Voici l'effet du salaire minimum genevois après 2 ans
Le salaire minimum dans le Canton de Genève a un effet «positif» et «substantiel» pour les employés les moins bien lotis. Deux ans après son lancement en 2020, la part des rémunérations qui lui étaient inférieures était passée de 7,4 à 4%, dit une étude publiée jeudi.
«Nous avons une première photographe complète», a affirmé à la presse la conseillère d'Etat Delphine Bachmann. Mais elle suggère de rester prudent au moment d'analyser une situation qui remonte à plus de trois ans.
Elle relève malgré tout l'effet positif sur les bas salaires. Et que le rapport montre qu'«il y a eu forcément un temps d'adaptation pour les entreprises».
Les contrôles reflètent aussi les conclusions de l'étude, explique la directrice générale de l'office cantonal de l'inspection et des relations du travail (OCIRT), Christina Stoll:
Le dispositif va encore être renforcé et les suites à donner à cette évaluation seront discutées entre différents acteurs.
Ce rapport est le quatrième et le dernier d'une étude mandatée par le Département de l'économie et de l'emploi (DEE) à la Haute école de gestion (HEG Genève) et à l'Université de Genève. «On va dans le bon sens», affirme l'un des auteurs, José Ramirez.
Pas d'effet de débordement
Autre diagnostic, les effets de débordement redoutés par les opposants ne sont pas avérés. Le salaire minimum ne semble ni avoir poussé les rétributions de tous les autres employés vers le haut. Ni avoir amorcé une diminution pour ces personnes pour compenser les augmentations des moins bien lotis.
«Je reste préoccupée» par cette question, ajoute la conseillère d'Etat. Et elle est consciente que certaines branches comme l'hôtellerie-restauration ont été confrontées à des changements de modèles d'affaires.
Parmi les principales conclusions:
- Le rapport confirme que les femmes sont gagnantes. La part de leurs rétributions inférieures au salaire minimum dans le secteur privé a diminué de 10,7 à 5,3% pour elles.
- Les hommes ne sont pas en reste, avec une baisse de 5 à 3%. Les jeunes hommes sans formation sont pénalisés sur les salaires.
Autre indication, les Suisses et les frontaliers sont moins affectés. Les permis B le sont le plus, mais la diminution la plus significative porte sur les permis L (autorisations de courte durée), de 12,5 à 2,1%.
Par activité, les entreprises du voyage sont les seules à avoir réussi à garantir des salaires minimaux pour tous. A l'inverse, la branche de l'hébergement n'a pas vu d'amélioration.
Prudence de mise
Si le salaire minimum ne constitue pas encore une réalité pour tous, l'écart moyen pour l'atteindre s'est rétréci entre 2020 et 2022. Il est passé de 14 à 6,9%.
Pour les partenaires sociaux, la prudence reste également de mise. «Il y a encore des contrevenants» qu'il faudra sanctionner, estime le président de l'Union des associations patronales genevoises (UAPG) Pierre-Alain L'Hôte. «Nous sommes évidemment satisfaits» des effets sur les bas salaires, ajoute de son côté le président de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), Davide de Filippo.
Le rapport permet aussi de revenir sur les précédentes conclusions. Le salaire minimum n'a pas eu d'effet significatif sur le chômage. Il est même positif pour l'emploi des femmes dans la restauration. Début janvier, le salaire minimum genevois atteignait 24,59 francs par heure et 18,07 francs dans l'agriculture.
Primauté des CCT?
Les cantons de Neuchâtel, du Jura, du Tessin et de Bâle-Ville ont aussi introduit un salaire minimum. Deux initiatives ont abouti dans le canton de Vaud, alors que celui de Fribourg a rejeté une initiative de la gauche et des syndicats.
Bachmann reste préoccupée par la discussion au Parlement fédéral sur une possible primauté des Conventions collectives de travail (CCT) sur les salaires minimaux. Elle souhaite davantage d'égards pour les prérogatives cantonales. La modification proposée provoquerait également une «insécurité juridique», selon elle. (jah/ats)
