Cette tendance food cartonne sur TikTok (et inquiète les pros)
N'ayons pas peur des mots. Gastronomiquement parlant, ce truc se situe au niveau du 2e sous-sol. Le «boy kibble», cette espèce de gamelle composée de riz et de viande pas très noble (souvent du bœuf haché), préparée en quantités industrielles et engloutie sans état d’âme, est la nouvelle tendance food des hommes. (Pas de tous les hommes, heureusement.) Une alimentation fonctionnelle, presque militaire, où le plaisir semble avoir été prié de rester dehors, à la niche.
Sur TikTok, la trend explose. Des jeunes hommes se filment en train de cuisiner des kilos de nourriture en avance, répartis dans des Tupperware pour la semaine. L’objectif affiché est simple: optimiser les apports en protéines, gagner du temps, et surtout, maximiser les résultats à la salle. En résumé, manger comme un doberman qui soulève de la fonte.
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♬ My little chompers - idiot
Le phénomène s’inscrit dans la lignée du «girl dinner», sauf qu’ici, on a troqué les petites assiettes esthétiques contre une logique beaucoup plus brute: efficacité, répétition, zéro prise de tête. Le «boy kibble», c’est du carburant pour mâles, point. Pas de sauce, pas de fantaisie, pas de chichi. Juste une esthétique douteuse qui fait penser à un truc qui a déjà été mangé et régurgité au moins une fois, et des macros.
Et sur ce point, il faut reconnaître que le combo protéines + glucides, c’est une base cohérente pour la récupération musculaire. Rien d’absurde à manger du riz et de la viande après un entraînement, au contraire. Mais là où ça se gâte, c’est quand ce duo devient le yin et le yang de l’alimentation du bonhomme de la salle.
@itsparsman The female brain cannot comprehend this joy #beef #fyp #food ♬ But Beautiful - Street Cats Jazz Band
Car derrière ces bols beigeâtres se cache une réalité moins sexy que des gros biceps, à savoir une alimentation souvent déséquilibrée. Les nutritionnistes pointent un manque criant de diversité dans ces gamelles de doberman: peu de légumes, quasi pas de fruits, des fibres aux abonnés absents. Avec pour conséquences possibles des carences en vitamines, un déficit en bons lipides, et une digestion pas franchement glamour.
Autrement dit, oui aux macros, mais pas au régime monomaniaque (et monochrome beigeasse).
Pas forcément recommandé
Certains experts alertent aussi sur l’effet «copier-coller» amplifié par TikTok. Des adolescents et jeunes adultes reproduisent ces assiettes sans forcément comprendre leurs besoins nutritionnels réels. Parce que, spoiler, manger comme un bodybuilder de 120 kilos quand on en fait 65 et qu’on s’entraîne deux fois par semaine, ce n’est pas exactement la même histoire.
D'autres reprennent la tendance, mais y ajoutent de quoi rendre cette tambouille un brin plus «nutriments friendly».
@sillz Replying to @Eden Venter Nutrient-dense boy kibble #health #nutrition ♬ vlog, chill out, calm daily life(1370843) - SUNNY HOOD STUDIO
Mais au final, la viralité du «boy kibble» raconte autre chose qu’une simple tendance food. Il dit quelque chose d’une certaine vision de la masculinité; manger vite, efficace, sans plaisir, si possible à même la casserole parce que la vaisselle, c'est un truc de fragiles, comme si le simple fait d’apprécier son plat était secondaire, voire suspect. L’alimentation devient un outil, un moyen d’atteindre un objectif physique, pas un moment à savourer ou à partager.
Et c’est peut-être là que le bât blesse. Parce qu’à force de transformer chaque repas en équation protéines/glucides, on finit par oublier que manger, c’est aussi censé être un truc un peu sympa.
Alors oui, le «boy kibble» fait le job sur le papier. Mais entre nous, quitte à manger comme un doberman… autant, au moins, varier les croquettes.
