«Des hôpitaux disparaitront»: cette étude révèle un problème en Suisse
Pour une intervention planifiable comme une opération de la prostate ou une prothèse du genou, de nombreux patients ignorent l'hôpital régional le plus proche pour se faire soigner dans un établissement de meilleure réputation.
Ce qui a toujours été pressenti est désormais étayé par des chiffres. Alexander Geissler, professeur d'économie de la santé à l'Université de Saint-Gall, a analysé les flux des patients en Suisse. Pour des traitements relevant déjà des soins de base, de nombreux patients franchissent les frontières cantonales voisines, notamment dans le Valais occidental, dans les deux Bâle ou dans le Val Mesolcina, la région italophone des Grisons qui jouxte le Tessin.
Un phénomène facilement explicable
Pour des interventions spécialisées, comme les prothèses du genou, l'appétit pour le voyage augmente nettement: une grande partie des patients se rend dans un autre canton pour se faire soigner. Cela vaut même lorsqu'une intervention est urgente.
Sur le plan médical, c'est compréhensible: en Suisse, le libre choix de l'hôpital est garanti. Un établissement spécialisé dans certaines interventions signifie une meilleure qualité de soins. Si, en tant que patient, je veux bénéficier du meilleur traitement possible, je suis prêt à faire 30 minutes de route supplémentaires. Selon l'étude, 70 minutes de trajet reflètent bien la réalité. Les patients des cantons de montagne, comme le Valais ou les Grisons parcourent même deux heures, ou davantage.
Ce comportement compréhensible des patients est pourtant en contradiction flagrante avec la planification cantonale. Certains cantons collaborent plus étroitement, comme les deux Bâle ou Saint-Gall avec les deux Appenzell. Mais la coordination commune reste l'exception.
Vers une fermeture d'hôpitaux?
L'étude mentionnée, rédigée sur mandat de la caisse-maladie Groupe Mutuel, l'a mis en évidence: de nombreux hôpitaux reçoivent des mandats de prestations cantonaux alors qu'ils ne les remplissent que partiellement. Dit prudemment, les cantons pourraient dégager d'importants gains d'efficacité grâce à une planification hospitalière coordonnée.
En termes plus directs, cela signifie: fermer des hôpitaux. Mais alors, parmi les quelque 280 hôpitaux de soins aigus, lesquels ne seront plus nécessaires à l'avenir?
Cette question est trop réductrice, répond l'économiste spécialiste dans les questions de santé, Alexander Geissler. Il ne s'agit pas en premier lieu de fermer des hôpitaux, dit l'auteur de l'étude. Il s'agit d'une transformation et d'une spécialisation des hôpitaux.
Alexander Geissler recommande, outre une meilleure coordination entre les cantons, d'introduire un niveau de planification national et d'intégrer de nouveaux critères pour l'attribution des mandats de prestations, notamment la complexité et l'urgence d'une intervention.
Une question de planification
Au niveau politique, l’économiste prêche des convaincus. L’an dernier, le Parlement a chargé le Conseil fédéral de reprendre la planification hospitalière si les cantons ne parvenaient pas à s’entendre. Les cantons ont eux aussi entendu l’avertissement: en novembre, la Conférence des directeurs cantonaux de la santé a présenté un plan en trois phases. Après une analyse nationale des besoins, les cantons veulent définir ensemble quelles prestations doivent être assurées à proximité du domicile et lesquelles relèvent d’un niveau suprarégional. Sur cette base, les mandats de prestations cantonaux seraient attribués dans une troisième phase.
Thomas Grichting soutient cette démarche. Le secrétaire général de Groupe Mutuel juge toutefois le processus «trop lent» et «non contraignant». Selon lui, la planification doit s’appuyer sur des critères de qualité. Les hôpitaux devraient pour cela accroître leur transparence.
Priorité à la qualité et à des règles équitables
Grichting met en garde contre le refus d'entrer dans ce débat:
Aujourd’hui, ce mouvement se fait sans ordre. Selon lui, la survie d’un établissement dépend fortement du niveau de soutien financier garanti par son canton. Outre un accent sur la qualité et la transparence, il faut donc aussi des règles du jeu équitables – notamment en matière de prestations d’intérêt général (PIG).
Depuis 2017, il est établi que les cantons subventionnent leurs hôpitaux via les PIG de manière très variable. Les montants diffèrent fortement selon les missions assumées par les établissements. Ainsi, alors que le canton de Zoug accorde peu de soutien, Genève et Vaud versent des centaines de millions à leurs hôpitaux universitaires, qui remplissent des fonctions de recherche et de médecine hautement spécialisée. En 2017, 2,4 milliards de francs d’argent public ont ainsi été alloués aux hôpitaux. On ignore quel est le montant actuel.
Le problème des primes
Ce ne sont pas seulement les hôpitaux déficitaires qui pèsent sur les finances publiques; les cantons doivent également supporter les dépenses croissantes liées aux subsides aux primes. La pression financière s'intensifie, et Grichting en est conscient. La mise en œuvre d'une nouvelle planification hospitalière n'est «pas une promenade de santé», comme il le dit. Il existe en effet diverses incertitudes. Il y a d'abord la politique, qui défend le maintien des structures et interprète le fonctionnement des hôpitaux comme une forme de promotion économique.
Il y a aussi les faits concrets: les hôpitaux ont investi des milliards au cours des vingt dernières années dans de nouvelles constructions, des lits et des infrastructures. Que faire de tous ces bâtiments? Ce sont des arguments que l'économiste de la santé Alexander Geissler réfute aisément:
Il y a bien trop de sites en Suisse.
La Suisse a besoin d'une meilleure planification. Ce sont déjà les patients qui en montrent la voie.
