Cette fraternité valaisanne a désobéi au pape
L’abbé suisse Pascal Schreiber, son homologue américain Michael Goldade et les abbés français Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier ont été ordonnés évêques, mercredi à Ecône (VS). Des nominations qui ne seront pas reconnues par le Vatican, sur fond de schisme.
La cérémonie de mercredi a duré plus de 4 heures et aura été suivie par près de 15 000 fidèles, qui ont fait spécialement le déplacement d'Ecône, sur la commune de Riddes, pour l'occasion. Ces ordinations ont eu lieu sans l'accord du Vatican. Selon les règles en vigueur au sein de l'Eglise catholique, toute consécration épiscopale doit obtenir un mandat du pape. En posant un acte de désobéissance délibérée au pouvoir du pontife, les personnes impliquées se retrouvent dans une situation schismatique.
«Nous vivons ce sacre dans la joie et l'espérance, pas dans la polémique ou le ressentiment», a estimé, mercredi, le Supérieur général l'abbé de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), Davide Pagliarini.
A plusieurs reprises ces derniers mois, Davide Pagliarini a réaffirmé que le sacre de ces évêques «ne procède d’aucune volonté d’établir une autorité parallèle dans l’Eglise»: «cette cérémonie n’a eu d’autre but que de maintenir l’administration des sacrements de l’ordre et de la confirmation, ainsi que celle des sacramentaux réservés aux évêques, selon le rite traditionnel de la sainte Eglise romaine, et la foi de toujours».
«Ces sacres sont un événement clivant, devant lesquels il n'est pas possible de rester indifférent», a-t-il précisé mercredi. «Nous prenons des moyens exceptionnels et proportionnés à cette nécessité de partager notre foi.»
Appels du pape Léon XIV
La fraternité a expliqué sa démarche comme un «besoin concret à court terme pour la survie de la tradition», FSSPX ne comptant plus, jusqu'aux ordinations de ce jour, que deux évêques. Pour le Vatican, une ordination sans l'aval du St-Siège «impliquerait une rupture décisive de la communauté ecclésiale (schisme)» et empêcherait toute poursuite du dialogue, comme indiqué le 13 février déjà.
«Nous parlons deux langages différents», a encore estimé Davide Pagliarini à l'occasion des ordinations.
Il y a quinze jours, puis encore lundi soir, le pape Léon XIV a exhorté la communauté à abandonner ses plans. Cela constituerait «un nouvel acte schismatique», avait indiqué le souverain pontife dans deux courriers adressé au supérieur de la congrégation d'Ecône Davide Pagliarani.
«Je vous demande et je vous prie de tout mon cœur: revenez sur vos pas. Je vous exhorte à considérer avec attention le bien spirituel des fidèles, car l’acte schismatique que vous avez l’intention d’accomplir les priverait de la réception licite, voire dans certains cas valides, des sacrements qu’ils aiment et recherchent pour leur sanctification», avait écrit Léon XIV.
Dans son courrier du 29 juin, le Souverain pontif avait parlé d'un «cœur attristé, mais encore rempli d'espoir». L'Eglise est ouverte à un chemin de dialogue et d'entente.« Il n'a pas été suivi par la congrégation.
Excommunication en 1988
Fondée en 1970 à Ecône par l'évêque français Marcel Lefebvre, et actuellement basée à Menzingen (ZG), la FSSPX est attachée à la messe tridentine, rite marginal célébré en latin. Elle a rapidement pris ses distances avec le Saint-Siège, refusant de «suivre la Rome de tendances néomoderniste et néoprotestante» nées, selon elle, du concile Vatican II (1962-1965). Elle revendique 720 prêtres et 600 000 fidèles de par le monde.
Après avoir perdu en 1975 sa reconnaissance canonique par l’Eglise catholique, la FSSPX avait ordonné illicitement quatre évêques en 1988, entraînant une excommunication immédiate. Celle-ci avait été annulée, en 2009, par le pape Benoît XVI. Son successeur François avait rétabli à partir de 2015 la validité des confessions et des mariages célébrés par des prêtres de la Fraternité. (jzs/ats)
