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Analyse

Pourquoi l'accord avec l'Iran fait de Netanyahou le grand perdant

Bild zeigt: Benjamin Netanyahu vor der Flagge Israels im Hintergrund darüber wie Poster abgezogen von einer Wand die Ayatollahs Irans und Donald Trump
Les décennies passent, mais l'histoire se répète pour Israël.Image: keystone / getty, montage watson
Analyse

«Le projet de toute la vie de Netanyahou s'effondre sous ses yeux»

Avec l'accord conclu entre les Etats-Unis et l'Iran, les rêves de grandeur au Moyen-Orient d'Israël et de son premier ministre, Benjamin Netanyahou, s'effondrent une fois de plus.
16.06.2026, 18:5016.06.2026, 18:50
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe

A l'été 1982, le ministre israélien de la défense de l'époque, Ariel Sharon, ordonna une attaque contre le camp de réfugiés palestiniens de Beyrouth. Ce fut un massacre, au cours duquel plus de 3000 personnes furent tuées, surtout des femmes et des enfants.

En apparence, cette attaque fut justifiée par la volonté de mettre fin aux attentats terroristes de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Ronen Bergman, journaliste israélien, décrit dans son livre «Rise and Kill First» ce dont il s'agissait réellement:

«Avec son chef d'état-major, Rafael Eitan, Ariel Sharon avait un agenda secret bien plus grandiose. Il voulait utiliser les chars de l'armée israélienne pour réorganiser le Moyen-Orient. Dans sa vision, les Israéliens et leurs alliés phalangistes (les milices chrétiennes) conquerraient le Liban, détruiraient l'OLP et porteraient un coup sévère aux forces syriennes stationnées au Liban.»
«Après la conquête de Beyrouth, Bachir Gemayel, le chef des phalangistes (un homme extrêmement brutal, note de l'auteur), serait installé comme président, et le Liban serait transformé en un allié fidèle. Bachir Gemayel chasserait ensuite les Palestiniens vers la Jordanie, où ils seraient bientôt majoritaires et pourraient y fonder leur propre Etat.»
«Cela, selon le raisonnement d'Ariel Sharon, rendrait superflu le désir d'un Etat palestinien indépendant en Judée-Samarie (la Cisjordanie) et permettrait à celle-ci de devenir une partie d'Israël.»
FILE - In this March 28, 2005, file photo, Israeli Prime Minister Ariel Sharon, left, talks with Vice Premier Shimon Peres during speeches prior to a vote in the Knesset, Israel's Parliament, ...
Ariel Sharon (à gauche) et son vice-président, Shimon Peres.Image: AP

Une occasion en or soldée par un échec

Plus de quatre décennies plus tard, le rêve d'Ariel Sharon d'un Grand Israël perdure. Une fois de plus, ce rêve a semblé à portée de main. Le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 en a fourni l'occasion idéale.

Tsahal, l'armée israélienne, a infligé de lourdes pertes au Hamas et au Hezbollah. En Syrie, un dictateur soutenu par l'Iran a été renversé. A l'été 2025, des chasseurs et des bombardiers américains et israéliens ont mis hors d'état de nuire la défense antiaérienne iranienne. Au début de cette année, la population iranienne a de nouveau manifesté contre son gouvernement brutal.

Benjamin Netanyahou a ainsi saisi l'occasion au vol. Il est parvenu à convaincre Donald Trump que la chute des ayatollahs à Téhéran était devenue une perspective réaliste. Il l'a persuadé de lancer une attaque dans le but de vaincre définitivement l'ennemi juré iranien et de rééquilibrer durablement le rapport de forces au Moyen-Orient en faveur d'Israël.

Une centaine de jours plus tard, Netanyahou se retrouve face à un champ de ruines. Les ayatollahs, ou plus précisément les gardiens de la révolution, restent au pouvoir, et plus forts qu'avant. Donald Trump, en revanche, est contraint, pour des raisons de politique intérieure, de conclure un accord qui équivaut de facto à un aveu de défaite.

