Cette série d'horreur est aussi marrante que terrifiante
L'un des principes d'une bonne série, c'est sa capacité à proposer un récit qui sait tenir en haleine. C'est notamment grâce à ce procédé que vous, spectateur, restez assis sur votre canapé en attendant l’épisode suivant, ou râlez d'impatience parce qu'il va falloir attendre la semaine suivante.
Widow’s Bay, c'est la nouvelle production d’Apple TV que personne n'attendait et qui réussit à surprendre en sortant des sentiers battus. Créée par Katie Dippold, l’une des plumes de la sitcom culte Parks and Recreation (2009-2015), l'autrice, désormais showrunneuse, livre ce qui semble d’abord être un récit d’épouvante avant de se révéler sous une forme bien plus subtile: la comédie noire.
Les deux premiers épisodes, sortis le 30 avril, révèlent une atmosphère sombre qui n’est ni une sitcom ni une simple série comique, à l'image de ce que proposait Twin Peaks (1990-1991) en son temps avec des personnages atypiques qui évoluent dans un comique de situation finement dosé.
Bienvenue à Widow’s Bay
Tout part d'une île de la Nouvelle-Angleterre, une région historique du Nord-Est des Etats-Unis, qui fait partie des premiers territoires à accueillir des émigrants anglais. Ce petit bout de terre oublié porte un nom bien sinistre: Widow’s Bay, «La Baie de la Veuve». Un nom qui ne viendrait pas de nulle part, puisque pour les insulaires qui ne mettent jamais les pieds sur le continent, l'endroit est maudit.
Pour le maire de cette île, les superstitions sont la principale cause du déclin de cet endroit oublié. Son objectif est de dynamiser le tourisme et l'économie du lieu, à l’image des îles voisines plus populaires. Mais lorsqu’un journaliste du New York Times arrive pour écrire un article qui pourrait promouvoir l'île, un tremblement de terre secoue la région et un étrange brouillard semble menacer les habitants, les plongeant dans la confusion.
Sans oublier l’auberge sinistre de la ville, où les meurtres et suicides à travers l’histoire ont forgé la réputation d’un lieu hanté...
La bande-annonce:
Interprété par Matthew Rhys, révélé dans The Americans (2013-2018), Tom Loftis, le maire de Widow’s Bay, incarne un visage sceptique et moderne, contrastant avec les habitants bourrus de cette bourgade pittoresque. Entouré de bras cassés comme son assistante dépressive nommée Patricia, un shérif blasé ou encore Wicky, un habitant qui lui met des bâtons dans les roues, persuadé que l’arrivée de nouveaux habitants entraînera que leur perte, compte tenu du passé trouble de l’île.
Car lorsqu'on creuse l'histoire Widow’s Bay, on découvre bien des faits divers sordides: naufrages à répétition, meurtres, suicides, disparitions, sorcières brûlées sur le bûcher, possessions démoniaques… Bien que tout cela ne soit que folklore aux yeux du maire, des événements paranormaux commencent à s’accumuler depuis que l’île semble s’être «réveillée», selon la légende locale.
Les vieilles histoires trop rocambolesques pour être vraies recommencent à se produire, laissant ce pauvre maire dans un doute absurde: est-ce la réalité où la superstition est-elle en train de lui faire perdre la raison?
Chair de poule
Cette nouvelle série d’épouvante horrifique peut décontenancer, puisqu’il s’agit d’un mélange des genres qui, bien qu’ayant fait ses preuves depuis longtemps, est un registre qu'on a un peu perdu de vue dans les productions télévisées.
Pourtant, sur grand écran, la comédie horrifique a fait de nombreuses étincelles avec des réalisateurs comme Peter Jackson et John Carpenter en passant par Tim Burton, Joe Dante ou encore Steven Spielberg. Widow’s Bay semble s’inspirer de tout un pan de cinéma sur la forme, tout comme de la plume de Stephen King sur le fond.
Widow’s Bay pourrait presque être qualifiée de «mixtape» de Stephen King, tant elle regorge de références à ses œuvres. On y retrouve l’atmosphère typique d’une petite ville cachant de lourds secrets, semblable à Castle Rock ou Derry, dans le décor pluvieux de la Nouvelle-Angleterre, région chère à l’auteur.
S’ajoutent à cela la psychologie sombre d’une communauté rurale et un brouillard fatal, à la manière de The Mist (1985), ainsi que des histoires de folie et de fantômes, qui rappellent l’hôtel maudit de The Shining (1977).
Sous des airs de train fantôme, où l’angoisse se mêle à l’humour absurde d’une satire sociale, Widow’s Bay parvient à effrayer tout en offrant une expérience feel-good. Un cocktail parfaitement dosé, rendu digeste grâce au talent de ses comédiens et à l’atmosphère unique créée par son autrice.
Ce mélange des genres, bien que surprenant, trouve son équilibre dans l’épais voile de mystère qui s’est levé sur l’île de Widow’s Bay, laissant un goût sucré de barbapapa pour les nostalgiques du fantastique des années 1980, celui qui parvenait à faire peur tout en faisant rire.
«Widow’s Bay e»st disponible en streaming sur la plateforme Apple TV et sur MyCanal.
