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ONU: voici les dessous méconnus de l'élection ultime

Voici les dessous méconnus de l'élection ultime aux Nations Unies
Michelle Bachelet (Chili), Rebeca Grynspan (Costa Rica), María Fernanda Espinosa (Equateur), Rafael Grossi (Argentine) et Macky Sall (Sénégal) rêvent de succéder à António Guterres. Mais les enjeux sont colossaux.
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Qui peut décrocher le job le plus impossible de la planète? Voici les CV

Qui succédera à António Guterres à la tête de l'ONU? Entre veto des superpuissances, tensions géopolitiques et alliances cachées, un expert décrypte les atouts et les failles des cinq candidats en lice.
13.06.2026, 19:0613.06.2026, 20:17

De quelles qualités surhumaines doit-on être doté pour briguer le job le plus impossible de la planète, celui de secrétaire général des Nations Unies ?

La question est d'autant plus cruciale que la personne qui succédera à António Guterres doit impérativement être avalisée par le Conseil de sécurité. Ce dernier étant composé de cinq membres permanents - dont les Etats-Unis, la Chine et la Russie -, ces poids lourds sont susceptibles d'apposer leur veto pour éliminer l'un des cinq candidats officiels.

Lequel des aspirants-chefs est le mieux aligné politiquement pour obtenir l'aval de chacune de ces superpuissances aux intérêts si divergents? Et surtout, qui des cinq candidats a les épaules les plus solides pour prendre les rênes d'une institution écrasée sous les réformes, et une sévère crise du financement?

Pour diriger l'ONU, le profil idéal doit maîtriser le droit, l'économie, les finances et le management. Sur le plan politique, il faut exceller dans la médiation et la négociation, tout en faisant preuve d'innovation et d'anticipation.

epa12977134 UN Secretary-General Antonio Guterres speaks during a press conference at Japan National Press Club in Tokyo, Japan, 20 May 2026. Guterres is on a four-day visit to Japan as the country ma ...
Antonio Guterres a enchaîné deux mandats quinquennaux. Keystone

En nous rendant ce mardi 9 juin au débat confrontant trois des cinq candidats, on pensait y voir plus clair. C’était sans compter l’immense complexité de l’institution - et l’état global du monde.

Pour en savoir plus sur le débat de ce mardi 9 juin à Genève:

Voici les candidats au poste de secrétaire général de l'ONU

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Les candidats au poste de secrétaire général de l'ONU

Devant un parterre de journalistes et membres des délégations, les candidates ont répondu aux questions du public.

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Pour décrypter les enjeux et prendre du recul, on débriefe avec Abdel Wahab Hani, activiste associatif auprès des Nations Unies et expert indépendant des droits de l'homme, habitué de longue date aux coulisses de l'organisation.

L'expert indépendant Abdel Wahab Hani, ex-membre du Comité contre la torture des Nations Unies, connaît bien les coulisses de l'organisation.
L'expert indépendant Abdel Wahab Hani, ex-membre du Comité contre la torture des Nations Unies, connaît bien les coulisses de l'organisation.

L'occasion de faire un bilan, entre atouts et points faibles dont sont dotés les candidats. Qui a fâché un, ou des membres du Conseil de sécurité? Qui est soutenu par son gouvernement? On vous dit tout.

Michelle Bachelet (Chili)

Ses points forts

Michelle Bachelet a une grande expérience politique de gestion des affaires publiques dans son pays. Elle a été ministre, puis présidente du Chili. Elle a été victime de la dictature, donc elle est très proche des personnes vulnérables, étant également médecin.

Michelle Bachelet répond aux questions du public, ce mardi 9 juin à Genève, lors du débat télévisé.
Michelle Bachelet répond aux questions du public, ce mardi 9 juin à Genève, lors du débat télévisé. image: un foundation

Elle connaît très bien le système des Nations Unies, elle a géré le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme à Genève. Elle a une bonne maîtrise à la fois de la gestion des affaires publiques nationales et internationales.

Les obstacles

Michelle Bachelet fait face à un obstacle de taille: de par son poste de haut-commissaire aux droits de l'homme, elle ne s'est pas fait que des amis. Ses positions sur l'avortement ont notamment braqué des sénateurs américains, qui ont demandé à Washington de bloquer sa candidature. Un signal inquiétant, car les États-Unis disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité et pourraient l'utiliser pour faire dérailler sa nomination.

La question des Ouïghours entre également en ligne de compte. Durant son mandat, Michelle Bachelet a publié un rapport réalisé par son office suite à une demande du Conseil des droits de l'homme. Cette étude sur la répression de la minorité ouïghoure n'a pas plu à Pékin. Si la Chine utilise rarement son droit de veto de manière frontale, sa puissance diplomatique reste redoutable, puisqu'elle est le premier contributeur financier de l'ONU. Un blocage chinois, direct ou indirect, s'ajouterait à celui déjà annoncé par les Américains.

