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Technologie

Voici comment la Confédération va s'inviter sur nos smartphones

En ouvrant l'application Google, on a également accès au service d'actualités du groupe américain.
En ouvrant l'application Google, on a également accès au service d'actualités appelé «Discover» du groupe américain.Image: Jens Büttner / Keystone

«Instrument de propagande»: cette appli du Conseil fédéral fait réagir

Qui veut s'informer via Google se voit de plus en plus proposer des contenus officiels. Voici pourquoi, et comment le Conseil fédéral fait développer sa propre application d'information pour 3,5 millions de francs.
02.07.2026, 09:3102.07.2026, 09:31
Julian Spörri

La Confédération s'invite sur nos téléphones. Quiconque consomme de l'actualité via Google a pu constater, ces dernières semaines, qu'entre les articles de médias suisses et internationaux apparaissent désormais aussi des communiqués de l'administration fédérale.

Les nouvelles en question ne sont guère croustillantes. «Un rapport souligne la nécessité d'agir en matière de politique fiscale en Suisse», titre ainsi l'Administration fédérale des contributions depuis ses bureaux. «2e séance de la Commission pour les biens culturels chargés d'histoire», annonce de son côté le Département des affaires étrangères.

La Chancellerie fédérale a elle aussi remarqué cette multiplication des contenus de l'administration fédérale sur Google Discover, comme se nomme ce service d'actualités. Elle le confirme par ailleurs lorsqu'on l'interroge à ce sujet.

En apparaissant dans le fil Google, ces communiqués touchent un public potentiellement immense. Selon les chiffres du groupe américain, son service d'actualités comptait déjà, en 2018, plus de 800 millions d'utilisateurs mensuels dans le monde. L'entreprise ne publie pas de chiffres plus récents. Dans l'application Google, préinstallée sur les téléphones Android, les articles apparaissent directement sous la barre de recherche.

Google Discover se trouve sous la barre de recherche de l'application Google. Cette dernière est installée par défaut sur les appareils Android.
Sur smartphone, Google Discover se trouve sous la barre de recherche de l'application Google et propose du contenu personnalisé pour chaque utilisateur.Image: Capture d'écran Google

Aucun contact avec Google

Cet emplacement est donc particulièrement convoité. Dans les médias, on se creuse la tête pour comprendre sur quel algorithme Google s'appuie pour effectuer sa sélection. D'autant plus que l'essor des agents conversationnels comme ChatGPT et les résumés générés par intelligence artificielle dans la recherche Google font que de nombreux internautes n'atterrissent même plus sur les sites des médias.

La Confédération le constate également. Certains sites enregistreraient, à en croire des informations recueillies, jusqu'à deux tiers de visites en moins. La Chancellerie fédérale ne peut toutefois fournir aucun chiffre officiel à ce sujet: il n'existerait aucun relevé systématique.

Le fait que l'administration apparaisse désormais sur Google Discover ne constitue toutefois pas une réaction à cette évolution. Les bases en ont été posées avant même l'essor de l'IA, avec le passage à une nouvelle infrastructure web. Celle-ci avait été annoncée il y a quatre ans. L'objectif était d'offrir à la population, grâce à un logiciel unifié, «un accès plus clair et plus actuel aux informations de la Confédération».

Depuis lors, les sites de l'administration ont été progressivement remaniés. Les contenus sont désormais présentés de manière techniquement plus aboutie, indique la Chancellerie fédérale.

Pour accroître les chances d'être référencé sur Google Discover, le groupe américain recommande de renoncer aux méthodes racoleuses et de miser notamment sur des titres percutants, des images de bonne qualité et une structuration soignée. La Confédération applique ce type de «bonnes pratiques», confirme la Chancellerie fédérale. Il n'y aurait eu aucun contact avec Google. Il s'agirait plutôt d'améliorer, de manière générale, la visibilité des contenus sur Internet.

Une application qui ne fait pas que des heureux

La volonté de la Berne fédérale de s'imposer davantage sur les smartphones de la population se manifeste également à travers le projet d'application du Conseil fédéral. Dès l'été 2027, le gouvernement entend informer par ce biais de ses décisions et des communiqués de l'administration. Le mandat de développement a été attribué fin mai à l'entreprise bernoise de développement de logiciels «Apps with love». Selon l'offre retenue, le projet coûtera environ 3,5 millions de francs.

Le conseiller national UDC Rémy Wyssmann critique cette application dans Blick, qu'il qualifie d'«instrument de propagande». Dans une démocratie, ce ne devrait pas être les autorités elles-mêmes qui informent, car elles ne sont pas indépendantes, mais les médias, affirme l'élu soleurois. Le Conseil fédéral rétorque que cette application est précisément importante «dans le contexte des campagnes d'influence et de désinformation et de la communication en cas de crise».

Rémy Wyssmann.
Rémy Wyssmann.Image: Keystone

Une chose est néanmoins sûre, c'est que dans les prochaines semaines, on devrait voir réapparaître moins de communiqués officiels sur Google Discover. La pause estivale ralentit en effet le flux d'informations en provenance de la Berne fédérale.

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