Le cyclisme féminin s'attaque à «un col inhumain»
La Vuelta féminine entre dans sa phase décisive avec deux arrivées au sommet dans les Asturies. Celle de vendredi au mur des Praeres s'annonce épique (4 km avec une pente moyenne à 13% et une pente maximale de 25%), mais c'est surtout celle de samedi qui fait craindre le pire, puisque le peloton s'attaquera au terrible Alto de l'Angliru.
Un col découvert vers la fin des années 90 par les organisateurs de la boucle espagnole, au grand dam des coureurs. «C'est un col inhumain», affirmait Oscar Sevilla en 2002, pour définir cette ascension de 12,5 km avec une pente moyenne d'environ 10% et des passages brutaux dépassant les 20%. Pour en prendre la mesure, nous avons lancé un coup de fil à Danilo Wyss. L'ancien coureur vaudois connaît bien l'Angliru pour l'avoir escaladé «à deux reprises», croit-il. C'était en fait une fois, en 2013.
Danilo Wyss, si vous avez l’impression d’avoir grimpé l’Angliru deux fois alors que ce n’était qu’une seule, c’est peut-être que l’expérience vous a marqué, non?
C'est vrai que c'est une montée tellement raide que même si on ne la fait qu'une fois, on s'en souvient assez bien!
C'est la plus dure que vous ayez faite?
Non, le Zoncolan est encore plus difficile. L’Angliru possède une section très raide, mais plus courte que celle du col italien, donc je dirais qu'en termes de pente maximale, c’est la deuxième ascension la plus brutale que j’ai affrontée dans ma carrière.
Quelle stratégie adopte-t-on quand on se retrouve sur une pente à 23,5%?
Il n’y a pas vraiment de stratégie: tu montes et tu fais de ton mieux! Aujourd’hui, les coureurs ont quand même un avantage par rapport à il y a une dizaine d’années, quand j'étais encore dans le peloton: ils disposent de braquets plus adaptés. A l’époque, on avait des cassettes qui montaient à 28 dents, alors qu’aujourd’hui ils ont du 30, voire plus, ce qui leur permet d’avoir des braquets plus souples en montée.
L’Angliru a une réputation terrible. La réalité est-elle fidèle à la légende?
J’avais déjà gravi le Zoncolan quelques années plus tôt, donc je savais à peu près à quoi m’attendre. Avec les profils et les cartes, on se fait de toute façon une bonne idée du parcours. Ce dont je me souviens surtout de l’Angliru, c’est la météo: elle n’était pas terrible, et l’arrivée s’est faite dans le brouillard. Il y avait une atmosphère presque mystique, assez impressionnante.
Face à la pente, le combat est physique ou mental?
Les deux. Quand la pente est moins raide, tu peux profiter de l’aspiration et gérer ton effort différemment. Là, en revanche, tu dois trouver ton propre rythme, te fier à tes données et tenir une allure régulière jusque dans les 500 derniers mètres en montée. L'arrivée est assez spéciale, le décor est incroyable.
Quel rôle jouent les nombreux spectateurs sur l'Angliru?
Ils mettent une ambiance assez exceptionnelle. Ils ont même tendance à pousser physiquement les coureurs qui sont lâchés, pour leur venir en aide.
Paradoxalement, c'est une montée que ne redoutent pas toujours les sprinters.
C’est vrai, et cela tient en grande partie à la topographie de la région. Faute de nombreux cols à proximité, l’Angliru est rarement intégré à de longues étapes de haute montagne comme dans les Pyrénées, où l’on enchaîne les ascensions et où les sprinteurs risquent plus facilement d’être hors délais s’ils sont distancés dès la première montée. A l’inverse, une étape se concluant à l’Angliru est plus facile à gérer pour eux: ils abordent l’ascension finale avec moins de dénivelé accumulé et peuvent plus sereinement viser une arrivée dans les délais.
L'étape de samedi sur la Vuelta
Le fait que l’Angliru soit désormais gravi en cyclisme féminin est une excellente nouvelle pour la discipline, non? Cela donne un superbe coup de projecteur à la course et pourrait susciter des vocations.
Tout à fait, c’est une très bonne chose. Le public suit de plus en plus les courses féminines: on l’a bien vu ce printemps sur les classiques, qui ont rencontré un énorme succès. Offrir aux femmes la possibilité d’emprunter les mêmes parcours que les hommes, avec les mêmes ascensions mythiques, contribue à renforcer la visibilité et la légitimité du cyclisme féminin. Cela valorise la discipline et participe à son développement, ce qui est clairement une évolution positive.
