Supergirl décolle mais n'ira pas bien loin
Sorti l’été dernier, le film Superman de James Gunn, l’homme derrière Les Gardiens de la Galaxie chez Marvel, avait pour ambition de présenter un nouvel univers cinématographique pour DC Comics. Le Superman incarné par l’acteur David Corenswet est une version bien plus proche de sa version papier que des adaptations cinématographiques que le public a connues. Véritable boy-scout à l’optimisme sans faille, ce Superman est un cartoon sur pellicule, qui aura enchanté les plus jeunes tout en se mettant à dos les spectateurs les plus hermétiques à ce super-héros lumineux et charmant.
Introduite rapidement à la fin du film, Kara Zor-El, alias Supergirl, est la cousine de Kal-El — le nom kryptonien de Superman — et est présentée en pleine gueule de bois, ayant bien du mal à gérer son chien Krypto. Jeune femme rebelle, avec de la gouaille, elle n’hésite pas à jurer ou à en venir aux mains, voire même à tuer, soit le contraire absolu du super-héros le plus célèbre du monde. Et il faut admettre que l’actrice Milly Alcock, révélée dans House of the Dragon, incarne cette peste avec un certain aplomb.
Pour pouvoir profiter de son alcoolisme, Kara Zor-El n’a pas d’autre choix que de traîner sur des planètes au soleil rouge. Car si notre astre jaune confère aux Kryptoniens des pouvoirs démesurés, les soleils rouges les en dépossèdent. Cette vie de débauche, la jeune femme la doit à son passé traumatique, puisque, contrairement à Clark Kent qui a grandi dans une famille aimante du Kansas, elle a grandi sur un morceau de Krypton où les survivants du cataclysme ayant détruit la planète mouraient les uns après les autres.
Ce traumatisme et ses impacts sont très peu traités dans les différentes incarnations de Supergirl, du moins sur le petit et le grand écran. Le personnage n’aura finalement eu droit qu’à un seul film à sa gloire, en 1984. Un film dérivé de la saga avec le Superman de Christopher Reeve, saboté par ses propres producteurs et désormais rangé sur l’étagère des nanars oubliés. Une série télévisée a également vu le jour en 2014 sur CW, la chaîne de productions DC au rabais, telles que Smallville, The Flash ou encore Arrow.
C’est du côté des comics que le film s’inspire, notamment du livre Supergirl: Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely, plébiscité autant du côté des critiques que des fans de comics. C’est à ce livre que l’on doit ce changement de ton bienvenu, qui a l’intelligence de placer son intrigue dans une épopée galactique. Le film est réalisé par Craig Gillespie, à qui l’on doit notamment Moi, Tonya (2017) avec Margot Robbie, preuve s’il en est que le cinéaste sait mettre en scène des héroïnes atypiques.
La bande-annonce:
La pop rencontre le heavy metal
Exit donc Metropolis et la planète bleue, Kara Zor-El laisse traîner sa cape et sa jupe dans son vaisseau désordonné et coule des journées de ramasse difficile dans un monde lointain en compagnie de son fidèle chien Krypto. Son quotidien va être chamboulé lorsqu'une jeune fille intrépide nommée Ruthye (Eve Ridley) sollicite son aide pour se venger de l'homme qui a tué sa famille.
Mais comme un problème ne vient jamais seul, le vaisseau de Kara va être volé par les mêmes brigands sanguinaires qui ont assassiné la famille de Ruthye, et Krypto finira empoisonné par leur chef, un dénommé Krem (Matthias Schoenaerts). Elle n'aura que trois jours pour trouver un antidote et sauver son petit compagnon,
A partir de ce postulat, le film se transforme en road trip cosmique à la poursuite du précieux antidote. A la manière d’un western spatial, le monde qui nous est présenté n’est pas sans rappeler celui de James Gunn dans Les Gardiens de la Galaxie. Les villes ressemblent à des taudis, les extraterrestres croisés sont plus loufoques les uns que les autres et les vaisseaux, faits de bric et de broc, évoluent dans un univers impitoyable où les jeunes filles sont asservies et où l’on tue facilement pour de l’argent.
Si le film évite soigneusement d’être sanglant, l'ambiance de Supergirl est particulièrement sombre. Le film ne cache pas ses morts, y compris lorsque des enfants se font assassiner; la traite humaine et l’esclavage y sont abordés.
Le film, par son esthétique et sa violence, puise allègrement du côté de Mad Max (1979) et des œuvres post-apocalyptiques de cette époque. Notons également la présence de Lobo, personnage culte de DC Comics interprété avec beaucoup de plaisir par Jason Momoa (Dune), apportant cette touche finale à l’ambiance heavy metal de l’ensemble. Le film n’a de «girly» que sa bande-son, qui s’amuse à intégrer des titres pop à cet univers poussiéreux.
Flop à l'horizon
Supergirl signe le retour d’une héroïne oubliée et divertit sans prétention. Son retour au cinéma offre un spectacle qui se démarque suffisamment du Superman sorti l’an passé pour être salué.
Cependant, il semblerait qu’être un blockbuster générique ne soit plus suffisant à Hollywood, puisque le film a tellement mal démarré au box-office qu’on peut d’ores et déjà parler d’explosion au décollage. Alors que son cousin générait 125 millions pour son premier week-end aux États-Unis et cumulait 600 millions de recettes au final, Supergirl démarre avec 38 millions, soit autant que les pires flops du genre.
Fatigue des super-héros ou misogynie silencieuse de la part des amateurs de comics: cela a peut-être un peu pesé dans la balance. Ce qui est certain, c’est que Supergirl n’était tout simplement pas assez bon pour devenir un événement durant cette saison où les spectateurs doivent faire un choix parmi les blockbusters de l’été. Entre Toy Story 5, Spider-Man: Brand New Day et L’Odyssée de Christopher Nolan, les jeux sont faits.
Rendez-vous en juillet 2027 pour le prochain véritable rendez-vous avec cet univers: la suite de Superman, intitulée Man of Tomorrow. Si celui-ci se plante aussi, il ne restera alors plus que Batman pour sauver DC Comics au cinéma.
«Supergirl» de Craig Gillespie est sorti le 1er juillet sur les écrans romands. Durée: 1h 50.
