Ce classique de Stephen King revient dans une série d’horreur
Bien que l’été se soit un peu prolongé, l’automne est bel et bien là. Cette saison est la période privilégiée du cinéma de genre et des histoires d’épouvante, notamment marquée par la célébration d’Halloween outre-Atlantique. C’est donc durant la «spooky season» que les plateformes remplissent leur catalogue de nouveaux contenus lorgnant du côté de l’épouvante, de l’horreur et du fantastique.
Sur Prime Video, c’est une nouvelle adaptation de Stephen King qui débarque ce 8 octobre, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’une mini-série tirée de son premier roman, Carrie, publié en 1974. Pas le roman le plus populaire de son auteur, mais sans doute le plus adapté, puisque Carrie aura traversé les époques avec pas moins de quatre versions, dont la plus célèbre reste la première, Carrie au bal du diable, réalisée par Brian De Palma en 1976.
Publié en 1974, Carrie raconte le supplice de Carrietta «Carrie» White, une adolescente écrasée par le fanatisme religieux de sa mère, qui l’ostracise depuis l’enfance. Harcelée par ses camarades de classe pour sa différence, Carrie voit sa vie basculer le jour où, après une séance de sport, elle découvre ses premières règles dans les douches de l’école.
Prise de panique, se croyant mourante, sa mère ne lui ayant jamais expliqué le fonctionnement des menstruations, Carrie se retrouve prostrée et appelle à l’aide. Ses camarades se moquent alors d’elle et lui jettent des protections hygiéniques à la tête. Quelque chose se brise en Carrie et fait surgir un étrange pouvoir, qui aura des conséquences dramatiques.
Cette histoire, racontée de manière linéaire au cinéma, était dans le roman un récit hybride mêlant narration, témoignages et documents fictifs. Dans cette version de 2026, l’architecture de l’original est respectée, mais le récit, transposé à notre époque, se voit inévitablement enrichi de problématiques contemporaines, telles que le cyberharcèlement.
Malgré les années, Carrie dresse le portrait d’une jeunesse américaine dont les fondamentaux n’ont jamais vraiment changé, que ce soit la popularité au lycée, les performances sportives, la pression du bal de fin d’année, la découverte de sa sexualité et de sa féminité, ou encore le rapport aux garçons. A chaque génération sa Carrie, tant l’histoire tend à se répéter.
Une adaptation entre de bonnes mains
Cinquante ans après le film de Brian De Palma, c’est le réalisateur Mike Flanagan qui s’y attelle à nouveau. Ce qui n’est pas pour nous déplaire, puisque le cinéaste est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres contemporains du cinéma et de la télévision d’épouvante.
Il a notamment brillé sur Netflix avec son anthologie de fantômes The Haunting of Hill House (2018) et The Haunting of Bly Manor (2020), mais également au cinéma, en devenant l’un des adaptateurs les plus prolifiques et respectés de l’œuvre de Stephen King, admiré par l’auteur lui-même pour sa fidélité spirituelle et sa sensibilité psychologique. De King, Mike Flanagan aura porté à l'écran Jessie (2017), Doctor Sleep (2019) et The Life of Chuck (2024). Autant dire que les histoires d’épouvante qui se déroulent du côté du Maine, ça le connaît.
La violence des réseaux sociaux
Carrie est un roman court, d’un peu plus de 200 pages. Si l’histoire se prêtait bien au cinéma, et même sur les planches, le format sériel permet, à l’image de chaque page du roman, de développer une intrigue plus riche et de creuser dans la psyché des personnages. Cette version 2026 fait le choix de moderniser le récit, et de l’enrichir afin de le rendre plus nuancé qu'il ne l'était à l'origine.
Ainsi, alors que l’histoire originale reposait sur le lien asphyxiant entre une mère et sa fille, née de père inconnu, l’adaptation de Mike Flanagan réintroduit cette figure paternelle au cœur de l’intrigue en plaçant sa mort au tout début de la série. C'est cet événement déclencheur qui poussera les autorités à envoyer Carrietta White, âgée de 16 ans, dans un lycée après avoir été éduquée à la maison.
C’est donc un monde nouveau que découvre Carrie, elle qui a vécu toute sa vie au cœur d’un foyer préservé et pieux. La jeune fille incarne une forme de pureté qui va se heurter à la violence du monde. Cette violence, autrefois principalement physique, s’avère aujourd’hui nettement plus sournoise. En raison de sa naïveté et de sa bienveillance, l’héroïne devient la cible d’un harcèlement qui déborde des couloirs du lycée pour envahir les réseaux sociaux, où les humiliations se propagent à grande vitesse et laissent des traces indélébiles.
Cette violence sera à l’origine d’un massacre, faisant écho aux nombreuses tueries de masse qui ont endeuillé les écoles américaines. Ce parallèle sociétal, totalement absent de la version des années 1970, est ici intégré avec beaucoup de justesse par la série.
En faisant du harcèlement le thème central du récit, cette mini-série apporte de la nuance et de la profondeur à cette histoire devenue culte. Ce n’est plus une meute cruelle qui est montrée du doigt, mais les défaillances systémiques du milieu scolaire face à ces drames, qui mènent fréquemment au suicide d'adolescents ou, parfois, à pire encore.
C’est cette profondeur qui a convaincu Stephen King de laisser à son «petit protégé» le soin de s’atteler à une nouvelle adaptation, à laquelle il était initialement opposé. Sur la plateforme Threads, le maître de l’horreur n’y va pas par quatre chemins: il a adoré.
Plus portée par l’empathie que l’on éprouve pour cette jeune femme que par l’effroi, la série intrigue suffisamment pour nous tenir en haleine jusqu’à son final tant attendu. On pourra peut-être lui reprocher quelques gimmicks propres aux séries adolescentes, comme le choix de chansons pop discutables, ou le fait de s’éloigner un peu trop du matériau d’origine, notamment pour les puristes de Stephen King. Toujours est-il que Carrie réussit à captiver grâce à sa capacité à mettre de l’humanisme dans l’horreur.
Carrie est une mini-série de huit épisodes à voir sur la plateforme Prime Video.
