Pourquoi «Toy Story 5» ne ressemble à aucun autre film de la saga
Il y a quelque chose de fascinant dans la saga Toy Story. Sorti en 1995, le premier volet marque l’histoire du cinéma non seulement comme le premier film d’animation en images de synthèse, mais aussi comme l’affirmation de Pixar comme référence ultime du cinéma d’animation, alignant les succès au point que le dessin animé traditionnel cessera progressivement d’exister à Hollywood.
Mais plus fascinant encore, c’est de voir à quel point cette saga a su évoluer avec le temps et les époques. Si le premier volet semble visuellement désuet aujourd’hui, sa puissance émotionnelle n’a jamais bougé, et il en sera de même pour les suites, dont chacune a réussi à être meilleure que la précédente. Sortis respectivement en 1995, 1999, 2010 et 2019, les films Toy Story ont accompagné durant trois décennies des enfants devenus adultes. La saga a toujours eu cette capacité étonnante de s’adresser autant aux enfants qu’à l’enfant intérieur de leurs parents, voire à des trentenaires qui ont su garder leur âme.
La saga a su évoluer avec son temps, notamment en s’ouvrant à l’inclusivité et en laissant plus de place aux personnages féminins, tout en soulevant à chaque volet des thématiques importantes. Que ce soit la jalousie et la rivalité dans le premier volet, l’angoisse de l’oubli et la valeur du temps dans le second, le deuil de l’enfance dans Toy Story 3 ou encore l’émancipation et le libre arbitre dans l’épisode précédent, chaque film a su sortir son épingle du jeu et s’avérer tout aussi profond et touchant que le précédent.
Un film dans l'air du temps
Dans ce cinquième volet, la saga aborde un enjeu sociétal contemporain: la place des écrans chez les plus jeunes. La technologie confère à nos jouets, qui semblaient intemporels, une obsolescence certaine, puisque ceux-ci doivent rivaliser avec les tablettes interactives qui accaparent l’attention des enfants. Avec beaucoup de bienveillance, le film traite de la modernité et de l’importance de maintenir un lien réel et humain face aux dérives du consumérisme numérique, sans pour autant affirmer que les écrans sont le mal.
On pourra saluer cette vision un peu moins «boomer» que ce qu'on pouvait craindre, bien que légèrement consensuelle. Cette tablette nommée Lilypad est présentée comme une antagoniste, mais avec sa bienveillance légendaire, Toy Story 5 nous rappelle que les bons ou les mauvais côtés d’un objet dépendent uniquement de la manière dont on les utilise.
Le film brasse également un thème fondamental de l’enfance: la norme. En effet, l’histoire de la petite Bonnie est marquée par un conflit intérieur, puisqu'elle se voit se détourner des choses qu’elle aime pour répondre à un besoin de validation. Car, comme dans toutes les cours de récréation, posséder le dernier gadget à la mode est un signe d’appartenance, et son absence peut être synonyme d’exclusion, surtout lorsqu’il s’agit d’un objet connecté avec lequel les enfants interagissent entre eux.
Les filles à l'honneur
En marchant dans le sillon de Vice-Versa 2 sur les affres de l'adolescence, Toy Story 5 aborde la cruauté enfantine et dépeint la difficulté d’intégrer des cercles sociaux dès le plus jeune âge. Le film est par ailleurs pour la première fois centré sur un enfant, la saga les ayant toujours relayés au second plan.
Ce choix scénaristique audacieux laisse forcément moins de place à nos jouets, notamment au trio magique que composent Woody, Buzz l’Éclair et Jessie. Cette dernière occupe d’ailleurs une place bien plus importante, au point de se voir attribuer le rôle principal et de bénéficier, pour l’occasion, du moment émotionnel le plus puissant du film. La chanson de Taylor Swift I Knew It, I Knew You lui étant dédiée, la patte country de la chanteuse sied à merveille à cette cow-girl en chiffon.
Nos jouets préférés ne sont pas mis de côté pour autant, le film conservant sa dimension chorale où chaque protagoniste a droit à son moment, éveillant en chacun la nostalgie des films précédents.
Après une trilogie sans fausses notes et un quatrième épisode qui avait réussi à justifier son existence, Toy Story 5 vient malheureusement briser de peu la règle de la saga, selon laquelle chaque nouveau chapitre est toujours meilleur que le précédent. La faute à des personnages en retrait et à une narration éclatée qui peine à les faire exister.
Ce cinquième volet a pourtant tout son sens, puisqu’après une première trilogie consacrée à Andy et l’introduction de Bonnie dès le troisième épisode, la saga se regarde désormais à hauteur de fillette et s'intéresse à d'autres jouets, apportant une certaine équité à l’ensemble. Si les temps ont changé, on peut se réjouir de voir que la magie opère encore et toujours, grâce au pouvoir de la nostalgie et de l’optimisme.
«Toy Story 5 »est à voir au cinéma. Durée: 1h 42m
