Le témoin du mariage de Bowie à Lausanne révèle des souvenirs secrets
«On finissait par oublier que c’était David Bowie.» Assis à une table à Montreux, samedi 18 juillet, Sandro Sursock raconte sobrement l’homme qui fut son ami, bien davantage que l’icône mondiale de la musique. Celui qui partageait des repas, se rendait à des fêtes et se fondait dans un groupe, loin des projecteurs. Figure de la première scène punk genevoise dès la seconde moitié des années 1970, Sursock avait fondé et chanté au sein des Bastards, puis dans The Zero Heroes.
Dans cette Genève où il naviguait entre milieux artistiques et contre-culture, il avait également côtoyé Keith Richards, guitariste des Rolling Stones, et sa compagne. C’est dans cet univers qu’il rencontre David Bowie. Durant près de dix ans, les deux hommes entretiennent une amitié restée largement méconnue du public et des médias. Le 24 avril 1992, Sursock sera même l’un des deux témoins du mariage civil et privé du chanteur avec la top-modèle Iman, célébré secrètement à l'Hôtel de Ville de Lausanne.
Pourtant, pendant plus de trois décennies, il ne livre presque rien de cette proximité. Ses souvenirs sont aujourd’hui au cœur du documentaire de 26 minutes «David Bowie’s Secret Friend», réalisé par le Vaudois Benjamin Kraatz et dévoilé ce week-end lors de la 60e édition du Montreux Jazz Festival. Soit 10 ans après la mort de la star mondiale.
Le projet est né presque par hasard. Benjamin Kraatz, comédien, chanteur, magicien et mentaliste, connaît intimement l’univers musical de Bowie, dont il a lui-même interprété plusieurs chansons sur scène. Il n’avait pourtant aucune intention de lui consacrer un film. Un ami commun lui présente Sandro Sursock. La conversation commence, puis les anecdotes s’enchaînent:
Le fan comprend alors qu’il tient un récit rarement entendu: celui d’un Bowie intime, raconté non par un spécialiste ou un ancien collaborateur, mais par un ami qui n’avait jamais cherché à tirer profit de leur proximité.
Leur amitié avec ses propres mots 👇
Fête à Gstaad avec Bowie en invité surprise
Pourquoi parler aujourd’hui, après la mort de David Bowie, survenue le 10 janvier 2016? Benjamin Kraatz estime que Sursock éprouvait désormais le besoin de transmettre ces souvenirs conservés pendant plusieurs décennies. Quant à l’intéressé, il préfère en plaisanter:
Le documentaire rassemble des photographies privées et plusieurs épisodes jusque-là inconnus du grand public. On y découvre notamment David Bowie acceptant, à la demande de Sandro Sursock, de participer à une fête privée à Gstaad, dans le canton de Berne, avec des convives qu’il ne connaissait pas.
Une autre anecdote illustre l’attention que Bowie portait à son ami et à sa famille. Un matin, il téléphone à Sursock, encore stone après certains abus, pour lui rappeler que c’est l’anniversaire de son fils. Il lui demande de venir avec lui aux Mountain Studios, à Montreux, où il travaille alors sur un album, afin d’y préparer un cadeau très personnel pour l’enfant.
Cette normalité apparente constitue le fil rouge du témoignage. Durant ses années en Suisse romande (lire l'encadré ci-dessous), Bowie pouvait se déplacer avec une liberté devenue difficile ailleurs. Ses proches ne le traitaient pas constamment comme une célébrité et la discrétion locale protégeait sa vie privée.
Humour, classe et discrétion
Sandro Sursock raconte ainsi moins la trajectoire artistique de Bowie que sa manière d’être avec les autres: sa curiosité, son humour et sa classe très anglais ainsi que sa capacité à rejoindre un groupe sans chercher à en devenir le centre. Cette confiance explique aussi la longévité du silence de son ami genevois. Sursock n’était ni son porte-parole ni un témoin professionnel de son existence. Il appartenait simplement à une partie de sa vie que le chanteur avait choisi de préserver.
Le réalisateur entretient lui-même depuis longtemps un rapport singulier avec Bowie. A 13 ans, Benjamin Kraatz s’était introduit sans autorisation dans sa propriété, à Sauvabelin sur les hauts de Lausanne, avant d’être poliment, mais fermement invité vers la sortie par la gouvernante. Plus de quarante ans après cette tentative d’approcher son idole, le comédien et chanteur lui consacre son premier documentaire.
Le film ne devait, toutefois, pas être achevé aussi rapidement. Lorsque Benjamin Kraatz apprend que le Montreux Jazz Festival prépare un hommage à Bowie pour marquer les dix ans de sa disparition, il lui soumet une première version de travail. Le projet est retenu et sa réalisation accélérée afin qu’il puisse être présenté en première mondiale en juillet 2026. Kraatz souhaite ensuite en améliorer la post-production, puis le faire circuler dans différents festivals, et lui assurer une diffusion plus large.
Au-delà de ses anecdotes, David Bowie’s Secret Friend raconte surtout une relation suffisamment forte pour avoir survécu au silence. Une amitié au sein de laquelle, comme le résume Sandro Sursock, on finissait par oublier que David Bowie était David Bowie.
Les lieux romands du Bowie secret
Corsier-sur-Vevey, Blonay, puis Lausanne: selon Sandro Sursock et le photographe Philippe Auliac, David Bowie a successivement vécu dans ces trois communes vaudoises.
Montreux: le chanteur y a travaillé aux Mountain Studios sur divers albums avec des producteurs prestigieux.
Gstaad: Bowie avait accepté de participer à une fête privée à Gstaad avec des convives qu’il ne connaissait pas.
Morges: selon le témoignage de Sursock dans le film, Bowie y aurait secrètement suivi une thérapie destinée à traiter sa dépendance à l’alcool.
Genève: ami et complice artistique de Bowie, Iggy Pop est venu en Suisse romande. La légende américaine du rock est alors montée sur la scène de l’Usine, pour chanter avec le groupe de Sursock.