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Situation délicate pour Israël

C'en est aussi fini de l'amitié entre Netanyahou et Trump. Le président américain insulte publiquement le premier ministre israélien et loue en revanche, comme pragmatiques, les nouveaux dirigeants de Téhéran qu'il voulait encore renverser il y a peu. Plus encore: Trump a fait comprendre sans équivoque à Netanyahou qu'il fallait également mettre fin aux bombardements du Liban. Il satisfait ainsi une condition des Iraniens, qui veulent protéger leurs alliés du Hezbollah.

Dans ces conditions, Benjamin Netanyahou n'a pas d'autre choix que de se soumettre. Michael Oren, l'ancien ambassadeur d'Israël à Washington, l'exprime ainsi dans le Wall Street Journal:

«Il ne s'agit absolument pas de savoir ce qu'Israël peut faire. Il s'agit de ce qu'il doit faire. Il n'y a pratiquement aucune marge de manœuvre.»

Rien d'étonnant à ce que règne en Israël un mélange de gueule de bois et de défi. Netanyahou ne veut pas s'exprimer sur l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran. «Le combat n'est pas encore terminé», indique-t-il simplement en ajoutant:

«C'est un accord que les Etats-Unis ont conclu, par le président des Etats-Unis. C'est sa décision. Nous avons nos propres intérêts.»
Benjamin Netanyahou, ici lors d'une conférence de presse à Jérusalem, lundi 15 juin 2026, à la suite de la conclusion d'un accord entre les Etats-Unis et l'Iran.
Benjamin Netanyahou, ici lors d'une conférence de presse à Jérusalem, lundi 15 juin 2026, à la suite de la conclusion d'un accord entre les Etats-Unis et l'Iran.Image: imago

Contestations politiques et indignation

Dans l'entourage du premier ministre israélien, on se montre moins diplomate. Le Washington Post cite notamment Yinon Magal, un conseiller important de Netanyahou, qui qualifie Trump de «loser», le premier ministre américain JD Vance de «moins que rien», et les deux négociateurs Jared Kushner et Steve Witkoff de «deux petits juifs achetés par le Qatar, qui ont trahi leurs frères en Israël».

Le ministre de la défense, Israël Katz, estime pour sa part:

«Nous sommes opposés à un retrait de nos forces armées du Liban, malgré toutes les tentatives de pression actuelles et futures.»

Les membres de l'extrême droite au gouvernement israélien plaident même pour une révolte contre Trump. Le ministre de la sécurité, Itamar Ben Gvir, affirme:

«L'accord de Trump ne s'applique pas à nous. Israël n'est pas un sujet des Etats-Unis, nous sommes un Etat indépendant et souverain.»

Ben Gvir prend ainsi un risque considérable. Sans l'aide militaire américaine, la souveraineté d'Israël n'est guère plus qu'un vœu pieux. Et Netanyahou s'est sans doute trompé dans ses calculs. Il doit se plier, en serrant les dents, aux volontés de Trump. Aux yeux de ses compatriotes, il apparaît ainsi comme un homme faible.

FILE - Israeli far-right lawmaker Itamar Ben-Gvir gestures after election exit poll results are released at his party's headquarters in Jerusalem on Nov. 2, 2022. (AP Photo/Oren Ziv, File)
Itamar ...
Le ministre de la sécurité, Itamar Ben Gvir.Image: keystone

Gayil Tashir, politologue à la Hebrew University, résume la situation dans le Washington Post:

«Le projet de toute la vie de Netanyahou s'effondre sous ses yeux. Il se retrouve seul dans l'arène et ne peut en rejeter la faute sur personne.»

Le rêve d'Ariel Sharon d'un Grand Israël s'est effondré il y a 40 ans. Aujourd'hui, Netanyahou se retrouve lui aussi face à un champ de ruines. Lui aussi a dû découvrir ce que d'innombrables personnes avant lui avaient déjà expérimenté en se fiant au président américain. «Trump ne fait jamais que ce qui lui est utile», affirme Michael Herzog, lui aussi ancien ambassadeur à Washington. «Que cela soit aussi bon pour Israël, cela lui est indifférent.»

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source: epa / sedat suna
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