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Tesla n'est plus une marque de voiture

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
La gamme Tesla comprend cinq modèles, dont quatre disponibles en Europe.Image: Tesla
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Tesla n'est plus une marque de voiture

En 2012, la Tesla Model S a bouleversé l’industrie automobile. Une berline électrique, venue de Californie avec deux promesses claires: rendre l’électromobilité désirable et propulser Tesla au sommet. Un peu plus de treize ans plus tard, une page se tourne: les Model S et Model X vont disparaître du catalogue. Suicide programmé ou vision d’avenir?
24.03.2026, 09:2724.03.2026, 09:27
Jerome Marchon
Jerome Marchon

Imaginez un instant Volkswagen annoncer la fin de la Golf, ou Porsche la fin de la 911… On se rappellera que la marque de Stuttgart avait envisagé la chose à la fin des années 70, c’est vrai. Mais aujourd’hui cela serait considéré comme un sacrilège ou une hérésie. Et pourtant, c’est un peu ce que Tesla est en train de faire.

La marque américaine tourne progressivement la page de la Model S. Une voiture qui, lorsqu’elle arrive sur le marché en 2013, ne ressemble à rien de connu. Une grande berline électrique capable d’accélérations fulgurantes, dotée d’un écran géant au centre de la planche de bord et surtout… d’un logiciel capable d’évoluer au fil du temps.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
La Model S, ici dans sa dernière évolution, a permis à Tesla de prendre son envol. Image: Tesla

L’engin était tellement nouveau qu’à l’été de cette année-là, les essais pour la presse en Suisse imposaient de se rendre à Genève et Zurich, les deux seuls endroits dans le pays où était installée une borne adaptée à la recharge de la Model S.

A l’époque, l’industrie regarde tout ça avec un sourire amusé… Une startup de la Silicon Valley qui prétend bousculer les géants centenaires de l’automobile? Sérieusement? En 2017 encore, Matthias Müller, alors patron tout-puissant du groupe Volkswagen, affirmait que Tesla resterait un acteur de niche. Trois ans plus tard, la marque californienne valait en bourse plus que Volkswagen, BMW et Daimler (Mercedes-Benz) réunis.

La Model S venait de prouver une chose simple: la voiture électrique pouvait être désirable. Pas seulement un objet militant pour écologistes convaincus, mais un produit technologique, rapide, élégant, futuriste mais idéalement ancré dans son temps également.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
Tesla a rebattu beaucoup de cartes technologiques dans l'industrie automobile.Image: Tesla

Sur le plan technique, Tesla introduisait aussi ce qu’on appelle aujourd’hui le SDV (Software Defined Vehicle) ou voiture définie par le logiciel, qui permet des mises à jour continues et l’ajout de nouvelles fonctions tout au long du cycle de vie du véhicule. L’automobile entrait dans l’ère numérique. Mais aujourd’hui pourtant, cette même Model S arrive au bout de son histoire.

Les chiffres de Tesla sont une autre histoire

Les résultats récents de Tesla montrent que le vent à un peu tourné. En 2025, le chiffre d’affaires recule légèrement de 3%, à 94,8 milliards de dollars. Mais c’est surtout la rentabilité qui inquiète: le bénéfice chute de 46%, à 3,8 milliards. Pour mémoire, en 2022, Tesla gagnait près de 3,7 milliards de dollars… sur un seul trimestre. Les livraisons de voitures ont également diminué, pour atteindre environ 1,6 million d’unités.

En Suisse, les ventes ont chuté de 27,8% en 2025 et même de 46,1% sur les deux premiers mois de 2026 comparativement à la même période en 2025. Dans le même temps, un autre symbole tombe: le constructeur chinois BYD devient le premier fabricant mondial de voitures électriques. Les modèles «historiques» sont devenus anecdotiques dans le mix des ventes. Model S, Model X et Cybertruck (non distribué en Europe) réunis ne représentent plus que 3% des ventes.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
La Model X et ses portes arrière «Falcon Wings» avaient marqué les esprits.Image: Tesla

Elon Musk lui-même reconnaissait il y a quelques mois que les Model S et Model X étaient produites surtout pour des «raisons sentimentales». C’est un fait, aujourd’hui même la nostalgie ne suffit plus.

Une avance qui s’est réduite pour Tesla

Lorsque la Model S arrive sur le marché, la concurrence est quasiment inexistante. Aujourd’hui, chaque constructeur possède sa gamme électrique. Et les marques chinoises avancent vite, avec des modèles souvent moins chers et très modernes.

