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La Suisse au Conseil de sécurité de l'ONU? Bataille entre ex-conseillers fédéraux

Les anciens conseillers fédéraux, Micheline Calmy-Rey et Christoph Blocher, ne sont pas d'accord sur la création d'un siège de la Suisse au Conseil de sécurité de l'ONU.
Les anciens conseillers fédéraux, Micheline Calmy-Rey et Christoph Blocher, ne sont pas d'accord sur la création d'un siège de la Suisse au Conseil de sécurité de l'ONU.
La Suisse pourrait jouer un rôle important au sein de l'ONU. Mais cela provoque de gros désaccords... au point que d'anciens conseillers fédéraux se crêpent le chignon. On vous présente les camps.
10.03.2022, 17:1911.03.2022, 07:21

La question d'une implication de la Suisse cristallise. Alors que Conseil fédéral et experts sont persuadés qu'elle pourrait renforcer la politique extérieure, d'autres (dont d'ex-diplomates), redoutent un effet sur la neutralité et les bons offices. D'anciens conseillers fédéraux se sont joints au débat.

Dans le camps du «contre»

En 2017, Christoph Blocher, farouchement opposé, disait à Keystone-ATS, que ce siège violerait la neutralité et plus particulièrement parce que la Suisse devrait voter pour ou contre des sanctions, dans les situations de paix et de sécurité.

Christoph Blocher est un farouche opposant à un siège de la Suisse au Conseil de sécurité.
Christoph Blocher est un farouche opposant à un siège de la Suisse au Conseil de sécurité.Image: sda

C'est sans surprise qu'il a fait, il y a quelques jours, la même analyse sur la décision suisse concernant l'Ukraine, sans que la Suisse ne fasse pourtant partie du Conseil de sécurité. Pour l'UDC, un siège au Conseil de sécurité pourrait affecter les bons offices.

Parmi les premiers concernés, à savoir les diplomates, un siège dans l'organe exécutif de l'ONU ne fait pas non plus l'unanimité. Par exemple, Jenö Staehelin, qui a été le premier représentant permanent de la Suisse comme membre à l'ONU, doute de la capacité à résister aux pressions de pays comme les Etats-Unis. «L'expérience au moment de la défense de la place financière m'a montré que nous n'étions pas toujours prêts» à le faire.

L'un de ses anciens collègues, Paul Widmer, multiplie les tribunes dans les médias suisses et étrangers. Selon lui, un siège non permanent au Conseil de sécurité n'est pas pertinent. Seules les cinq grandes puissances le contrôle avec leur droit de veto.

Dans le camps du «pour»

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) est persuadé du contraire. Dans un rapport, il a clairement affirmé que la neutralité suisse ne serait pas violée, mentionnant plusieurs exemples, dont le Costa Rica, seul pays à ne faire partie d'aucune alliance politique ni militaire, comme la Suisse, et à avoir siégé. En cas de vote sur le recours à la force, la Suisse pourrait aussi s'abstenir, selon lui.

Selon le chef de la division ONU au DFAE, Frank Grütter, le droit de la neutralité ne joue aucun rôle dans les décisions du Conseil de sécurité. Celui-ci n'est pas parti au conflit. «Nous n'aurons pas d'obligations, nous ne devrons pas envoyer de troupes ni renforcer les troupes de maintien de la paix», affirme-t-il.

L'ancienne conseillère fédérale, Micheline Calmy-Rey, estime également que la Suisse pourrait renforcer ses liens internationaux. C'est elle qui avait lancé la candidature pour un siège en 2011.

Micheline Calmy-Rey avait lancé la candidature suisse au Conseil de sécurité, lorsqu'elle était conseillère fédérale.
Micheline Calmy-Rey avait lancé la candidature suisse au Conseil de sécurité, lorsqu'elle était conseillère fédérale.Image: sda

Quant au vice-président de l'Institut international de la paix (IPI), Adam Lupel, il a admis à Keystone-ATS: «maintenir une politique étrangère neutre formelle au Conseil de sécurité peut aboutir à des décisions difficiles à une période de divisions grandissantes». Mais ce ne serait pas incontournable.

Sur l'Ukraine, par exemple, la Suisse pourrait se contenter d'une position forte sur les questions humanitaires, selon le responsable du principal laboratoire de réflexion sur l'action de l'ONU sur la paix et la sécurité. La neutralité pourrait aussi améliorer la position de négociation. Certains cas récents le montrent: plusieurs pays neutres ont même été considérés comme les meilleurs non permanents dans l'instance. Il voit aussi le rôle d'Etat-hôte de la Suisse, avec la Genève internationale, comme un avantage par rapport à d'autres petits Etats.

Le vice-président de l'IPI est, lui aussi, convaincu que la période «difficile» qui s'ouvre pourrait permettre à la Suisse d'être efficace dans l'organe exécutif de l'ONU. «Cette guerre en Ukraine ne fera que détériorer» les divisions. Cette situation peut «offrir une opportunité pour un pays comme la Suisse».

Celle-ci «serait mieux positionnée que de nombreux autres Etats pour dépasser les limites» du veto des grandes puissances, estime Adam Lupel. Mais il faudra être bien préparé et investir suffisamment dans le dispositif à New York. Le DFAE a prévu, au total, une quinzaine de postes pour cette période au Conseil de sécurité.

En tout cas, c'est en Suisse que le débat est le plus vif

Paradoxalement, pour certains observateurs étrangers, la candidature suisse provoque davantage de controverses en Suisse que sur la scène internationale. D'autant plus que la Suisse est assurée d'être élue, le bloc européen n'offrant que deux candidats pour autant de sièges à reconduire.

Pour New York, le rôle possible de la Suisse n'est pas à minimiser. Alors que des pays non permanents ont porté, ces dernières années, les questions humanitaires au Conseil, «la Suisse sera bien placée» et sera attendue. «Rarement, une telle voix aura été plus indispensable qu'actuellement», affirme Adam Lupel. (mbr/ats)

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