Contrairement aux chants polyphoniques corses, les casserolades, ces concerts de casseroles censés empêcher le président et son gouvernement de se mouvoir librement en France, n’ont pas l’excuse de l’art. Leur prétexte est la lutte contre la montée du fascisme, dont la «macronie», en affichant son «mépris» du peuple dans la réforme des retraites, en le réprimant dans des «violences policières», serait le principal agent. Le tweet suivant dit tout le mal que la gauche radicale pense d’Emmanuel Macron. Il dit aussi la détermination de ce bord politique à ne rien lâcher.
Ça va pas bien 😡😡😡#ViolencesPolicieres#PoliceMilice#TerrorismeDEtat
— Мелани🐝🔻φ⚽️🐢 (@mtehlo) April 22, 2023
Unissons nos colères pour les VIRER TOUS
DÉGAGEONS LES FACHOS
La macronie est un FASCISME#StopMacron#NonAuSNU https://t.co/MzBsVyZWai pic.twitter.com/M8MAmwuS2L
L’opposition d’une partie de la rue, à l’unisson de La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, ne semble pas faiblir. Son objectif est toujours d’obtenir le retrait de la réforme des retraites désormais promulguée, mais aussi de faire tomber le président de la République, comme le demande une pétition relayée par le député LFI Antoine Léaument. Déjà 5000 signatures de récoltées sur le site de l’Assemblée nationale, assure-t-il. «Si elle passe 500 000, on en parle en hémicycle», ajoute cet élu.
Pour l'heure, le rapport de force se joue sur le terrain. Emmanuel Macron, qui multiplie les déplacements en province dans la fenêtre des «100 jours» qu'il s'est accordés pour rebondir, ne s’y soustrait pas. Au contraire. Plus la gauche radicale organise le ramdam avec ses ustensiles de cuisine, plus il pense pouvoir en tirer profit auprès de la fameuse majorité silencieuse, dont il s’imagine qu’elle finira par se lasser de cette agitation, de la «chienlit», aurait dit le général de Gaulle.
Il ne se passe pas un jour sans que des ministres ou élus de la majorité soient harcelés, intimidés, obligés de rebrousser chemin en raison de ce tintamarre inamical. Le 23 avril, ce député Renaissance (majorité présidentielle) des Bouches-du-Rhône est tombé dans un traquenard, subissant une humiliation:
Lundi, c’est le ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, qui a dû être évacué du TGV par lequel il arrivait gare de Lyon, à Paris. Un «comité d’accueil» ne lui voulait pas du bien:
La Nuit des Molières récompensant les artistes de théâtre ne pouvait pas échapper à la contestation. Lundi soir, deux comédiennes instagrameuses, semble-t-il membres du syndicat CGT, les mêmes qui ont reproché à Hugo Clément d’avoir parlé d’écologie avec le Rassemblement national, ont interpellé la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, lui faisant savoir que n'étant pas des «chiennes», elles ne rentreraient pas «à la niche». Elles ont appelé à poursuivre «la lutte».
Mais alors que, d’habitude, que ce soit aux Molières ou aux César, les ministres de la Culture encaissent sans broncher le «savon» que leur servent des gens du spectacle plus ou moins acrimonieux, cette fois-ci, l’actuelle titulaire du poste s’est levée et a pris la parole pour répondre. Sur un ton posé, elle a rappelé les avantages dont bénéficient les comédiens en France et indiqué que sa porte est toujours «ouverte».
Les actions menées par l’opposition à Emmanuel Macron au nom de la lutte contre la «dérive fasciste», seraient-elles en train de provoquer un sursaut, sinon en sa faveur, du moins contre les agitateurs? Si le président de la République récolte 47% de «très mécontents» dans l’opinion, selon un sondage, record d’impopularité, une partie de celle-ci, située plutôt parmi l’élite, réplique en inversant l'accusation: le danger fasciste, il est chez vous, les insoumis de tout poil.
La journaliste Marion Van Renterghem, ex-plume du Monde et auteure d’une biographie remarquée d’Angela Merkel, a réagi en ce sens aux images du ministre de l’Education nationale encerclé par des manifestants hostiles gare de Lyon:
Plein de petits fachos, et ça devient du fascisme. https://t.co/fnGayUFNwX
— MarionVan Renterghem (@MarionVanR) April 24, 2023
Même scène, même commentaire, en plus fort, de l’ancien secrétaire d’Etat macroniste Benjamin Griveaux:
Ça n’est pas une scène « incroyable ».
— Benjamin Griveaux (@BGriveaux) April 24, 2023
C’est du fascisme à l’état pur…et ça devient malheureusement une habitude.
Il est temps que les démocrates - les vrais - de tous bords se ressaisissent.
Ceux qui ne condamnent pas soutiennent. C’est aussi simple que cela. https://t.co/nmiEitc5RO
Quant au député européen Bernard Guetta, un ancien journaliste qui avait couvert pour Le Monde la chute du communisme, les concerts de casseroles lui évoquent «ceux qui ont précédé le renversement d’Allende au Chili par Pinochet», a-t-il dit le 21 avril dans l’émission «C à vous». En 1973, le président Salvador Allende était renversé par un coup d'Etat militaire et se donnait la mort.
"La France me fait de la peine en ce moment parce que je trouve que le niveau du débat politique est absolument affligeant ! On peut être un opposant total à Emmanuel Macron, mais la haine contre un homme et non pas le refus d'une politique ?!"@guetta_en dans #CàVous pic.twitter.com/A7jFWCN3QK
— C à vous (@cavousf5) April 21, 2023
Deux légitimités s’affrontent en France: celle des institutions, représentée par Emmanuel Macron, celle de la rue, incarnée par la gauche radicale, mais aussi par d’ex-gilets jaunes. L'Etat de droit ne reconnaît en principe qu'une légitimité, la première nommée. Les Insoumis de Mélenchon et d'autres avec eux ne l’entendent pas de cette oreille.