Swiss a pris une décision désagréable pour ses passagers
L’annonce a fait grand bruit dans l’aviation suisse: à la mi-octobre, la Confédération a débloqué 6,5% des réserves de kérosène disponibles à l’aéroport de Zurich. Elle a justifié le risque de pénurie par des goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, notamment par les bas niveaux du Rhin, qui limitent la navigation et l'acheminement de carburant.
«Cela nous a surpris nous aussi», admet le directeur financier de Swiss, Dennis Weber. La filiale de Lufthansa n’a pas œuvré en faveur d’un déblocage, affirme Dennis Weber. «Nous ne partons actuellement pas du principe qu’il y aura des restrictions.»
Des prix de kérosène toujours très élevés
Il y a pourtant deux semaines, le groupe Lufthansa s’est vu contraint de demander à ses équipages de charger, par sécurité, des quantités supplémentaires de carburant sur certains vols. A l’aéroport de Francfort (centre-sud) comme ailleurs, le carburant venait en effet à manquer. La situation s’est depuis normalisée, indique Dennis Weber.
Pourtant, en Suisse, la Confédération a annoncé mardi, pour la deuxième fois, qu’elle puisait dans les stocks obligatoires de kérosène. Ce sont désormais 17,4% des réserves qui ont été utilisés.
Quant aux prix du kérosène, il n’est pas non plus question de normalisation. Selon Dennis Weber, ils sont actuellement aussi élevés qu’après le déclenchement de la guerre en Iran au printemps. Le kérosène coûte ainsi deux fois plus cher qu’en début d’année.
Durant les neuf premiers mois de l’année seulement, Swiss a dû débourser 923 millions de francs pour son carburant, soit 146 millions de plus que sur la même période de l’an dernier. A la fin de l’année, la facture de kérosène devrait atteindre un peu moins de 1,2 milliard de francs, estime Dennis Weber.
C’est aussi la raison pour laquelle Swiss n’affichera pas des résultat brillant en 2026. Lors de la présentation des chiffres des neuf premiers mois, Dennis Weber a simplement parlé d’un «résultat solide». Avec 421,4 millions de francs de bénéfice opérationnel, la compagnie suisse reste la bonne élève rentable du groupe, mais son résultat se situe pratiquement au niveau de l’an dernier. Selon Dennis Weber, les coûts élevés du kérosène influenceront aussi les prix des billets en 2027.
Moins de passagers, plus de chiffre d’affaires
Dennis Weber peut s’estimer heureux que la demande de vols soit restée forte malgré les foyers de crise géopolitiques. Le chiffre d’affaires a en effet progressé de 5,3% pour atteindre 4,38 milliards de francs. Et ce, bien que Swiss ait transporté 0,7% de passagers en moins et effectué 3% de vols en moins. Autrement dit: grâce à des recettes moyennes plus élevées par billet, la compagnie a pu réaliser un chiffre d’affaires supérieur malgré un nombre moindre de passagers.
Selon le directeur financier de Swiss, les recettes ont évolué positivement, en particulier sur le long-courrier et en classes affaires et première. Il admet aussi que Swiss ne propose parfois délibérément, durant une longue période, que des billets plus chers, afin de profiter de l’engouement de sa clientèle pour les voyages en avion. Il résume:
La compagnie a aussi pu tirer profit de la crise des compagnies du Golfe, qui ont dû réduire drastiquement leurs capacités dans le sillage de la guerre en Iran. Les vols directs vers l’Asie, comme Swiss en propose au départ de Zurich, sont ainsi soudain devenus plus attrayants, et plus chers aussi. Swiss a de ce fait pu progresser dans le fret vers ce continent. Dennis Weber ajoute:
La compagnie poursuivra donc ses mesures d’économies déjà engagées.
L'importance des correspondances
Les problèmes de moteurs bien connus sur les A220, qui contraignent Swiss depuis des années à externaliser plusieurs vols, continuent de générer des coûts supplémentaires. Cela changera toutefois en partie au printemps, avec le début de l’horaire d’été 2027.
La coopération avec le partenaire de wet lease (une location d’avions avec équipage, entretien et assurance, qu’une compagnie loue à une autre pour une durée limitée) Air Baltic prendra alors fin.
La compagnie lettone avait engagé cet été 10 avions pour Swiss. Cela était nécessaire pour pouvoir maintenir l’offre long-courrier, indique Dennis Weber. Swiss dépend des passagers en correspondance venus de l’étranger pour remplir suffisamment ses avions à destination de Los Angeles, Tokyo ou Bangkok. De la compagnie régionale suisse Helvetic Airways, qui appartient au milliardaire Martin Ebner, 15 avions volaient pour Swiss, et un de la compagnie sœur Edelweiss.
Une année de transition
Dès l’été prochain, Swiss n’aura plus besoin que de l’aide de 17 avions d’Helvetic et d’un appareil d’Edelweiss. D’ici là, la situation des moteurs, mais aussi la pénurie de personnel dans les cockpits, se seront nettement améliorés, soutient Dennis Weber. Le directeur financier admet toutefois que l'état économique d’Air Baltic a aussi joué un rôle dans cette décision. En effet, la compagnie est en difficulté financière depuis des mois.
Pour le quatrième trimestre, Dennis Weber s’attend à une charge financière encore plus lourde qu’au troisième, en raison des prix du kérosène. 2026 restera donc pour Swiss une année de transition, destinée à poser les jalons qui permettront à nouveau de croître à l’avenir. (trad. ysc)
