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Analyse

Pourquoi Joe Biden est inquiet pour la démocratie américaine

Le président dépose une couronne de fleur sur la tombe du soldat inconnu.
Le président dépose une couronne de fleur sur la tombe du soldat inconnu.Image: sda
Dans un discours prononcé à l'occasion du Memorial Day, le président américain a mis en garde contre la désintégration de l'institution politique la plus importante.
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03.06.2021, 06:0003.06.2021, 14:57
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe
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Dans son livre «Upheaval», publié il y a environ deux ans, l'anthropologue Jared Diamond («Collaps», «Guns Germs & Steel») résume la prise de pouvoir sanglante du général Pinochet au Chili. Jusqu'à ce coup d'État extrêmement brutal, le Chili était considéré comme un modèle de démocratie pour l'Amérique du Sud. Diamond pose donc la question suivante :

«Compte tenu de la polarisation croissante de notre propre pays, de nombreux lecteurs américains trouveront cette analyse de l'histoire chilienne inquiétante. Malgré une tradition démocratique vigoureuse, la polarisation politique et l'incapacité de faire des compromis ont abouti à la violence et à une dictature que peu de gens avaient prévue. La même chose pourrait-elle se produire aux États-Unis?»

Ça se pourrait. Bien que Donald Trump soit en train de bouder dans son exil à Mar-a-Lago, le danger d'une dictature n'est en aucun cas écarté. Au contraire, il est en constante augmentation. Voici quelques exemples:

  • Lors d'un récent événement, l'ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, à qui l'on demandait s'il pouvait imaginer que ce qui s'est passé au Myanmar se produise aux États-Unis, a répondu: «Bien sûr. Cela devrait même se produire ici». En d'autres termes, l'ancien conseiller à la sécurité du président - l'un des trois postes les plus importants du gouvernement américain - s’est ouvertement prononcé pour un coup d'État militaire.
  • Marjorie Taylor Greene et Matt Gaetz, deux députés du parti républicain (GOP), sont actuellement en tournée de soutien à Trump. Gaetz explique que le deuxième amendement de la Constitution américaine, qui autorise la possession d'armes à feu, n'est en aucun cas réservé aux chasseurs et aux tireurs amateurs. Il pourrait également être appliqué lors d'un soulèvement contre le gouvernement.
  • Lors de la discussion concernant la création d'une commission d'enquête sur l'assaut du Capitole, des membres républicains du Congrès ont déclaré, sans rougir, qu'il s'agissait de touristes inoffensifs. Au Sénat, les Républicains ont empêché la formation d'une telle commission par le biais d'une obstruction parlementaire.
  • 14% de tous les Américains croient aux théories de conspiration de QAnon.
  • La grande majorité des membres du GOP croient au «Big Lie», le mensonge selon lequel Trump aurait gagné les élections.

Ok, on reprochera à Flynn, Taylor Greene et Gaetz qu’ils sont des fanatiques complètement à la masse. Il y aura toujours une bande de cinglés qui croient à des théories de conspiration absurdes, et tôt ou tard, les Républicains se remettront sur la bonne voie. Il n'y a donc aucune raison de tomber dans l'hystérie. Après tout, les États-Unis ont réussi à surmonter les crises majeures de leur démocratie à plusieurs reprises au cours de l'histoire (la guerre civile, le Ku Klux Klan, McCarthy).

Ils sont en faveur d'un soulèvement armé: Matt Gaetz (à gauche) et Marjorie Taylor Greene.
Ils sont en faveur d'un soulèvement armé: Matt Gaetz (à gauche) et Marjorie Taylor Greene.Image: sda

Et pourtant, celui qui est sérieusement inquiet est le président lui-même. Dans son discours du Memorial Day, Joe Biden a déclaré:

«La démocratie est l'âme de l'Amérique. Et je crois qu’il vaut la peine de se battre pour cette âme, voire même de mourir pour elle. (...) C'est une mission que nous devons tous remplir, chaque jour. Aujourd'hui, la démocratie est en danger, non seulement dans le monde, mais ici aussi, chez nous. La façon dont nous nous comportons maintenant sera décisive pour déterminer si la démocratie survivra.»

Les présidents américains ont l'habitude de pontifier les avantages de la démocratie à l'étranger. Mais lorsque Biden met maintenant en garde contre une désintégration à l'intérieur du pays, c'est plus qu'extraordinaire, d'autant plus que le président ne vise pas seulement les racistes blancs militants mais aussi le comportement du Parti républicain.

Dans de nombreux États qu'ils contrôlent, les Républicains ont renforcé les lois électorales au détriment des Noirs et des Hispaniques. Au Texas, il y a eu un tollé à ce sujet le week-end dernier: les députés démocrates ont quitté le parlement et ont ainsi empêché le vote d'une loi électorale drastiquement renforcée.

Avec cette manœuvre, les Démocrates n'ont toutefois pu empêcher la loi qu'à court terme. Le gouverneur Greg Abbott a déjà annoncé qu'il ferait adopter cette loi lors d'une session spéciale, peut-être même sous une forme plus stricte.

La protestation des Démocrates a toutefois fonctionné en faisant de la réforme de la législation électorale une question nationale. Le député démocrate Trey Martinez explique:

«Nous savons que les regards sont désormais tournés vers Austin (red: la capitale du Texas), et nous savons aussi que nous avons fait passer un message. Le message est très clair: Monsieur le Président, nous avons besoin d'une réponse nationale aux lois électorales des États.»

Une telle réponse existe déjà, une loi appelée «For the People Act». Elle lèverait les restrictions massives imposées à la législation fédérale et garantirait que des élections libres pour tous soient plus qu'un simple mot à la mode.

Cette loi a déjà été adoptée par la Chambre des représentants, contre les votes des Républicains, bien sûr. Le président Biden a déjà appelé à plusieurs reprises les sénateurs à suivre l'exemple des représentants. Les Démocrates aimeraient aussi le faire, s'il n'y a pas d'obstruction parlementaire.

En principe, les Démocrates pourraient également faire sauter l'obstruction parlementaire avec une majorité simple. Cependant, deux sénateurs démocrates, Joe Manchin et Kyrsten Sinema, s'y opposent. Les incidents survenus au Texas ont tout de même une fois de plus augmenté massivement la pression sur eux. Ainsi, le chef de la majorité démocrate Chuck Schumer déclare:

«Nous ne pouvons pas nous permettre de négliger des éléments clés de notre démocratie. C'est pourquoi nous allons discuter en profondeur de la manière dont nous allons continuer à avancer.»

En effet, la lutte contre les restrictions du droit de vote est devenue une lutte pour la démocratie. Pour citer à nouveau Jared Diamond:

«Les États-Unis partagent une longue tradition démocratique avec le Chili. En 1967, une dictature était impensable pour les Chiliens, tout comme cette dernière est impensable pour les Américains aujourd'hui. Mais c'est arrivé au Chili, et rétrospectivement, les signes avant-coureurs étaient bien présents.»

Article traduit de l'allemand par Anne Castella.

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L'assaut du Capitole en images
source: epa / michael reynolds
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