L'âge s'impose également comme un facteur déterminant, la tradition voulant que deux mandats de cinq ans s'enchaînent. A 75 ans au moment de sa nomination, elle achèverait ainsi son double mandat à l'âge de 85 ans. Or, la fonction exige une résilience physique considérable: pour pleinement exercer ses attributions et replacer le Secrétariat général au premier plan de la diplomatie mondiale, une présence proactive de chaque instant est indispensable. Une telle longévité pourrait dès lors semer le doute chez certains Etats membres, tant sur la capacité à tenir ce rythme exigeant que sur la légitimité à préparer l'avenir des nouvelles générations.

Rebeca Grynspan (Costa Rica)

Ses atouts

Elle qui a été vice-présidente de son pays (1994 à 1998) a une très bonne expérience de la gestion des affaires publiques sur le plan national. Rebeca Grynspan connaît les contraintes des Etats, et sait comment parler aux dirigeants, ce qui est crucial pour le poste.

Rebeca Grynspan présente ses arguments, ce 9 juin à Genève, lors du débat télévisé.
Rebeca Grynspan présente ses arguments, ce 9 juin à Genève, lors du débat télévisé. image: un foundation

En tant qu'ex-patronne de la CNUCED, elle connaît très bien le système des Nations Unies et la gouvernance mondiale (réd: elle a été à la tête de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement dès 2021, mais a quitté temporairement ses fonctions pour mener sa campagne). Elle est donc calée sur les questions de développement ou de droits de l’homme.

Rebeca Grynspan s'est également illustrée par son rôle déterminant dans les négociations entre l'Ukraine et la Russie, orchestrant un accord dont l'impact positif a permis de stabiliser durablement les cours des céréales sur les marchés mondiaux.

Le fait qu'elle soit économiste est un atout énorme, alors que l'organisation traverse une crise financière sans précédent. Ce n'est pas elle qui va gérer directement, mais si le premier manager de l'organisation a des compétences en la matière, c'est mieux.

Les obstacles

Diriger la CNUCED, une petite agence onusienne habituée aux consensus malgré les blocages américains, est une chose. Prendre les rênes de l'ONU globale en est une autre: c'est un défi managérial d'une tout autre envergure.

María Fernanda Espinosa (Equateur)

Les points forts

Elle est très compétente sur les questions des affaires publiques nationales et internationales. Elle a été ambassadrice à plusieurs reprises, et ministre des Affaires étrangères dans son pays. Elle a été vice-présidente du Conseil des droits de l'homme en 2015. Elle s'est beaucoup investie dans la Genève internationale et dans toutes les facettes de la coopération.

María Fernanda Espinosa lors du débat télévisé, ce 9 juin à Genève.
María Fernanda Espinosa lors du débat télévisé, ce 9 juin à Genève. image: un foundation

C'est à relever, car tous les ambassadeurs ne sont pas aussi actifs, mais elle a su laisser une empreinte positive lors de son passage à Genève. Elle a également été représentante permanente de son pays à New York, ce qui lui confère une solide expertise sur les questions de paix et de sécurité. Elle a présidé l'Assemblée générale des Nations Unies, un leadership qui a été décrit comme brillant et apaisé.

Les obstacles

Le problème majeur, c'est qu'elle n'a pas été présentée par son propre pays, mais par un petit Etat, Antigua-et-Barbuda. Ayant soumis sa candidature tardivement, María Fernanda Espinosa n'a pas pu participer à la séance collective initialement organisée par l'Assemblée générale. C'est précisément pour pallier ce contretemps qu'une session de rattrapage a été planifiée: de nouveaux dialogues interactifs seront convoqués dès la semaine du 15 juin 2026, à commencer par son propre grand oral ce lundi à 15 heures.

Cet agenda bousculé confirme son statut d'outsider, d'autant plus que son pays d'origine ne fait pas campagne pour elle. Or, disposer du soutien indéfectible de la diplomatie de sa propre nation constitue, en règle générale, un atout de poids.

Reste à savoir si ce déficit d'appui découle de tensions politiques internes ou de pressions extérieures. L'influence des Etats-Unis, notamment, n'est pas à exclure.

Rafael Grossi (Argentine)

Ses atouts...et leurs nuances

Il a l'avantage de gérer l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il est calé sur les questions de paix et de sécurité, mais sur une niche assez particulière, soit les crises liées au nucléaire. C'est donc un cadre qui reste limité, puisqu'il ne s'agit pas de la gestion de conflits armés de façon générale.

VIENNA, AUSTRIA - JUNE 5: Director General of the International Atomic Energy Agency (IAEA) Rafael Mariano Grossi delivers a speech during a press conference following an emergency Board of Governors  ...
Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a l'art de manager les crises. Il était cependant absent au débat.Image: Anadolu

Bénéficiant dès le départ du soutien de son pays d'origine, de l'Italie de Giorgia Meloni et de Trump au début, il a su s'imposer en médiateur de confiance. Sa gestion habile de la crise de Zaporijjia lui a permis de préserver ses relations tant avec les Russes qu'avec les Européens et les Américains. Rien ne justifie donc, à ce stade, un veto de Moscou.

