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Economie

Immobilier: le patron de la Mobilière a un grand projet

Mobiliar-Präsident Stefan Mäder mit dem «Chribel», der ikonischen roten Skulptur vor dem Hauptsitz der Mobiliar in Bern.
Stefan Mäder, président de la Mobilière, devant le «Chribel», l'emblématique sculpture rouge installée devant le siège de l'assureur à Berne.Image: Valentin Hehli

Il fait «le meilleur job de Suisse» et a un grand projet immobilier

Pour ses 200 ans, la Mobilière veut construire jusqu'à 1000 logements d'utilité publique en Suisse. Son président en précise les conditions et les buts.
31.10.2026, 18:5231.10.2026, 18:52
Florence Vuichard

«Le meilleur job de Suisse»: c'est ainsi que Stefan Mäder décrit sa fonction de président de la Mobilière. A 63 ans, il a pourtant déjà occupé plusieurs postes de direction et siégé dans différents conseils d'administration. Ce qui l'attire à la Mobilière ne se limite pas aux assurances. Il apprécie aussi le fait que ce groupe, organisé autour d'une coopérative, n'ait pas à rechercher le profit à tout prix.

Vous prévoyez de construire jusqu'à 1000 logements d'utilité publique. Pourquoi?
Stefan Mäder:

«Le prix des logements est un problème majeur pour de nombreuses personnes»

Notamment les jeunes familles, les jeunes adultes et les personnes âgées. A l'occasion de notre 200e anniversaire, nous avons voulu agir dans ce domaine. Nous savons bien que 1000 logements, ce n'est pas grand-chose. Mais c'est une contribution modeste et concrète.

Quand ces logements seront-ils prêts?
Nous ne le savons pas encore précisément. Tout dépendra des terrains que nous trouverons et des projets que nous pourrons réaliser, ainsi que de leur calendrier. Je dirais d'ici cinq à dix ans.

C'est long…
Je sais. Mais nous avançons rapidement. Dedicasa, la société anonyme d'utilité publique que nous avons créée à cet effet, est opérationnelle. Son conseil d'administration est constitué et elle commence ses activités.

Où ces logements seront-ils construits?
Dans toute la Suisse, aussi bien dans les régions touristiques, où les employés ne trouvent plus à se loger, que dans les agglomérations. L'important, c'est de construire là où il existe un réel besoin de logements abordables.

Avez-vous déjà un projet concret?
Non, il est encore trop tôt. Mais nous sommes confiants: les premiers projets devraient bientôt démarrer. Notre département de gestion d'actifs gère actuellement des biens immobiliers d'une valeur totale d'environ 4,6 milliards de francs pour le compte de différents clients. Nous avons plusieurs décennies d'expérience dans l'immobilier et une équipe très expérimentée.

Il vous faudra quand même développer de nouvelles compétences, notamment pour décider qui pourra louer ces logements.
Exactement. Dedicasa définira les règles à cet effet.

Il arrive que des personnes continuent d'occuper des logements d'utilité publique alors qu'elles ont entre-temps acquis les moyens de payer un loyer au prix du marché.
Nous sommes conscients du problème, et nous appliquerons les critères avec rigueur. Ceux qui ne les remplissent plus devront quitter leur logement. Il s'agit de répondre à des besoins réels et d'aider les personnes qui en ont véritablement besoin.

Et comme tout promoteur immobilier, vous devrez faire face à des oppositions.
Oui, bien sûr. Nous n'aurons droit à aucun traitement de faveur. Mais là encore, nous pourrons compter sur l'expérience de notre équipe immobilière.

Portrait
Stefan Mäder, 63 ans, préside le conseil d'administration de la Mobilière depuis mai 2023. Originaire de Zurich, il a étudié les sciences économiques à l'Université de Zurich, où il a également obtenu un doctorat. Il a commencé sa carrière à la Banque nationale suisse, avant de rejoindre le groupe Zurich Assurances, dont il a notamment été le directeur financier pour l'Europe.

