A quel point notre système de santé est-il vraiment performant?
Dans presque tous les domaines, nous évaluons et comparons la qualité de l’offre. Pourtant, lorsqu’il s’agit de notre santé, et en particulier d’un séjour à l’hôpital, nous avançons encore largement à l’aveugle. Mesurer la qualité des soins, la rendre plus transparente pour le patient et l’intégrer à la planification hospitalière serait pourtant possible. Et nécessaire.
Avant de choisir un restaurant, de réserver un hôtel ou d’acheter un appareil électronique, la plupart d’entre nous consultent d’innombrables avis, vérifient les commentaires sur Google ou utilisent un comparateur en ligne. Personne n’a envie d’acheter un produit ou un service qui ne répond pas à ses attentes. Mais lorsqu’il s’agit de notre santé, cette possibilité nous échappe.
La qualité des prestations fournies par les hôpitaux suisses reste en effet peu transparente pour le public. En tant que patients, nous ignorons souvent combien de fois une intervention a été pratiquée dans un établissement donné et les résultats obtenus. Nous choisissons alors généralement l’hôpital le plus proche ou suivons la recommandation de notre médecin traitant.
Franc-Parler
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La règle du «nombre minimum de cas»
Pourtant, il existe déjà des indicateurs qui permettent de mesurer la qualité des traitements dans les hôpitaux. Parmi eux, le respect du «nombre minimum de cas» constitue un indicateur important. Les données scientifiques le montrent: l’expérience, la pratique régulière et la spécialisation améliorent la qualité des traitements. C’est pourquoi la Conférence suisse des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS) recommande, pour différents groupes de prestations, un nombre minimal de traitements qu’un hôpital devrait réaliser afin de garantir la qualité des soins et la sécurité des patients.
Cependant, diverses études réalisées à la demande du Groupe Mutuel et de prio.swiss montrent que plus de 40% des hôpitaux ne parviennent pas à respecter le nombre minimum de cas dans la majorité des groupes de prestations. Et cela, alors même que la recommandation de la CDS se situe bien en deçà des normes en vigueur à l’étranger. Dans le cas du cancer du sein, par exemple, près de 64% des hôpitaux n’atteignent pas le nombre minimum requis, concernant au passage près d’un quart des patients.
Les indicateurs de résultats centrés sur le patient, tels que les PROMs, les PREMs et les CROMs (lire encadré), constituent un autre levier pour évaluer la qualité. Autrement dit, le succès ne se mesure pas seulement au fait qu’une intervention a été réalisée et, semble-t-il, réussie, mais à l’amélioration qu’elle apporte à la qualité de vie du patient. Une opération du genou serait ainsi considérée comme réussie si le patient peut ensuite mieux marcher ou ressentir moins de douleurs et accomplir plus facilement ses activités quotidiennes.
Certains hôpitaux mesurent ou recueillent déjà ces informations. A l’échelle nationale, cette démarche reste toutefois marginale, et les données centrées sur le patient sont encore peu prises en compte dans le système de santé. Nous pourrions pourtant lier les résultats rapportés par les patients aux autres indicateurs de qualité et finalement à la rémunération des prestations. Ce ne serait alors plus le volume des actes fournis qui serait récompensé, mais la qualité réellement obtenue pour le patient.
Les indicateurs de qualité influencent la planification hospitalière
Une évaluation plus approfondie de la qualité pourrait avoir également des conséquences sur la planification hospitalière. La Suisse compte actuellement 270 hôpitaux répartis sur 596 sites, soit une densité très élevée. Si les hôpitaux étaient évalués de manière plus rigoureuse en fonction de la qualité et du nombre minimum de traitements, la concurrence entre eux s’intensifierait. Tous les établissements ne pourraient plus prétendre à l’ensemble des prestations.
Le regroupement nécessaire des hôpitaux favoriserait enfin une planification hospitalière suprarégionale attendue depuis longtemps. Dans un pays aussi petit que la Suisse, il n’est pas logique que la planification des capacités hospitalières s’arrête aux frontières cantonales. Une étude de l’Université de Saint-Gall a par ailleurs montré que, dans de nombreux cas, les patients se font déjà soigner hors de leur canton. La planification est donc aujourd’hui en décalage avec la réalité.
Au lieu d’une planification hospitalière cantonale, nous pourrions ainsi passer à une planification suprarégionale des soins, en mettant un accent clair sur la qualité. Le nombre minimum de cas, ainsi que la qualité des indications et des résultats pour les patients, devraient être mesurés et publiés de manière systématique et contraignante. Les soins pourraient être planifiés, pour le stationnaire et l’ambulatoire, en grande partie au sein de cinq à sept régions de santé supracantonales, sans se limiter aux frontières cantonales. Les soins de base et les urgences resteraient, quant à eux, toujours organisés au niveau régional afin de garantir un accès rapide.
Une offre de soins optimale qui ne cherche pas à multiplier les prestations, mais à garantir ce qui compte vraiment: un accès fiable aux soins, une qualité démontrable et une utilisation responsable de chaque franc des primes d’assurance-maladie. C’est à cette condition que notre système de santé pourra rester à la fois performant, accessible et financièrement viable.
