement avec des États amis.
Et 52% voudraient que la Suisse apporte un soutien financier à un État agressé. Seule la question d’un soutien direct de la Suisse à un État agressé est nettement refusée, avec seulement 34% des sondés qui y sont clairement ou plutôt favorables.
Une lettre ouverte aux élus
Adrian Wiedemer ajoute:
NeutRealität en a une conception bien précise de la neutralité helvétique. Pour l’association, le sondage de Sotomo montre qu’il serait pertinent de la lier davantage à la Charte des Nations unies, qui interdit les guerres d’agression et condamne le recours à la force au niveau géopolitique.
L’association s'est fendue d'une lettre ouverte au Conseil fédéral et au Parlement, avec pour titre «La neutralité au service de la paix» et où elle fait part de ses revendications de se son souhaite de s'aligner sur les règlement de La Haye.
Lors d'une guerre d'agression, un État est attaqué en violation du droit international et aurait donc légitimement le droit de se défendre, indique le texte. Et d’ajouter:
La lettre ouverte veut ancrer encore davantage la neutralité comme une «contribution à la sécurité de la Suisse». Les États victimes d’une agression contraire au droit international devraient en outre bénéficier d’un soutien plus important. Le texte indique:
Plusieurs personnalités figurent déjà parmi les premiers signataires de la lettre ouverte. Le professeur émérite de droit européen Thomas Cottier l’a signée, tout comme les historiens Georg Kreis et Marco Jorio, le professeur de droit international Urs Saxer.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
