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La situation au Mali inquiète et crée des problèmes en Mauritanie

La situation au Mali inquiète et crée des problèmes en Mauritanie.
Les débordements de violence au Mali poussent de nombreuses personnes à trouver refuge en Mauritanie voisine.Image: PATRICK MEINHARDT / AFP, montage watson

«Si les mercenaires russes partent, nous retournerons chez nous»

En Mauritanie, des réfugiés maliens espèrent le départ des paramilitaires russes, accusés d’exactions, pour envisager un retour dans un pays toujours en proie aux violences. D'autres factions font également craindre une aggravation de la situation.
02.05.2026, 12:0002.05.2026, 12:00
Eléonore SENS, Fassalé, Mauritanie / AFP

En Mauritanie, où il a fui le conflit déchirant son Mali natal, Mosso* évoque l'espoir d'un retour chez lui après les attaques d'ampleur subies par l'armée malienne et ses alliés russes de l'Africa Corps samedi. Il espère:

«Si les mercenaires russes partent, nous retournerons chez nous»

Ces attaques coordonnées, menées par les indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda), ont infligé un coup sans précédent à la junte au pouvoir au Mali depuis un putsch en 2020, tuant notamment le ministre de la Défense, Sadio Camara.

Des populations terrorisées par les Russes

Dans la localité mauritanienne de Fassala, à la frontière malienne, les crimes des paramilitaires russes ont laissé un souvenir douloureux à de nombreux réfugiés.

Mopti, Mali.
carte: watson

Ici, on les appelle encore «Wagner», du nom de la milice privée russe, devenue entre temps l'«Africa Corps», qui appuie l'armée malienne dans sa lutte antijihadiste depuis le départ des forces françaises.

Assis sous une tente de fortune pour échapper à la chaleur harassante du désert sahélien, Mosso* espère «la chute de (Assimi) Goïta», le chef de la junte malienne, «car c'est lui qui a fait venir Wagner chez nous», lance-t-il.

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Le président russe Vladimir Poutine, ici en compagnie d'Assimi Goïta, président du Mali, en 2025.Image: EPA AP POOL

Cet éleveur touareg nomade de 57 ans à la longue barbe blanche a fui la région de Mopti, dans le centre du Mali, il y a trois semaines quand des hommes blancs, qu'il identifie comme des paramilitaires russes, sont arrivés dans son campement et ont enlevé des hommes.

Son propre frère a été tué par des Russes sous les yeux de son fils alors âgé de 14 ans, il y a un an, rapporte-t-il.

Au Mali, de nombreux civils, accusés d'avoir collaboré avec le camp adverse, sont régulièrement victimes de représailles et d'exactions de l'armée et de ses supplétifs russes, ou des jihadistes. Le 20 avril, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé plainte devant la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples concernant des violations présumées commises au Mali et impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner.

Un bébé dort dans un berceau dans un camp de fortune à Douéinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 28 avril 2026.
Un bébé dort dans un berceau dans un camp de fortune à Douéinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 28 avril 2026.Image: PATRICK MEINHARDT / AFP

De nouvelles vagues de réfugiés

Les images d'un convoi de Russes quittant Kidal, ville-clé du Nord malien passée sous le contrôle de la rébellion touareg le weekend dernier, a suscité parmi de nombreux réfugiés un début d'espoir prudent de voir les paramilitaires quitter leur pays.

Comme Mosso, ils sont environ 300 000 Maliens à avoir trouvé refuge dans la région du Hodh Chargui, en Mauritanie, depuis le début du conflit en 2012.

A une cinquantaine de kilomètres de la frontière, le camp de Mbera accueille aujourd'hui 120 000 réfugiés qui ont fui les violences commises par les belligérants de tous bords: jihadistes, armée malienne, mercenaires russes ou encore groupes communautaires.

Dans les allées ensablées du camp, Ahmed*, 35 ans, «espère le retour de la paix et retourner dans (son) pays». Lui aussi dit souhaiter la chute des militaires au pouvoir, «qui ont amené tous les problèmes dans le pays». Pour ce Touareg, qui a voulu fuir «l'amalgame» fait par l'armée malienne et leurs supplétifs russes:

«C'est à cause de Wagner que tout le monde est venu ici»

Regard affable et peau burinée par le soleil, Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, ne se réjouit pas de l'offensive du weekend dernier. Il souffle:

«Je suis très loin d'être content que le FLA ait repris Kidal»

Selon lui, l'alliance entre le FLA et les jihadistes est une erreur:

«Pour moi, le JNIM, c'est un mouvement terroriste. Leur objectif ne colle pas du tout avec notre idéologie de musulmans modérés, de musulmans pacifistes.»

Les blocus imposés par les jihadistes du JNIM sur des localités maliennes depuis octobre dernier ont provoqué une nouvelle vague d'arrivée de réfugiés dans la région, de près de 14 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Un enfant montre du doigt un jerrican près d'un point d'eau dans un campement de fortune à Douéinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.
Un enfant montre du doigt un jerrican près d'un point d'eau dans un campement de fortune à Douéinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.Image: PATRICK MEINHARDT / AFP

De vives inquiétudes et des premières tensions

Les hostilités de ces derniers jours au Mali font craindre aux organisations humanitaires un nouvel afflux de réfugiés, dans cette région désertique où l'accès aux ressources est sous tension. Omar Doukali, porte-parole du HCR en Mauritanie, souligne:

«Nous suivons l'évolution de la situation avec une vive attention et une profonde inquiétude»

Dans un Sahel devenu épicentre mondial des violences jihadistes, la Mauritanie, vaste pays désertique de 5,5 millions d'habitants, se démarque par sa remarquable stabilité.

Mais les plus de 300 000 réfugiés maliens y créent des tensions «sur les pâturages, sur les ressources en eau et sur l'ensemble des services de base, y compris la santé», relève Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, dont la commune accueille 70 000 réfugiés et qui s'inquiète de l'intensification des combats au Mali voisin.

La situation y est plus que jamais incertaine. Le FLA a annoncé mercredi son intention de conquérir les grandes villes du nord du Mali et prédit la chute de la junte au pouvoir face à son offensive.

Sa petite fille d'un an dans les bras, Tilleli*, 22 ans, raconte sa fuite du Mali il y a un mois quand des Russes et l'armée ont pillé et brûlé son village dans la région de Mopti (centre). Elle déplore:

«Je ne peux rentrer chez moi qu'après le départ des Wagner de mon pays. Je n'ai pas espoir qu'il y aura la paix si tôt»
Une réfugiée (au centre) tient son nouveau-né dans ses bras tandis qu'elle écoute un agent de santé dans un centre médical de Médecins Sans Frontières (MSF) à Douéinkara, près de la frontière ent ...
Une réfugiée (au centre) tient son nouveau-né dans ses bras tandis qu'elle écoute un agent de santé dans un centre médical de Médecins Sans Frontières (MSF) à Douéinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.Image: PATRICK MEINHARDT / AFP
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source: reddit
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Video: watson
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