Il y a un problème avec le «cheesecake japonais» qu'on voit partout
Vous avez faim? Parfait, j’ai ce qu’il vous faut. Un dessert qu’on voit partout en ce moment, qui n’est pas japonais, mais qui a le bon goût d’être inratable (ou alors c’est que vous êtes encore pires que moi en cuisine et dans ce cas, bravo à vous d’être arrivés à l’âge adulte).
Dans la majorité des vidéos virales, la recette est à peu près toujours la même: des biscuits de type spéculoos plantés dans un yoghourt, s’il est grec, c’est encore mieux, ou parfois dans du fromage frais, et hop, au frigo. Pour les go muscus qui nous lisent, n'hésitez pas à utiliser du skyr afin de continuer à tracker le moindre gramme de protéine (mais de grâce, faites-le en silence).
@carrefourfrance Le dessert viral du moment : le cheesecake japonais 🍰 Seulement 2 ingrédients : 👉 du skyr ou du yaourt grec 👉 le biscuit de ton choix 😋 On te conseille vraiment de l’essayer : c’est simple, rapide et ultra bon 🥰 #carrefour #cheesecake #recettefacile #dessertviral #food ♬ son original - Carrefour France
Bref, pas de cuisson, pas de four, pas de bain-marie, pas de technique particulière. Un dessert simple, efficace, accessible, et très bon.
On fait les grandes gueules, mais on l'a testé quand même 👇🏽
Mais aucune de ces recettes ne correspond à un dessert traditionnel japonais, ni même à une spécialité contemporaine bien identifiée au Japon.
Et le cheesecake japonais?
Oui, ça existe… mais rien à voir avec celui qu’on voit déferler sur les réseaux. Au Pays du Soleil Levant, il existe bien ce qu’on appelle à l’international le «Japanese cheesecake». Il s’agit d’un gâteau léger, aérien, peu sucré, cuit au four, souvent au bain-marie, avec une texture qui se rapproche du soufflé ou du sponge cake.
Il est généralement préparé avec du fromage frais, des œufs montés, très peu de farine, et surtout, il demande un vrai savoir-faire pâtissier.
Rien à voir, donc, avec des biscuits trempés dans du yaourt assemblés en cinq minutes sur un plan de travail.
Pourquoi l’appeler «japonais», alors?
Parce que sur les réseaux sociaux, le mot «japonais» fait vendre. Il évoque la précision, la légèreté, le minimalisme, la maîtrise technique, une certaine idée de la pureté culinaire. Résultat: un dessert parfaitement banal devient soudain plus intrigant, plus «clean», presque plus sophistiqué, simplement grâce à une étiquette.
@lestreetfoodist 🍪📈 TREND DU CHEESECAKE JAP ! Ingrédients : - 1 pot de Skyr (Pour les Petit Beurre Lu il faut sucrer le Skyr alors que pour les Spéculos pas besoin) - 1 paquet de biscuit de votre choix (Petit Beurre, Spéculos, Oreo etc) Temps de repo : - 1 nuit au frigo avec un opercule ou film alimentaire #recette #recettefacile #trend #cheesecakejaponais #japanesecheesecake ♬ Free Bird - MOONLGHT
Ce n’est pas nouveau. Le marketing alimentaire adore s’approprier des références culturelles, surtout quand elles font rêver. Ici, le Japon sert surtout de label esthétique, comme une sorte de gage de qualité.
Soyons clairs: le problème n’est pas le dessert en lui-même. Un gâteau frais à base de yoghourt et de biscuits, c’est bon, délicieusement régressif, et franchement facile à faire. Mais l’appeler «cheesecake japonais», ça relève davantage du storytelling viral que de la réalité gastronomique.
Ce que montrent les réseaux sociaux, et que les créateurs de contenu comme les quidams reprennent, étiquette japonaise comprise, c’est une création occidentale rebaptisée pour mieux chatouiller les algorithmes. Basique, mais ça marche.
D’ailleurs, n’hésitez pas à décliner cette astuce un brin discutable à l’infini. Car au fond, rien ne vous empêche de planter des carottes dans une plaque de beurre et d’appeler ça un «Japanese carrot cake», par exemple. Ça ne fera pas de vous un grand cuistot, mais ça vous fera peut-être faire le buzz sur TikTok pendant cinq minutes. Bon app’!
