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DeepSeek: les géants américains se sont fait doubler par la Chine

Zuckerberg et Musk se sont fait doubler par DeepSeek.
Mark Zuckerberg et Elon Musk accusent dorénavant du retard sur DeepSeek.Image: Keytone/imago

Comment les «gosses de riches» se sont fait doubler par la Chine

Entre admiration et accusations de tricherie, l'arrivée de la start-up chinoise DeepSeek et son modèle d'IA à bas prix a ébranlé les géants américain de la tech. La Silicon Valley est désormais en ébullition.
28.01.2025, 08:49
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L'essor de DeepSeek, la rivale chinoise de ChatGPT développée à ses dires avec des ressources limitées par rapport aux géants américains de l'intelligence artificielle (IA) générative, a ébranlé la Silicon Valley. Suscitant autant l'admiration que des accusations de tricherie, la jeune pousse a fait trébucher Wall Street lundi et entraîné une mise en garde de la Maison Blanche.

La sortie de R1, le dernier modèle de la start-up chinoise, a initialement reçu une attention limitée aux Etats-Unis. Mais ce week-end, DeepSeek est devenue l'application gratuite la plus téléchargée sur l'App Store américain d'Apple, supplantant ChatGPT, le chatbot d'OpenAI qui a lancé la course à l'IA générative fin 2022.

R1 est «impressionnant», a d'ailleurs concédé lundi soir Sam Altman, le patron d'OpenAI. «Surtout étant donné ce qu'ils sont capables de fournir pour le prix», a-t-il ajouté sur X. Les capacités du nouveau modèle chinois, équivalentes à celles des leaders américains du secteur, inquiètent l'industrie parce qu'elles ont été obtenues à une fraction du coût.

Sam Altman
Sam Altman, le patron d'OpenAIImage: AP

La start-up affirme en effet n'avoir dépensé que 5,6 millions de dollars pour le développer, une somme dérisoire comparée aux milliards investis par les groupes de la côte ouest américaine, notamment dans des composants de pointe. «C'est très stimulant d'avoir un nouveau concurrent», a assuré Sam Altman, précisant qu'OpenAI allait «évidemment fournir de bien meilleurs modèles».

L'économie de l'IA pourrait être bouleversée

«DeepSeek R1 est le moment Spoutnik de l'IA», a déclaré Marc Andreessen, investisseur réputé dans la tech, établissant un parallèle avec le lancement en 1957 du premier satellite artificiel de la Terre par l'Union soviétique, qui avait stupéfié le monde occidental. Pour préserver leur statut dominant dans l'IA, les Etats-Unis ont notamment imposé des contrôles à l'exportation des semi-conducteurs de pointe.

Entreprise chinoise, DeepSeek n'a ainsi pas accès aux puces chères et ultra perfectionnées de la californienne Nvidia, utilisées pour entraîner les modèles d'IA générative tels que ChatGPT. «Si la Chine rattrape rapidement les Etats-Unis dans la course à l'IA, l'économie de l'IA sera bouleversée», a averti Kathleen Brooks, directrice de recherche chez XTB, dans une note aux clients.

Nvidia, qui a décollé ces deux dernières années grâce à la forte demande pour ses composants, a plongé en Bourse lundi, perdant près de 590 milliards de dollars de capitalisation boursière. Satya Nadella, le patron de Microsoft, a affirmé sur les réseaux qu'une IA moins chère était bénéfique pour tout le monde. Mais à Davos la semaine dernière, il avait appelé à «prendre très, très au sérieux les développements en provenance de Chine».

Son groupe prévoit d'investir 80 milliards de dollars dans l'IA cette année. Meta (Facebook, Instagram) a de son côté annoncé vendredi que ses dépenses en capitaux allaient grimper à au moins 60 milliards de dollars cette année, principalement à cause de l'IA. Les performances de DeepSeek enchantent en revanche des start-up aux moyens plus limités, comme Perplexity AI, qui combine un assistant IA et un moteur de recherche en ligne.

«DeepSeek R1 est désormais disponible sur Perplexity», a indiqué l'entreprise sur X lundi, précisant que le modèle open source (ouvert) et les données des utilisateurs sont hébergés sur des «serveurs occidentaux».

Un enjeu de sécurité nationale

Les restrictions à l'exportation poussent les start-up chinoises à innover «en privilégiant l'efficacité, la mise en commun des ressources et la collaboration», a souligné la MIT Technology Review. «Le travail de DeepSeek illustre comment de nouveaux modèles peuvent être créés» à l'aide de techniques différentes, «en s'appuyant sur des modèles largement disponibles et sur des puces entièrement conformes aux règlements sur les exportations», a déclaré à l'AFP une porte-parole de Nvidia.

Elon Musk, qui a abondamment investi dans sa société xAI, et le patron de ScaleAI, une start-up soutenue par Amazon et Meta, soupçonnent DeepSeek d'accéder secrètement aux puces H100 de Nvidia, les plus sophistiquées. Des accusations d'une «équipe de gosses de riches» qui s'est fait «doubler par une équipe de gosses de pauvres», a réagi sur X l'investisseur Jen Zhu Scott, basé à Hong Kong.

Le gouvernement américain voit dans le développement d'une IA toujours plus puissante un enjeu de sécurité nationale. Cette obsession s'est traduite par des décrets exécutifs sous Joe Biden, des obligations des entreprises aux contrôles à l'exportation. Donald Trump a de son côté annoncé la semaine dernière un grand projet d'infrastructure d'IA impliquant notamment OpenAI et la société japonaise SoftBank, la concurrence avec la Chine étant l'une des principales motivations affichées.

S'exprimant devant des élus lundi, il a jugé que DeepSeek constituait un «avertissement» pour les industriels américain à «rester très concentrés sur la concurrence pour gagner». (jzs/ats)

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