L’antisémitisme attribué à Bardella était partout et reste très présent
Les propos antisémites attribués par Médiapart à Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, sont accablants. Le mis en cause nie et accuse le média en ligne de «barbouzerie» et de «faux grossiers», affirme qu'on cherche à l'«assassiner politiquement». Au RN, en tête dans les sondages pour l’élection présidentielle de 2027 avec sa candidate Marine Le Pen, on crie à la «manipulation», on dénonce une «dinguerie».
Le parti d’extrême droite, qui a fait de la protection des Français juifs un axe fort de son entreprise de dédiabolisation, est au minimum placé face à ses contradictions par les révélations de Médiapart. Jordan Bardella rejette en bloc les allégations à son encontre et annonce poursuivre le site d’investigation en diffamation.
Soral condamné dans le canton de Vaud
Dans l’enquête de Médiapart, un personnage joue un rôle central: Alain Soral. Multi-condamné en France pour antisémitisme, condamné en mars dernier dans le canton de Vaud pour le même motif à la suite d’une dénonciation pénale de la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), l’essayiste franco-suisse, fondateur de la plateforme Egalité et Réconciliation, s’est exilé en Russie pour échapper à la prison.
Dans les années incriminant Jordan Bardella selon Médiapart, soit en 2012, 2013, 2014 et 2015, Alain Soral diffuse son antisémitisme auprès d’un public jeune, faisant des juifs le problème numéro 1 de la société française et de l’Occident en général. Il ressort des écrits du média en ligne que Jordan Bardella, en partie mineur durant cette période, est «biberonné» au récit soralien, envers lequel, d'après le site, il «assume» alors «sa fascination en privé».
Extrait de l’enquête de Médiapart:
Dans des échanges que Médiapart affirme s’être procurés, Jordan Bardella aurait entre autres déclaré (les fautes de grammaire et d'orthographe ne sont pas corrigées):
Ainsi que:
A l’époque, Marine Le Pen est présidente du FN (qui deviendra le RN en 2018) et a déjà pris un virage «pro-Israël», qui la démarque de son père Jean-Marie Le Pen, plusieurs fois condamné pour des propos antisémites. Toujours à cette époque, le FN n’est officiellement plus lié à Alain Soral, avec lequel il a fait un bout de chemin entre 2007 et 2009, l’année où il se présente aux élections européennes sur une liste «antisioniste» avec l’humoriste Dieudonné.
Les amitiés dangereuses de Marine Le Pen
Mais Marine Le Pen n’a pas mis fin à son amitié avec des représentants de l’aile la plus dure de son parti, d’ex-membres du GUD (Groupe union défense), une organisation étudiante d’extrême droite connue pour son radicalisme et sa violence. Or, rappelle Mediapart, Jordan Bardella «va un temps faire partie de la famille de l’ancien chef du GUD, Frédéric Chatillon, en nouant une relation amoureuse avec une de ses filles».
Médiapart va à présent vouloir démontrer la véracité des accusations d’antisémitisme portées contre le président du RN et celui-ci va s’employer à les démonter.
«Juifs» et «sionistes»: blanc bonnet et bonnet blanc
Ce qui saute aux yeux dans l’enquête du site d’investigation, c’est à quel point les termes «juifs» et «sionistes» sont synonymes dans les écrits ou échanges verbaux attribués à Jordan Bardella. Tout l’antisémitisme, le vieux comme l'actuel, qui lie les juifs à l’argent et à la volonté de dominer le monde, est là.
Ce que n’écrit pas Médiapart, car ce n’est pas l’objet de son article, c’est que cet antisémitisme est alors largement répandu dans une partie de la jeunesse française, en banlieue notamment, où la cause palestinienne est rassembleuse. Ils se répand dans les rangs de l’extrême gauche décoloniale, dont Houria Bouteldja, invitée à Lausanne en 2025 par une association de gauche radicale locale, est la figure de proue.
En 2017 éclate en France un scandale de tweets antisémites, racistes et misogynes, d’une violence extrême, impliquant un jeune homme auparavant couvé par la presse de gauche.
Le rôle joué par Alain Soral et son compère Dieudonné, qui sortent l’antisémitisme de sa vieille gangue d’extrême droite pour le rendre à nouveau populaire, est indéniable dans cette dérive. L’actuel maire France insoumise de Roubaix, David Guiraud, reconnaîtra avoir été sensibilisé à la cause palestinienne par des vidéos d’Alain Soral.
Tweets antisémites likés par un socialiste lausannois
Les tweets antisémites likés en 2024 par un élu socialiste lausannois – il sera relaxé par la justice – jouent pour l’un au moins de cette synonymie entre juifs et sionistes. «La France est sous tutelle sioniste: êtes-vous d’accord?», lit-on au-dessus d’une image IA montrant le palais de l’Elysée surmonté d’un drapeau français floqué de l’étoile de David.
Si cette flambée d’antisémitisme se nourrit du drame des Palestiniens, sans jamais toutefois en référer à la souffrance juive du 7-Octobre, elle n’y est pas totalement reliée. On le voit dans les propos attribués à Jordan Bardella par Médiapart. Ils empruntent à l’antisémitisme européen des 19e et 20e siècles, qui reste «moderne» et dont l’islamisme fera un grand usage doctrinal aussi.
Le président du Rassemblement national, 31 ans, pourrait, le cas échéant, plaider l'erreur de jeunesse. Mais une déclaration de 2023 le poursuit, même s'il est revenu sur elle par la suite. A la question «Jean-Marie Le Pen est-il antisémite?», il répondait, contre l'évidence: «Je ne sonde pas les cœurs et les reins, mais je ne le crois pas.» Il sera intéressant de voir si les accusations d’antisémitisme visant Jordan Bardella, le plus dommageable pour lui serait qu’elles se vérifient, porteront ou non préjudice à la candidature de Marine Le Pen. Il y a trente ans, elles l’auraient annihilée.
