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Comment se réveillent les journaux romands après le «non» à l'aide à la presse?

Image: keystone
«Le paquet d'aide à la presse était trop chargé», disent les journaux helvétiques, au lendemain du NON lors des votations du dimanche 13 février.
14.02.2022, 05:2914.02.2022, 06:57

«Dimanche noir pour la presse», la «solitude des médias», «le journalisme en danger»: la presse suisse relève un rejet «attendu» dimanche des aides fédérales à la presse. Elle appelle toutefois les autorités à revenir à la charge, en tenant compte des critiques.

«Trop chargé, le bateau a sombré: les Suisses ont refusé dimanche par 54,6% un paquet d'aide de 151 millions de francs, "mal ficelé" et "trop complexe", pour soutenir les journalistes»
Le Quotidien Jurassien

Le journal jurassien pointe les grands éditeurs du pays. «Sans ces passagers de première classe, il est fort probable que le navire d'aides fédérales aux médias serait arrivé à bon port hier».

Il relève aussi un «nein» alémanique imposé au reste du pays, qui s'explique «par la présence des grands éditeurs du pays à Zurich, le poids de l'UDC, la manière de concevoir l'aide de l'Etat et l'environnement médiatique différent de celui de la Suisse romande».

Ce «Röstigraben» apparaît non seulement au niveau fédéral, mais aussi dans les cantons de Fribourg et du Valais, remarquent La Liberté et Le Nouvelliste:

«Si les citoyens fribourgeois acceptent nettement (57.4% des suffrages) le paquet d'aide à la presse, avec un soutien culminant à 64.8% en Sarine, les districts germanophones se montrent nettement moins enthousiastes»
Le Nouvelliste

En Valais, le rejet de la loi par les germanophones a fait basculer le canton dans le camp du «non». «Difficile d'expliquer ce résultat en demi-teinte», juge Le Nouvelliste:

«Si les autres Romands ont offert dimanche une vraie preuve d'amour à leurs médias en défiant les Alémaniques (et les Haut-Valaisans) plus froids sur sujet, le Valais romand nous donne au mieux une marque d'affection, le Bas-Valais et le Valais central ayant accepté le projet du bout des lèvres»

Pour le journal fribourgeois, cette défiance populaire au plan national vient en partie de la crise liée au Covid-19. «Des voix reproch[ent] aux médias d'être les porte-parole trop dociles des autorités». Dans ce contexte, «les opposants à la loi ont eu beau jeu de prétendre que l'argent de la Confédération irait engraisser des grands groupes de presse qui n'en ont pas besoin».

«La machine de guerre de l'UDC a une nouvelle fois montré sa redoutable efficacité. Pas question de verser de l'argent aux gros éditeurs, a claironné la formation d'extrême droite. Et tant pis si c'était une Fake News, le gros des 150 millions devant aller aux petits éditeurs».
Le Courrier

Le journal genevois Le Courrier estime que le secteur du journalisme «porte aussi une part de responsabilité», en ayant rejeté pendant longtemps l'idée d'une aide directe aux médias:

«Ce n'est que depuis quelques années, sous les coups de boutoir des géants d'Internet qui siphonnent la publicité et le contenu des journaux, que la croyance aveugle aux bienfaits des lois du marché a cédé la place à une vision moins dogmatique. Trop tard sans doute».

La forme de paquet qu'avaient ces aides à la presse est également en cause, affirme Le Temps:

«Une nouvelle fois, les Suisses ont démontré qu'ils détestent les paquets électoraux. Le Conseil fédéral et les parlementaires doivent enfin l'entendre. Tout comme ils seraient bien inspirés d'être davantage à l'écoute pour éviter que le décalage se creuse entre la population et les élus».

En effet, ce dimanche de votations est un fort «désaveu» pour l'exécutif et le législatif fédéraux, qui «se sont inclinés sur trois des quatre objets soumis à votations [...] Ces résultats prouvent que le fossé se creuse entre les préoccupations de la population et celles de la majorité des dirigeants», ajoute le journal.

Pour l'Agefi, ce dimanche de votations doit se lire sous l'angle du rôle de l'Etat et de la place laissée au marché:

«Les subventions aux médias [...] auraient accru le rôle de l'Etat sur un marché dont une des raisons d'être tient précisément dans sa capacité à critiquer les autorités publiques»

«Et maintenant, que faire?», s'interroge Le Courrier. Car «après ce 'non' du peuple, la mission des médias suisses [...] demeurera la même: vous informer même si cela ne vous plaît pas toujours», avec des moyens qui resteront pareils à ceux d'aujourd'hui: «insuffisants», constate Le Nouvelliste.

«Et la prochaine initiative de l'UDC pour réduire de moitié les redevances radio et TV dessine clairement un projet global: profiter de la crise actuelle pour affaiblir les médias professionnels non partisans. S'il se concrétise, dans dix ans, les titres actuels pourraient être supplantés par des publications orientées, sans nuances, au service de tel ou tel courant politique ou financier».
ArcInfo

A l'instar des autres journaux, Le Quotidien Jurassien appelle à remettre l'ouvrage sur le métier «urgemment». Il demande que le Conseil fédéral intervienne, «afin que La Poste renonce aux hausses de tarifs de distribution». Et «l'idée d’une aide à la transition numérique ne doit pas être abandonnée». Une autre piste possible consisterait en «une action un peu résolue pour instaurer la fameuse Google Tax», ajoute Le Courrier. (ats/jch)

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