Suisse
Terrorisme

Cette mécanique qui a tué Samuel Paty existe aussi en Suisse

Samuel Paty interprété par l'acteur Antoine Reinartz dans le film L'Abandon, réalisé par Vincent Garenq.
Samuel Paty interprété par l'acteur Antoine Reinartz dans le film L'Abandon, réalisé par Vincent Garenq.image: film

La mécanique qui a tué Samuel Paty existe aussi en Suisse

Alors que sort en Suisse romande le film L’Abandon consacré à l'assassinat de Samuel Paty, une enquête du Point montre que la folle mécanique des réseaux sociaux est toujours à l'œuvre. Et en Suisse? Un syndicaliste et des profs répondent à watson.
04.06.2026, 18:5804.06.2026, 20:35

Décapité par un jeune djihadiste tchétchène le 16 octobre 2020, le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty est «ressuscité» au cinéma, salue sa sœur Mickaëlle. Sorti le 13 mai en France, le film L’Abandon du réalisateur Vincent Garenq est à l’affiche en Suisse romande depuis mercredi. Présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, le long-métrage retrace l’engrenage qui a conduit à l’assassinat de cet enseignant du collège du Bois-d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne.

Accueilli avec des pincettes par une certaine presse

Avec pour point de départ le mensonge d’une élève, une cabale fomentée par des islamistes avait éclaté sur les réseaux sociaux, après que Samuel Paty avait montré des caricatures du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. Ces mêmes caricatures ont valu à la rédaction de Charlie Hebdo d’être décimée le 7 janvier 2015 par les frères Kouachi, qui voulaient «venger le prophète». La vérité des faits a montré que les accusations de «racisme» et d’«islamophobie» visant Samuel Paty étaient infondées.

L’Abandon a été accueilli avec des pincettes en France par une partie de la presse de gauche, traduisant un certain embarras dès lors qu'il s'agit de traiter d'islam.

Dans le dernier numéro du Point, la journaliste Emilie Frêche, qui a écrit trois livres sur l’affaire Paty, publie une enquête sur le rôle néfaste des réseaux sociaux. En l’espèce, à la suite d’accusations de racisme portées contre une partie du personnel du lycée Jean-Renoir de Bondy, situé dans le département de Seine-Saint-Denis, en banlieue parisienne. La journaliste y pointe des travers semblables à ceux constatés dans le drame de Conflans-Sainte-Honorine.

«Gang de blacks»

D’après son enquête, tout débute le 16 mars dernier lors d’un entretien dans le bureau du proviseur du lycée Jean-Renoir, auquel participe la conseillère principale d’éducation (la «CPE», la surveillante en chef) et une élève. Extrait:

«Cette réunion aurait eu pour objet un litige entre élèves, une affaire de harcèlement impliquant des jeunes filles "racisées" qui tenaient des camarades "blanches" pour responsables de l’esclavage»
Le Point

Rien ne se passe jusqu’au 23 avril. Ce jour-là, Amal Bentounsi, élue de La France insoumise (LFI) de la ville de Meaux, fondatrice du collectif Urgence notre police assassine (son frère a été tué d’une balle dans le dos par un policier en 2012) «dénonce le racisme supposé de la CPE en publiant sur son compte Instagram un extrait de quinze secondes tiré de cet enregistrement clandestin, dans lequel on l’entend dire: "gang de blacks".»

Cette publication provoque aussitôt un emballement. Un appel à témoignages est lancé via un compte Instagram intitulé @racisme.jeanrenoir. Extrait:

«Les réponses affluent (…), toutes anonymes et relayées par ce même compte – "On est pas dans ton pays ici, tu ne fais pas ce que tu veux" / "Ils nous font chier, ces Noirs et ces Arabes, à demander des jours pour la fête de l’Aïd" / "Tu as de la chance d’être ici".»
Le Point

«Tribunal médiatique»

Entre-temps et sans que les témoignages reposent sur des preuves, la CPE a été «suspendue» par sa hiérarchie. Le proviseur se voit accusé à son tour de racisme. Depuis le 27 mai, les élèves du lycée Jean-Renoir ayant été victimes de racisme pourront déposer leurs témoignages dans « une boîte aux lettres». «Tous devront être nommément signés pour être instruits.»

Emilie Frêche ne préjuge en rien des témoignages des élèves. Dans une interview à RCJ, la Radio de la communauté juive, elle déclare, à la suite de son article dans Le Point:

«Le problème n’est pas la dénonciation du racisme, c’est la mise en accusation publique devant le tribunal médiatique par des élus de la République, dans le temps même où partout dans les collèges et les lycées de France, des conférences, des cours, des explications sont donnés aux élèves pour les mettre en garde contre la dangerosité des réseaux sociaux.»
Emilie Frêche sur RCJ

Prof zurichois poussé à la démission

Une même dynamique d’accusations anonymes et de rumeurs peut-elle mettre le feu aux poudres dans le système scolaire suisse, de compétence cantonale? On se souvient du cas de ce professeur d’une école primaire de Pfäffikon (ZH) apparu en avril 2024. Des rumeurs prétendaient qu’il avait demandé à des élèves de se masturber en classe. Tout était faux. Par ailleurs homosexuel, il avait été poussé à la démission par sa hiérarchie, sous la pression de parents d’élèves se réclamant de leur foi, chrétienne pour les uns, musulmane pour les autres.

Joint par watson, le président du Syndicat romand des enseignants (SER), David Rey, indique:

«Il n’y a pas dans le système scolaire romand de procédures concrètes de contrôle des réseaux sociaux»
David Rey, président du SER

Le syndicaliste ajoute aussitôt: «Pour autant, des mécanismes sont prévus pour les cas où des enseignants seraient pris à partie ou harcelés sur les réseaux sociaux. Ils peuvent alors compter sur le soutien de leur direction. La police peut être sollicitée si nécessaire.»

«Des groupes WhatsApp avec des parents»

David Rey entend parfois parler de «groupes WhatsApp, où des parents estiment que le comportement d’un enseignant est inadéquat. Cela concerne sa manière d’enseigner par exemple. On a régulièrement ce genre de choses qui arrive à nos oreilles.»

Jointe par watson, cette enseignante dans une école secondaire romande, qui s’exprime ici à titre anonyme, rapporte avoir vécu une expérience de harcèlement sur TikTok de la part d’une élève.

«Elle souhaitait qu'il m'arrive du mal»
Une enseignante romande

Notre source le déplore:

«Il n’est pas toujours facile pour nous de porter plainte, il arrive que notre hiérarchie nous demande de temporiser»
Une enseignante romande

Ces menaces exprimées sur les réseaux sociaux «sont souvent une façon de s’en prendre aux professeurs pour leur sévérité ou les mauvaises notes qu’ils mettent», ajoute-t-elle.

Un enseignant genevois lui à la retraite, estime que «le système scolaire suisse est relativement épargné par rapport à la France face aux risques d'emballements de nature politique, comme dans le cas de Samuel Paty, même si l'islamisme est bien présent en Suisse». Pour lui, «cela tient notamment au fait que la Suisse n'a pas la lourde histoire coloniale de la France».

- Obsession - bande-annonce
Video: youtube
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Une habitude disparaît progressivement des bureaux de poste
La Poste respecte largement son mandat de service universel, alors que les paiements au guichet et les virements papier poursuivent leur recul.
Au moins 96,1% de la population suisse avait accès aux services de paiement de la Poste l’an dernier. Celle-ci dépasse largement l’exigence légale minimale fixée à 90%: son mandat de service universel dans le domaine des paiements est ainsi respecté.
L’article