De 2010 à 2017, il a occupé le poste de directeur financier de SIX, l'opérateur de la Bourse suisse, et siégé à sa direction générale. Stefan Mäder est également président de l'Association Suisse d'Assurances (ASA), vice-président d'economiesuisse et membre du conseil d'administration du groupe de médias Ringier. Marié et père de deux fils adultes, il vit à Zurich.

Si l'initiative rencontre un grand succès, pourrait-on envisager de passer un jour de 1000 à 5000, voire 10 000 logements?
Pour l'instant, il faut rester modestes. Mais, sur le fond, le marché du logement est un peu comparable à la production d'énergie: en Suisse, nous devons construire davantage, et les entreprises ont un rôle à jouer. C'est important à mes yeux.

Avec un patrimoine immobilier de 4 milliards de francs, les 200 millions consacrés à la construction de logements d'utilité publique semblent relativement modestes.
C'est vrai. Mais nous restons avant tout une compagnie d'assurances. Nos assurés, notamment ceux qui ont souscrit une assurance-vie, attendent un certain rendement des fonds qu'ils nous confient. Cela dit, notre philosophie est la même pour nos investissements immobiliers:

«Nous ne cherchons pas à maximiser les bénéfices, mais à optimiser le rendement»

C'est inscrit dans notre stratégie. Outre la construction de logements d'utilité publique, nous nous engageons dans d'autres domaines d'intérêt général, notamment la prévention des dangers naturels, à laquelle nous consacrons plus de 10 millions de francs par an.

Quelle différence faites-vous entre optimiser et maximiser les bénéfices?
Une entreprise répartit ses revenus entre ses employés, ses clients et ses actionnaires. Nous pratiquons des salaires conformes au marché, comme nos concurrents. Mais, contrairement à eux, nous n'avons pas d'actionnaires traditionnels: nous appartenons à une coopérative. Nous n'avons donc pas à chercher le profit maximal. Et comme nous ne versons pas de dividendes, une partie de nos bénéfices alimente un fonds d'excédents, qui permet ensuite d'accorder des réductions de primes à nos clients. Les bénéfices viennent également renforcer le capital de la coopérative et peuvent servir à financer des projets d'intérêt général.

Une coopérative est-elle moins contrôlée qu'une société anonyme?
Non. Nos activités sont également soumises à la surveillance de la FINMA. Le fait d'avoir des actionnaires ne garantit pas forcément un meilleur contrôle. Chez nous, le contrôle s'exerce autrement: nos 150 délégués nous surveillent de près.

Les délégués ne sont donc pas là pour faire de la figuration?
Certainement pas! Lorsque nous envisageons de nous développer ou d'expérimenter de nouvelles choses, les délégués me font rapidement part de leurs réactions. Certains m'appellent directement. Nous échangeons beaucoup et nos discussions sont constructives. Notre projet de logements d'utilité publique n'a pas non plus été décidé en petit comité. Nous avons d'abord obtenu le soutien du conseil d'administration de la coopérative et des délégués. J'ai auparavant travaillé dans des entreprises cotées en bourse, notamment chez Zurich Assurances, et je connais bien leur fonctionnement. Notre gouvernance est tout aussi rigoureuse que celle d'une société anonyme.

Mais peut-être plus compliquée?
Peut-être. Un actionnaire peut juger les performances de la direction d'une entreprise à l'aide d'un seul indicateur: le cours de l'action. Chez nous, les attentes sont moins clairement définies. Les clients, les sociétaires de la coopérative et les délégués ont chacun leur idée de ce que nous devrions faire. Mais le statut de coopérative convient bien aux compagnies d'assurances. La Mobilière a aussi la particularité de s'appuyer sur un réseau d'agences générales qui fonctionnent comme de véritables entreprises. Environ la moitié de nos collaborateurs y travaillent, sous la responsabilité d'agents généraux qui sont des entrepreneurs indépendants.

