C'est le plus beau film d'animation que vous verrez cette année
En ce début d’été, le cinéma d’animation français est au meilleur de sa forme, allant jusqu’à se distinguer des blockbusters américains tels que Toy Story 5 et Les Minions et Les Monstres, en ciblant avant tout un public adulte. On trouve d’abord le très hilarant Jim Queen et sa comédie queer, mais surtout In Waves, de la réalisatrice franco-vietnamienne Phuong Mai Nguyen.
Sorti le 1er juillet au cinéma, ce film adapte la bande dessinée In Waves de l’Américain AJ Dungo. Edité chez Casterman, ce premier roman graphique autobiographique retrace la naissance du surf et raconte l’histoire d’amour qu’il a vécue avec Kristen, sa compagne atteinte d’un cancer.
Cette version animée s’approprie donc le récit dessiné sur papier pour le raconter à sa manière, en plongeant dans une ambiance californienne qui lorgne du côté des films de passage à l’âge adulte. Exit donc l’histoire de ce sport qui se superposait au récit: l’adaptation de Phuong Mai Nguyen ne conserve quasiment que l’histoire de l’auteur: celle de deux adolescents passionnés de surf qui tombent amoureux.
AJ est au lycée lorsqu’il croise pour la première fois Kristen, son premier amour et celui de sa vie. Tous deux sont issus de la diaspora asiatique américaine, il pratique le skate et le dessin, tandis qu’elle ne jure que par le surf. Ce coup de foudre réciproque va se transformer en une relation fusionnelle autour de la glisse. Une période de tendresse qui va durer une décennie, le temps que la maladie qui ronge Kristen de l’intérieur se déclare.
Ces dix années sont marquées par ce cancer qui revient régulièrement, par vagues. Les flots, Kristen en a fait sa force, au point de continuer à les chevaucher malgré la maladie. Cette passion qu’elle a transmise à AJ est désormais le moteur de sa résilience. Entre deux sessions, celui-ci entreprend de raconter l’histoire du surf dans un roman graphique, en mémoire de Kristen.
Un vague à l'âme vibrant de couleurs
Dans In Waves, la métaphore de la vague se décline à tous les niveaux. Il y a la maladie qui va et vient, la force d’avancer, et le surfeur qui réussit à traverser le deuil ou se laisse submerger. Malgré son postulat déchirant, le film de Phuong Mai Nguyen réussit à être lumineux et à porter un fabuleux message: continuer de faire vivre en nous ceux qui nous ont quittés.
Dans un mélange subtil d'animation traditionnelle qui évoque le trait de l'auteur AJ Dungo et d'images de synthèse apportant le volume nécessaire au relief, In Waves puise également son inspiration colorée dans les peintures de feu David Hockney.
Cette palette de couleurs évoque autant les œuvres du génie qui nous a quittés récemment que les ambiances chaudes du soleil couchant californien. Il en résulte une direction artistique vibrante, qui dénote totalement du trait monochrome de la bande dessinée dont le film est issu. Si In Waves est bien une production française, tout respire l’Americana du surf dans ce long-métrage.
Le film se distingue également par la fulgurance de ses animations, qui empruntent subtilement au dynamisme japonais et proposent parfois de véritables éclats de mise en scène. Mention spéciale également à sa bande originale, où le compositeur ROB s’est associé à la chanteuse prodige Oklou. Le duo fait des étincelles et a produit une pop éthérée, nappée de musiques électroniques pour souligner les thèmes du deuil, du surf et de la Californie.
Un film pour ceux qui restent
Ce film se présente non seulement comme un bijou d'animation, mais aussi comme l’un des meilleurs récits initiatiques sortis récemment. Le combat contre la maladie qui nous y est conté est déchirant, et si l’on ressort la gorge nouée et les yeux gonflés, emporté par le tsunami d’émotions qui nous submerge, le message d’amour envoyé par l’auteur à sa défunte amoureuse est d’une pureté absolue. La fin du long-métrage nous inonde d’un optimisme qui donne envie d’aimer au présent, et si les insensibles vont trouver cela larmoyant, les autres se sentiront vivants.
La voix et le trait d’AJ Dungo, la réalisatrice Phuong Mai Nguyen est parvenue à se les réapproprier avec brio. Pourtant, le défi était de taille, tant il s’agit d’un hommage personnel basé sur un audacieux enchevêtrement d’explications historiques et de journal intime. Par ailleurs, le film a l’intelligence d’intégrer l’œuvre dessinée de l’auteur au cœur même du récit, comme si le film narrait l’origine de la bande dessinée.
In Waves n’est pas seulement une preuve supplémentaire que la France est l’un des fleurons de l’animation, comme en témoignent ses nombreuses nominations aux Oscars, c’est aussi l’un des plus beaux films de l’année et le premier de sa réalisatrice. Les larmes vont couler, les prix vont tomber. Si vous ne savez pas quoi faire cet été, lisez In Waves, regardez In Waves, pour la mémoire de Kristen, et de tous ceux que le cancer a emportés.
«In Waves» de Phuong Mai Nguyen est à voir au cinéma depuis le 1er juillet 2026. Durée: 91 minutes.
