Economie
Suisse

Economiser ne suffit plus: la droite veut aller chercher de l'argent

Montage PLR UDC sur la question des finances
Image: keystone/shutterstock

Les 4 pistes de la droite suisse pour taxer et remplir les caisses

Le PLR et l’UDC prêchent depuis longtemps la rigueur budgétaire. Pourtant, la commission des finances mise désormais sur des recettes supplémentaires. Le dogme des économies est-il en train de se fissurer?
01.03.2026, 19:0101.03.2026, 19:01
Julian Spörri

Le PLR et l’UDC martèlent ce mantra depuis des années: la Suisse aurait un problème de dépenses. Et pour financer les investissements, il faudrait non pas augmenter les recettes, mais économiser.

On l’a vu en début d’année, lorsque les deux partis ont vertement critiqué le ministre de la Défense Martin Pfister pour sa proposition d’augmenter la TVA de 0,8 point de pourcentage en faveur de l’armée. Même scénario lors des discussions sur le paquet d’allégement 27, où ils ont torpillé les recettes supplémentaires proposées par la ministre des Finances Karin Keller-Sutter, notamment une imposition accrue des retraits en capital issus de la prévoyance vieillesse.

Il est donc d’autant plus surprenant que la commission des finances du Conseil national ait récemment intégré deux nouvelles sources de revenus au paquet d’économies.

  • Premièrement, des droits de douane plus élevés sur les produits agricoles devraient générer environ 175 millions de francs par an.
  • Deuxièmement, le «public liquidity backstop» devrait rapporter 140 millions de francs supplémentaires. Il s’agit de contributions versées par les grandes banques qui souhaiteraient obtenir des liquidités de la Confédération en cas de difficultés.

Les commissions de l’économie planchaient déjà sur une base légale en ce sens, mais elles ont été court-circuitées par la commission des finances.

Le conseiller aux Etats Thierry Burkart (PLR/AG) a réagi avec virulence:

«Il s’agit d’une procédure unique en son genre, qui témoigne d’un manque de volonté de freiner la croissance des coûts. Au lieu de cela, on crée des recettes supplémentaires, quitte à ignorer les processus parlementaires»

Quand les économies coincent

Au vu du rapport de forces clair au sein de la commission, une question se pose: une partie du camp bourgeois est-elle en train de revoir sa position et d’envisager des recettes supplémentaires plutôt que des coupes?

Le conseiller aux Etats schwyzois Heinz Theiler (PLR) s’en défend. Il souligne que son parti rejette fermement l’augmentation des droits de douane agricoles:

«Ce n’est que lorsque toutes les possibilités d’économies auront été épuisées que l’on pourra envisager de nouvelles recettes»

A propos des finances de la Confédération👇

Il n’en demeure pas moins que les élus bourgeois spécialisés dans les finances sont face à un dilemme. «Notre objectif est, et reste, d’assainir les finances par des efforts d’économies», affirme le conseiller national UDC Michael Götte.

«Mais comme les coupes sont freinées par toutes sortes d’intérêts particuliers, il faut aussi examiner de manière réaliste des recettes supplémentaires. Du moins tant qu’il ne s’agit pas de nouveaux impôts qui touchent la population»

A gauche, on est convaincu que les partis bourgeois réalisent peu à peu qu’il n’est pas si simple de réduire les dépenses sans supprimer des prestations. Concernant le financement de l’armée, la conseillère nationale socialiste Sarah Wyss estime que la proposition de Martin Pfister a enclenché une nouvelle dynamique.

«On commence à prendre conscience que le problème ne peut pas être résolu uniquement grâce à des économies»

La députée bâloise se montre toutefois critique face à une hausse de la TVA, qui frapperait plus durement les ménages modestes.

Quelles alternatives, donc? Voici quatre pistes de recettes supplémentaires au coeur des discussions.

