Vous ne devinerez jamais le prix de ce cocktail «décadent»
Quand il s'agit de déployer des trésors d'imagination, les adeptes de mixologie n'ont pas leur pareil: clarifier du lait, distiller des cornichons ou fabriquer de la vodka infusée à la pizza ou à la brioche (si si, ça se fait), tous les prétextes sont bons pour concevoir des cocktails originaux aux saveurs improbables. Presque aussi frappadingues que l'addition qui tombe sur la table, après avoir siffloté gaiement votre troisième breuvage (ou ce serait-ce le quatrième?)
Le Versailles Velour
La dernière invention du barman du Benjamin Steakhouse, un restaurant de viande réputé. situé dans le quartier de Midtown, à New York, ne contient toutefois aucun ingrédient très original. Imaginé comme un Espresso Martini revisité pour les amateurs de chocolat chaud, rien n'indique qu'il soit plus ou moins dispendieux que ses équivalents servis dans tous les bars de la planète.
Et pourtant. S'il vous venait l'extravagance de vouloir plonger les lèvres dans la mousse appétissante d'un «Versailles Velour», sachez qu'il en vous en coûtera la modique somme de 1000 dollars - soit 790 francs suisses.
Ne vous étouffez pas tout de suite. Penchons-nous d'abord sur sa composition. Car, au premier abord, le Versailles Velour ne contient rien d'hors du commun: de la liqueur de chocolat noir Mozart, de la crème de café Bailey's, de la liqueur de café Kahlúa, un shot d'espresso, du lait, ainsi que du Grand Marnier et du cognac. Bref, des ingrédients que vous pourriez dégoter très facilement à la Coop, pour une vingtaine de francs la bouteille.
Toute la subtilité - et le prix - repose dans le choix des alcools. Et c'est là que le bât blesse: le Grand Marnier Quintessence et le cognac Hennessy Richard employés dans la recette originale coûtent respectivement 400 dollars et entre 600 dollars et 700 dollars les 60ml. Sachant que chaque verre comptabilise 45ml de cognac et 30ml de Grand Marnier, ces seuls composants réunis coûtent près de 700 dollars.
Sans oublier la décoration. Et là encore, ça fait mal. Le coup de grâce est un amas de feuilles d'or comestibles 24 carats déposé sur la mousse pour apporter une petite touche de «décadence supplémentaire».
Pour couronner le tout, un chocolat tout aussi luxueux, estampillé du logo du restaurant, coûte 100 dollars pièce.
La naissance du cocktail
Aux origines de cette création en effet rigoureusement décadente? Victor Dedushaj, barman expérimenté officiant au sein de Benjamin Steakhouse. Lequel a expliqué au New York Post qu'il a été inspiré par un client au «goût exquis» qui souhaitait impressionner sa femme, grande amatrice de chocolat chaud.
Selon le vénérable maître barman, le client lui avait glissé qu'il voulait vraiment «faire perdre la tête» à son épouse. Ses limites de prix? Aucune. «Allez jusqu'au bout», lui aurait répondu l'homme.
C'est ainsi que le barman a imaginé cet Irish Coffee revisité comme un grand «plongeon dans la rivière de chocolat de Willy Wonka, de Charlie et la Chocolaterie, après une nuit de beuverie». Poétique.
Outre le fait d'éviter tout geste brusque en savourant leur verre, les clients amenés à déguster le Versailles Velour seront tentés d'en lécher les bords - logique, quand on imagine le prix de la moindre goutte de cette boisson d'à peine un décilitre, soit aussi cher qu'un repas complet dans ce restaurant réputé pour ses succulents steaks.
Cela étant dit, Versailles Velour n'est pas le cocktail-dessert le plus cher de New York — ni du monde, d'ailleurs. Selon le Post, cet honneur revient à un chocolat chaud très spécial, orné de diamants, d'une valeur de 250 000 dollars, que le restaurant new-yorkais Serendipity 3 a servi pour la Saint-Valentin, en 2023.
Citons aussi le «Nahaté», un cocktail servi par le célèbre mixologue Salvatore Calabrese dans le restaurant éponyme de Dubaï où il officie. Un assemblage unique et exclusif de tequila Patrón, d'Angostura et de Lillet vendu à, accrochez-vous bien... 37 500 euros.
Un prix qui se justifie par le Lillet utilisé, un Kina Lillet datant des années 50 dont il ne subsiste que quelques bouteilles aujourd'hui à travers le monde, selon le magazine Food & Wine, ainsi que par le verre dans lequel il est servi, un exemplaire rarissime de la cristallerie Baccarat, créé en 1937. (Et, non, malgré le tarif, vous ne repartez pas avec.)
En pleine période d'inflation et de baisse généralisée de la consommation d'alcool, on peut se demander si afficher de tels cocktails à sa carte relève de la folie ou du génie. «Je pense que les gens rechercheront l'exceptionnel», rétorque Victor Dedushaj, le barman du Benjamin Steakhouse. «Pour ceux qui recherchent l’excellence, il y aura toujours un marché.»