«Le fait que nous soyons une coopérative ne veut pas dire que nous manquons de dynamisme»

Avec l'essor du numérique, ce modèle d'agences générales implantées sur le terrain n'est-il pas un peu dépassé?
Non. Nos assurances de biens enregistrent une croissance d'environ 5% par an, sans rachat d'entreprises. La présence sur le terrain reste importante. On a longtemps pensé que les jeunes finiraient par gérer toutes leurs assurances en ligne. Mais ce n'est pas du tout ce que nous constatons.

Pas du tout?
Non, pas du tout. Bien sûr, nous ne savons pas si l'intelligence artificielle changera la donne d'ici cinq à dix ans. Nous devons nous y préparer. Mais, pour l'instant, le contact humain reste essentiel. Après tout, une assurance automobile est un produit standardisé, qui varie peu d'un assureur à l'autre. Il est difficile de se démarquer par le produit lui-même. C'est la qualité du service qui fait la différence en cas de problème: est-ce qu'on vient chercher ma voiture? Est-ce qu'on m'en prête une autre? Est-ce que quelqu'un s'occupe de tout?

Une fois que les gens ont choisi leur assurance, ils ont tendance à la garder. Et vous profitez de cette inertie.
Je ne parlerais pas d'inertie, mais de fidélité.

N'est-ce pas un peu naïf?
Non. Je pense que plusieurs facteurs entrent en jeu. D'abord, les Suisses aiment être bien assurés. Ensuite, ils accordent une grande importance au contact humain. Enfin, il y a cette fidélité: lorsqu'un client a déjà subi deux sinistres et que, chaque fois, son assurance a répondu présent, il ne l'oublie pas. Si je subis un dégât d'eau, mon premier souci n'est peut-être pas l'argent, mais de trouver un artisan pour effectuer les réparations.

Et la Mobilière aide ses clients dans ces démarches?
Oui, bien sûr. C'est le quotidien de nos agences générales. En cas de dégât d'eau, nous pourrions nous contenter d'enregistrer le sinistre et de verser une indemnisation. Mais, souvent, le véritable problème est ailleurs: qui va faire venir un plombier? Qui va me trouver d'autres bureaux? C'est là que le contact humain fait toute la différence.

Quand vous regardez les 200 ans d'histoire de la Mobilière, qu'est-ce qui vous impressionne le plus?
Sa capacité d'adaptation. En 200 ans, les bouleversements politiques et technologiques ont été innombrables, et l'entreprise a toujours su s'adapter. Il y a 200 ans, l'automobile n'existait pas. Aujourd'hui, l'assurance automobile est l'une de nos principales activités. Dans 15 ans, ce sera peut-être l'assurance contre les cyberrisques, si les cybermenaces deviennent le risque le plus important.

Ou peut-être qu'un jour, les cyberrisques ne seront plus assurables du tout.
J'espère bien que non! (rires)

Vous avez évoqué tout à l'heure l'intelligence artificielle et son influence possible sur le comportement des clients. Aura-t-elle aussi des conséquences sur vos effectifs? La Mobilière risque-t-elle de supprimer des postes, comme certaines banques?
Non, car, contrairement au secteur bancaire, celui des assurances a continué de croître ces dernières années. Bien sûr, l'intelligence artificielle nous permettra aussi d'automatiser certaines tâches. Mais notre croissance nous permettra d'absorber ces changements, sans avoir à augmenter nos effectifs dans la plupart des cas. Nos collaborateurs sont extrêmement importants à nos yeux. La dernière fois que la Mobilière a dû procéder à des licenciements d'envergure, c'était en 2003. Nous ne cherchons pas à suivre toutes les modes, ce qui nous évite d'avoir à faire marche arrière par la suite.

Le marché du travail a beaucoup changé. La pénurie de personnel qualifié, dont on a tant parlé, ne semble plus être d'actualité, du moins dans la finance et l'informatique. Le constatez-vous aussi?
La situation a nettement changé. Aujourd'hui, lorsque nous publions une offre d'emploi, nous recevons beaucoup plus de candidatures. Pour certains postes, leur nombre a carrément été multiplié. Cela nous permet de recruter des personnes qui, auparavant, n'auraient peut-être pas envisagé de venir travailler à Berne. (trad.: mrs)

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