Ces statues vaudoises qui en voient de toutes les couleurs
A l'instar de Maître Jaques qui a chuté à Nyon le week-end dernier, les statues emblématiques des villes vaudoises sont nombreuses à connaître des tribulations. Des incidents, volontaires ou non, arrivent régulièrement. Tour d'horizon non-exhaustif.
Perché sur sa fontaine du quartier de Rive, Maître Jaques n'a pas supporté de se faire escalader par deux personnes dans la nuit du 24 au 25 octobre. Il est tombé à terre, se brisant les deux bras. Si la Municipalité espérait dans un premier temps pouvoir le réparer, la réalité s'avère plus complexe.
La statue est en cours de séchage et tous ses fragments ont pu être récupérés, a indiqué le syndic de Nyon, Olivier Riesen, à Keystone-ATS. «A ce stade, il semble toutefois peu probable qu'elle puisse être restaurée de manière à être à nouveau exposée à l'extérieur. Une autre solution devra donc être envisagée», a-t-il déclaré.
Une nouvelle copie risque donc de remplacer celle en béton de 1938, qui avait elle même substitué l'original datant du 16e siècle. «Par un heureux hasard, des images en trois dimensions de la statue originale ont été réalisées il y a deux mois. Elles pourraient faciliter une éventuelle reproduction», s'est réjoui l'élu.
Un Jules César fragile
Si les statues font parfois tellement partie du paysage qu'on en oublie leur présence, elles ne traversent pas pour autant les siècles comme un long fleuve tranquille. Toujours à Nyon, mais au centre-ville, la statue de Jules César, à côté du Musée romain, a elle aussi vécu son lot d'aventures.
Une première copie de l'original, datant du IIe siècle de notre ère et exposé à Rome, a été installée en 1980 dans la ville de l'ouest vaudois. Faite en ciment blanc et poussière de marbre, elle a été remplacée en 2019 par une copie en résine acrylique, plus légère mais aussi plus fragile que le béton. Quelques aléas en ont découlé: le bras gauche a été endommagé en 2023 et dû être réparé, tandis que la statue a connu des problèmes de stabilité en 2024.
«Ces dommages pourraient être liés à des comportements inappropriés de visiteurs», poursuit le syndic. La commune a depuis installé une chaîne pour protéger la statue et sensibiliser le public, ainsi qu'un panneau en français et en anglais interdisant de s'y accrocher ou de l'escalader.
«De manière générale, les statues et sculptures présentes sur le domaine public nyonnais sont peu sujettes aux dégradations. Les incidents restent rares et ponctuels et semblent le plus souvent résulter d'actes involontaires», observe encore Olivier Riesen.
Freddie Mercury entre amour et haine
Montreux a pour sa part fait face à des déprédations intentionnelles. En 2017, la statue en bronze du chanteur Freddie Mercury a été aspergée de peinture jaune et verte, puis, en 2019, d'un «produit irritant», a indiqué la commune. Dans les deux cas, ces actes n'ont pas causé de dommage à la sculpture, qui a pu être rapidement nettoyée.
A l'inverse, la ville de la Riviera doit aussi composer avec un amour parfois problématique pour le leader de Queen. Les fans déposent régulièrement des peluches, des lettres et des peintures aux pieds de la statue ou les accrochent même à son micro. Il leur arrive aussi d'allumer des bougies dont les coulures peuvent endommager le socle. «Un monitoring est effectué et les objets déposés sont régulièrement triés et évacués si nécessaire par la voirie, afin d'éviter une trop grande accumulation et que le site ne devienne insalubre,» précise la ville.
Attributs trop tentants
Parfois, ce sont attributs d'une statue qui sont la cible des incivilités. A Vevey, la canne de Charlie Chaplin a été dérobée à deux reprises, en 1989 et 2010, a indiqué la commune. Au centre-ville, l'épée de la statue ornant la fontaine du guerrier a également été dérobée dans les années 70, a-t-elle ajouté.
A Lausanne, la statue de la Justice sur la place de la Palud s'est plusieurs fois fait subtiliser son épée ainsi que sa balance entre 2005 et 2021. La statue se trouve aujourd'hui sous vidéosurveillance. «Aucun nouveau vol n'a été constaté depuis plusieurs années», a indiqué la Ville de Lausanne.
A noter que les incivilités sur cette statue, datant de 1585 et remplacée par une copie en 1930, ne datent pas d'hier. Une plongée dans les archives rappelle en effet que «la main droite tenant le glaive est tombée au début du 18ème siècle sous les coups d'une mère et de sa fille, mécontentes d'un jugement prononcé contre le père».
Prendre de la hauteur comme Pestalozzi
Certaines statues connaissent toutefois un destin transquille. C'est le cas de la statue en bronze d'Ignace Paderewski à Morges, qui semble avoir traversé les années sans incident majeur depuis son inauguration en 1948. C'est aussi le cas du «Monument à Pestalozzi» à Yverdon-les-Bains. Les deux statues ne font l'objet d'aucune mesure de sécurité particulière, indiquent leurs communes respectives.
La clé de la tranquillité se trouve peut-être dans la proximité ou non d'une statue. «La hauteur de la sculpture en bronze étant à 1,80 m, elle est difficilement accessible. En outre, elle est située au milieu de la place Pestalozzi, lieu très fréquenté», souligne le chef-lieu du Nord vaudois. (dal/ats)