Tesla a aussi ralenti sur les nouveautés. Depuis la Model Y en 2020, aucun nouveau modèle grand public n’a été présenté. La fameuse Tesla à 25 000 dollars promise depuis des années? Abandonnée. Le seul véritable lancement récent fut le Cybertruck, produit spectaculaire mais de niche et bien moins convaincant dans les ventes.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
Le Cybertruck n'a pas rencontré le succès escompté.Image: Tesla

A cela s’ajoutent les prises de position politiques d’Elon Musk, qui ont parfois brouillé l’image de la marque, notamment en Europe où les ventes ont reculé alors que le marché électrique progressait.

Enfin, l’environnement politique américain est devenu moins favorable aux voitures électriques avec la disparition de certaines subventions et la baisse des revenus liés à la revente des crédits carbone. Bref, l’histoire Tesla n’est plus aussi simple qu’avant.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
Aucune autre marque automobile n'est autant incarnée par son patron que Tesla.Image: Tesla

Tesla regarde déjà ailleurs avec son «Physical AI»

Face à ces difficultés, Tesla prépare une nouvelle transformation. L’entreprise parle désormais de «Physical AI», une intelligence artificielle capable d’agir dans le monde réel. Trois projets concentrent ces efforts; d’abord Optimus, un robot humanoïde que Tesla prévoit un jour de produire à grande échelle. Ensuite les robotaxis, déjà testés à Austin et bientôt rejoints par le Cybercab, véhicule 100% autonome sans volant ni pédales.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
Le Cybercab 100% autonome est la prochaine révolution automobile promise par Tesla grâce à l'IA.Image: Tesla

Enfin, Tesla investit massivement dans xAI, la startup d’intelligence artificielle d’Elon Musk, pour accélérer le développement de la conduite autonome. Pour financer cette stratégie, plus de 20 milliards de dollars devraient être investis cette année. Pour certains analystes, le message est clair: Tesla n’est plus vraiment un constructeur automobile, mais une entreprise de technologie en mutation.

La valorisation de Tesla est toujours hors norme

Malgré ces turbulences, Tesla reste l’une des entreprises les plus valorisées au monde. La raison est simple: les investisseurs la perçoivent comme une entreprise de technologie.

Tesla Model 3, Model Y, Model S, Model X
Tesla n'est pas un constructeur automobile, mais une entreprise technologique.Image: Tesla

Le ratio cours/bénéfice oscille autour des 400 pour Tesla alors que celui de Volkswagen gravite autour de 6-7 et celui de Ford aux alentours de 13. Cette valorisation à des années-lumière de celles du reste de l’industrie automobile repose sur la promesse que Tesla dominera les technologies de demain, qu’il s’agisse de robotaxis, d’IA ou de robotique. Certains analystes tempèrent toutefois cet attrait, arguant que l’action Tesla est portée autant par l’enthousiasme des fans que par les performances économiques.

La suite de l’histoire?

L’ironie est peut-être là. Tesla a déclenché la révolution électrique, mais se retrouve aujourd’hui dans un marché devenu très concurrentiel. La marque qui avait plusieurs longueurs d’avance se retrouve désormais parmi d’autres.

Reste une inconnue: les nouveaux paris d’Elon Musk. Si certains se demandent si Tesla reste sa priorité parmi ses nombreux projets, il est légitime de se demander si la marque recèle à nouveau la prochaine révolution technologique ou si elle est devenue une distraction pour son fondateur et gourou… Jusqu’ici, nombreux se sont mordu les doigts à sous-estimer Elon Musk…

Jérôme Marchon est...
... un fan passionné de voitures depuis son plus jeune âge. Sa carrière professionnelle a pourtant commencé dans la finance. En parallèle de celle-ci, il contribue à créer un blog sur l'automobile, avant de fonder sa propre page, avant de prendre le poste de rédacteur en chef de la «Revue automobile». Depuis 2018, il travaille en tant qu'indépendant et écrit pour différents médias automobiles et généraux (print et web), en Suisse comme à l'étranger. Jérôme Marchon travaille également comme traducteur et conseiller en contenu rédactionnel pour des événements automobiles et des constructeurs automobiles.
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Les premières excuses du Conseil fédéral
En 1995, la Suisse commémora aussi la fin de la guerre cinq décennies plus tôt par la reconnaissance officielle des erreurs du Conseil fédéral de l’époque en matière de politique de réfugiés. Personne ne se doutait alors que le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale allait devenir un sujet brûlant de la politique extérieure suisse au cours des années suivantes.
A l’origine, le geste ne devait pas prendre cette forme. A l’automne 1994 encore, le Conseil fédéral avait écarté une question parlementaire sur la manière dont le gouvernement comptait marquer le 50ᵉ anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il mentionnait alors que la génération du service actif avait déjà été remerciée pour ce qu’elle avait accompli lors des manifestations «Diamant» de 1989.
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