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Analyse

Refus d'aider les médias: «Une partie du peuple a voté avec ses tripes»

La population suisse a refusé à 54,6%, le train de mesures en faveur des médias, porté par le Conseil fédéral. Deux chefs de médias vaudois livrent leur avis (contraires) sur le vote.
13.02.2022, 18:5814.02.2022, 18:08
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Les médias en ligne payants ne toucheront pas d'aide directe de la Confédération. Le paquet d'aides en faveur des médias, qui proposait aussi un rabais sur les tarifs postaux et une aide à la presse associative, à la formation continue des médias et aux agences de presse, a été refusé ce 13 février en votation populaire par 54,6% des votants. A quoi est dû ce résultat?

Un désaveu fédéral

«Une part de l'électorat a certainement voté "non" par méfiance envers les médias», estime le coordinateur du référendum en Suisse romande, Félicien Monnier, qui savoure l'issue du scrutin. La pandémie, on le sait, a vu se lever des vents très critiques à l'endroit du quatrième pouvoir, accusé justement de manquer à son rôle, en servant de relais à la communication officielle et en alimentant la peur. Pour le directeur et rédacteur en chef du Journal de Morges, Cédric Jotterand, c'est toute l'ironie de la chose:

«Le parlement a doublé la somme du soutien, porté par un élan de générosité. Mais la crise a duré et a eu un effet boomerang: une partie du peuple a voté, avec ses tripes, "contre les médias"»

Cédric Jotterand a fait campagne en faveur de la loi concernant les médias. Même s'il est évidemment déçu par le résultat, il se réjouit du fait que, dans son district, le soutien à la loi a été massif. «Partout où les journaux locaux ont fait campagne, cela a eu des effets.» Il en est convaincu: le rejet du paquet n'a pas eu grand-chose à voir avec les petits et moyens médias, qui auraient le plus profité du soutien. «Il y a eu un mélange de divers sentiments dans ce vote et qui se situent au niveau fédéral», estime-t-il. Citant notamment un vent anti-SSR (pourtant pas concernée par le texte) et une incompréhension face au soutien qui serait en partie allé aux grands éditeurs.

Ce climat suspicieux est à mettre en lien avec une défiance plus générale envers les élites et les institutions. Le pouvoir central bernois est au cœur de la variante suisse de cet élan, qu'on constate dans des pays voisins et qui prend parfois la forme d'un rejet du «système». Le Temps notait ce matin qu'un rejet de l'aide aux médias serait un énième désaveu de la population envers le Conseil fédéral, après l'échec de la loi sur la chasse, de la loi sur l'identité électronique et de la loi sur le CO2, toutes portées par le gouvernement. Dont acte.

D'ailleurs, Félicien Monnier insiste sur le caractère fédéral de la loi contre laquelle il s'est battu. «Sur le principe, je suis tout à fait ouvert à des soutiens cantonaux. Dans le canton de Vaud, je vois a priori d'un bon œil l'idée d'un bon médiatique, par exemple, à condition que ce soit une politique de la demande, et non une politique de l'offre.» Cédric Jotterand, quant à lui, charge les parlementaires Philippe Bauer (PLR/NE) et Manfred Bühler (UDC/BE), qu'on a beaucoup vus dans la campagne du «non»:

«Les deux Dupont se sont engagés, sur le plateau de "Forum" et d' "Infrarouge", à soutenir l'aide indirecte aux envois postaux. J'espère qu'ils tiendront parole!»

Qui nuit à l'indépendance d'un média?

Selon Félicien Monnier, par ailleurs président de la Ligue vaudoise, qui édite La Nation, «les gens ont compris qu'un soutien direct à la presse par la Confédération nuirait à son indépendance». Une idée que balaie Cédric Jotterand. «Sur les 180 titres qui auraient touché cette aide, seule une petite dizaine a fait un suivi de la crise au quotidien. Pour ce qui est du Journal de Morges, nous avons certes relayé les informations des autorités sur notre site internet, mais, nous n'avons typiquement jamais versé dans le décompte des morts ou appelé les gens à se faire vacciner.»

Pour lui, ce sont les annonceurs qui peuvent nuire à l'indépendance d'un média, pas l'Etat. Voici comment il décrit, par exemple, le cas de sa publication pour laquelle il s'occupe personnellement de démarcher des entreprises afin de remplir les pages pubs: «Quand l'un de nos annonceurs nous propose de faire un article sur ses journées portes ouvertes, on ne va pas donner suite. Mais s'il fête ses 30 ans, on va réfléchir s'il s'agit ou non d'un fait d'actualité. En général, nous réglons la question en proposant un publireportage». Mais le journaliste estime que le problème de l'indépendance vis-à-vis des annonceurs était plus réel il y a quinze ans:

«Les annonceurs ont compris que les journaux tiennent à leur indépendance. On est bien loin du temps où, sous l'article, il était marqué "voir annonce", et sous l'annonce, "voir article"»

Outre les annonceurs, le directeur et rédacteur en chef pointe le problème des communicants: «Souvent, aujourd'hui, on nous passe le porte-parole. Pas la personne qu'on souhaite atteindre». Un vrai problème pour le patron du Journal de Morges, qui met en avant l'indépendance de son hebdomadaire, comptant quelque 7000 abonnés et n'appartenant plus à Tamedia depuis le rachat total du titre en 2017, par Cédric Jotterand lui-même. Un «oui» à la loi sur les médias lui aurait donné un bon coup de pouce pour la transition numérique, «déjà bien entamée», mais aussi au niveau des rabais postaux.

Cependant, hors de question pour lui de rejeter toute la faute sur les opposants. «Au vu de ce qui s'est passé avec ce vote, les grands groupes de presse devraient peut-être se poser des questions sur leur image. Et pourquoi pas se décider à se rapprocher des petits éditeurs, par exemple en partageant leurs locaux.» L'autocritique des médias, Félicien Monnier l'appelle bien sûr aussi de ses vœux. Nul doute que la branche aura intérêt à se poser les bonnes questions, à commencer par celle-ci: l'offre qu'ils proposent correspond-elle aux attentes des lecteurs? Est-elle assez plurielle?

Voilà déjà que l'UDC mijote dans ses cuisines une offensive contre la redevance de l'audiovisuel.

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