Un nouvel impôt fédéral sur la fortune

Mardi, le conseiller national vert’libéral Patrick Hässig a proposé dans le Tages-Anzeiger l’introduction d’un impôt fédéral sur la fortune au-delà d’un montant exonéré de cinq millions de francs. Actuellement, la fortune n’est imposée qu’au niveau cantonal. Fixé à 0,33%, cet impôt permettrait, selon les Vert’libéraux, de générer 2,7 milliards de francs par an, soit un montant comparable à celui attendu de la hausse de la TVA proposée par Martin Pfister.

Son introduction devrait d'abord être acceptée dans les urnes. Contrairement à la TVA, cet impôt sur la fortune ne concernerait qu’une petite partie de la population. Le PLR et l’UDC rejettent la proposition. Michael Götte prévient:

«Aujourd’hui déjà, les plus riches paient la majeure partie des impôts fédéraux. Si on les ponctionne davantage, ils ne l’accepteront pas indéfiniment»

Heinz Theiler met lui aussi en garde:

«Avec un impôt fédéral supplémentaire, la Suisse risque de perdre ses meilleurs contribuables»

Faire payer davantage les très hauts revenus

Les Verts souhaitent eux aussi augmenter la contribution des plus aisés, mais en ciblant le revenu. Une intervention parlementaire demande au Conseil fédéral d’examiner une hausse de l’impôt fédéral direct pour les revenus imposables supérieurs à un million de francs. Cela impliquerait d’augmenter le taux maximal actuel de 11,5%, appliqué aux très hauts revenus. Là encore, une votation serait nécessaire.

Le Département de la défense a étudié ce scénario comme alternative à la hausse de la TVA, avant de l’écarter. La crainte: une perte d’attractivité de la Suisse comme place économique.

Taxer la vente des maisons

Dans le cadre du paquet d’allégement 27, le groupe d’experts dirigé par Serge Gaillard a recommandé au Conseil fédéral d’examiner l’introduction d’un impôt national sur les gains immobiliers afin de générer un milliard de francs par an. Cet impôt serait dû à chaque vente de maison. Des économistes y sont favorables, estimant qu’il ne freine ni la consommation ni l’activité professionnelle. Reste la crainte qu’une charge trop lourde n’incite les propriétaires à retarder la vente de leur bien.

La ministre des Finances Karin Keller-Sutter n’a pas donné suite à cette recommandation. Le PS remet toutefois la proposition sur la table. Le parti souhaite renvoyer le paquet d’allégement au Conseil fédéral afin qu’il examine des alternatives, comme l’introduction d’un impôt national sur les gains immobiliers, selon Sarah Wyss. Le Conseil national se penchera sur cette demande la semaine prochaine.

Se séparer des actions Swisscom

A l’instar de l’UDC, le PLR continue de s’opposer fermement à toute hausse d’impôt. Si des recettes supplémentaires s’avèrent nécessaires malgré les économies, elles devraient provenir d’autres sources.

Le conseiller aux Etats PLR Josef Dittli a ainsi proposé de financer l’armée grâce aux distributions de la Banque nationale et à la vente d’une partie des actions de Swisscom. Ces mesures pourraient rapporter jusqu’à cinq milliards de francs chacune. Inconvénient de la solution Swisscom: les recettes seraient ponctuelles, tandis que les dividendes versés chaque année par l’entreprise diminueraient. (adapt. tam)

Le Glacier 3000 sous des mètres de neige
1 / 8
Le Glacier 3000 sous des mètres de neige
source: glacier 3000
partager sur Facebookpartager sur X
Il joue un morceau de Daft Punk sur un orgue vieux d'un siècle
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Ces caisses de chômage romandes craignent pour leur sécurité
En Valais, des caisses de chômage ont engagé préventivement des agents de sécurité. Avec le retard des versements d'indemnités, certaines sont confrontées à une recrudescence de réactions émotionnelles, indique le Seco.
Plusieurs caisses de chômage du canton du Valais ont fait appel à des agents de sécurité, en lien avec des retards dans le versement d'indemnités causés par une panne informatique. C'est une mesure préventive, aucune situation critique ne s'étant produite jusqu'à présent.
L’article