Tout dépendra cependant des priorités stratégiques de la Russie: si elle s'en tient à ses intérêts directs, la voie sera libre; en revanche, si elle choisit d'étendre son champ d'influence, la fermeté de Grossi face à l'Iran, proche allié de la Russie, pourrait l'inciter à faire obstruction.

A quel point la Russie va accepter un secrétaire général critiqué par un de ses proches alliés sur ses positions? On sait que l'Iran avait accusé Grossi et l'AIEA d'avoir fait fuiter des informations confidentielles à la suite d'opérations de contrôle des installations nucléaires. La question de l'Iran est non seulement sensible, mais récurrente, et c'est à voir comment les Russes et les Chinois, proches des Iraniens, vont gérer cette affaire.

Les obstacles

Son principal handicap? Huit décennies après la création de l’ONU, la pression internationale s’accentue pour qu’une femme prenne enfin les rênes de l’organisation. Ce mouvement d'opinion global coïncide avec le principe de la rotation géographique, qui désigne l’Amérique latine pour le prochain mandat. Or, les dirigeants de la région exigent eux aussi une candidature féminine. Dès 2024, bien avant que Rebeca Grynspan ne se déclare, l’ambassadeur du Costa Rica à Genève avait d’ailleurs publiquement réclamé ce changement de cap historique.

Le deuxième inconvénient, c'est que Rafael Grossi ne s'est pas mis en retrait de la gestion de son agence. Cela va à l'encontre de la règle - certes non contraignante - selon laquelle tout candidat travaillant pour les Nations Unies ou une organisation internationale de poids devrait se mettre en retrait le temps de la campagne. Même si l'AIEA n’est pas une institution spécialisée de l’ONU, elle fait tout de même partie de sa famille.

Grynspan s'est retirée de ses fonctions de patronne de la CNUCED pour éviter le conflit d'intérêts, mais Grossi est toujours exposé médiatiquement, notamment dans la crise du détroit d'Ormuz. Il est ainsi aux prises avec des pays qui ont l'arme nucléaire. Sur le plan éthique, c'est un inconvénient majeur, et ce petit «moins» risque de le poursuivre, même s'il est élu.

De plus, l'institution, confrontée à une perte de confiance dans le multilatéralisme, devrait se doter d'un visionnaire pour cette prochaine décennie, et non d'un patron en mode «gestionnaire». Or, en ne se retirant pas, il risque d'envoyer une sorte de message contre-productif, selon lequel il n'a pas vraiment besoin de se préparer pour le rôle.

Macky Sall (Sénégal)

Les atouts

En matière de gestion publique, Macky Sall affiche un CV au sommet grâce à son passé de chef d’Etat. Très investi dans la gouvernance régionale, il a notamment marqué de son empreinte les travaux de l’Union africaine, dont il a été un pilier assidu en ne manquant aucun sommet continental.

NEW YORK, UNITED NATIONS - APRIL 22: Macky Sall, a former Senegalese president, speaks to the UN press after his interactive dialogues with delegates for the next UN Secretary-General at the UN Headqu ...
Macky Sall, ancien président sénégalais. Photo datant du mercredi 22 avril 2026.Image: Anadolu

Les obstacles

L'un des problèmes auxquels il risque d'être confronté, c'est son manque d'expérience dans la gestion d'une organisation internationale. Cela pourrait peser négativement sur sa capacité à décoder les mécanismes de l'institution.

Ensuite, lorsqu'il était président, il a eu la vision de créer une véritable cité des Nations Unies à Dakar. Ce projet ambitieux offrait une solution concrète pour délocaliser de nombreux bureaux de l'ONU, notamment en période de crise, tout en réduisant les coûts grâce à la position stratégique de Dakar, idéalement située à mi-chemin entre Genève et New York.

Toutefois, cette stature de visionnaire a été entachée par de multiples soupçons de corruption dans son propre pays. Ce projet de Cité de l'ONU a d'ailleurs suscité de vives controverses et a contribué à la défaite électorale de son camp.

En outre, sa candidature n'est pas portée par son propre pays, mais par le Burundi, un Etat dont l'influence diplomatique reste modeste. Le candidat est en effet en conflit ouvert avec son propre gouvernement, puisque l'actuel président sénégalais a été emprisonné sous son propre mandat. Cette crise politique interne et ce désaveu de sa patrie d'origine pèsent donc lourdement sur sa démarche.

Son principal inconvénient réside toutefois dans la règle de la rotation géographique: pour ce mandat, ce n’est pas au tour de l’Afrique, mais bien à celui de l’Amérique latine de revendiquer la direction des Nations Unies.

Reportage avec un membre du service civil
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Reportage avec un membre du service civil

«Chacun devrait pouvoir aider comme il l'entend», estime Wanja.

source: watson
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