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Analyse

Pourquoi Vladimir Poutine veut attaquer l'Ukraine

Image: AP RIA Novosti Russian Governmen
Le président russe a envoyé 100 000 soldats à la frontière ukrainienne. Tenterait-il d'entrer en guerre?
27.11.2021, 11:46
Philipp Löpfe
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En septembre, Vladimir Poutine a envoyé les mercenaires du groupe Wagner au Mali et a ainsi irrité les Français. En octobre, il a rompu les relations diplomatiques avec l'Otan. Il a récemment envoyé 100 000 soldats à la frontière avec l'Ukraine. Parallèlement, le président russe soutient son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko dans son jeu perfide avec les réfugiés. Que mijote-t-il?

Pour la spécialiste de la Russie Kadri Liik, ces manœuvres sont avant tout une tentative de Poutine de trouver une place adéquate pour la Russie dans un monde qui n'est plus dominé par la guerre froide. Elle écrit dans le New York Times:

«Dans le monde d'hier, tout était différent. La Russie n'avait qu'un ennemi juré et savait ce qu'elle voulait faire et comment. (...). Mais désormais, le monde est devenu multipolaire. Et c'est tout sauf agréable.»

Mais c'est peut-être plus que cela. Ce sont surtout les événements à la frontière avec l'Ukraine qui inquiètent les experts militaires occidentaux. Au printemps déjà, des troupes russes y ont effectué des manœuvres qui auraient pu être interprétées comme une possible attaque. Aujourd'hui, des troupes sont à nouveau déployées.

«Les activités militaires de ces derniers mois dépassent de loin les exercices normaux», constatent les deux politologues Michael Kimmage et Michael Koeman dans le magazine Foreign Affairs.

Dans un long essai, Poutine a en outre récemment affirmé que l'Ukraine faisait et ferait toujours partie de la Russie. C'est pourquoi Kimmage et Koeman vont encore plus loin:

«Le scénario d'une guerre majeure est devenu totalement plausible»

Les choses n'ont pas évolué comme Poutine le souhaitait en Ukraine. Le président Volodymyr Zelensky s'est éloigné de Moscou et s'est tourné vers l'Occident. Pire encore: l'Ukraine a renforcé son partenariat avec les Etats-Unis et l'OTAN. Cela fait sonner toutes les sonnettes d'alarme au Kremlin.

Manifestation à Kiev: «Pas de capitulation face à Moscou», scandent-ils.
Manifestation à Kiev: «Pas de capitulation face à Moscou», scandent-ils. keystone

Le moment semble propice à un conflit avec l'Ukraine. Le président Zelensky est au plus bas dans les sondages. Il n'a pas réussi à briser le pouvoir des oligarques et à endiguer la corruption rampante.

Parallèlement, la crise énergétique actuelle a renforcé la position de la Russie. Grâce à l'augmentation des prix du pétrole et du gaz, les recettes ne sont pas les seules à exploser. La dépendance de l’Europe occidentale est une fois de plus douloureusement visible.

Les États-Unis sont quant à eux surtout préoccupés par la Chine et par eux-mêmes. C'est pourquoi Kimmage et Koemann estiment qu’une attaque russe est une éventualité réaliste. Ils écrivent:

«Les dirigeants russes savent que le recours à la force ne sera pas facile et sans prix – mais pour eux, l'Ukraine se trouve sur une voie inacceptable, et ils n'ont guère de possibilités de changer cela avec les moyens existants. Il se pourrait donc qu’ils estiment qu'une opération militaire maintenant leur coûterait moins que dans le futur.»

Toujours dans Foreign Affairs, les politologues Michael Koeman et Andrea Kendall-Taylor soulignent que l'Occident a tendance à sous-estimer la Russie. Le défunt sénateur John McCain a un jour parlé avec mépris d'une «station-service qui prétend être un pays». L'ancien président Barack Obama a même qualifié la Russie de «puissance régionale».

C'est une dangereuse erreur d'appréciation. «Pour faire court, Washington ne peut pas se permettre de se concentrer uniquement sur la Chine et d'ignorer la Russie», avertissent Koeman et Kendall-Taylor.

Prototype d’un Su-75, avion militaire de cinquième génération.
Prototype d’un Su-75, avion militaire de cinquième génération.Image: sda

Cette fausse impression est renforcée par le fait que les chiffres économiques de la Russie sont exprimés en devise américaine. Actuellement, le produit intérieur brut russe s'élève à 1,5 billion de dollars, ce qui est comparable à celui de l'Italie. Le pouvoir d'achat réel est cependant presque trois fois plus élevé. Il s'élève à 4,1 billions, ce qui fait de la Russie la deuxième économie d'Europe.

Il en va de même pour les dépenses militaires. Officiellement, le budget annuel s'élève à 58 milliards de dollars. Traduit en pouvoir d'achat, il se situe toutefois entre 150 et 180 milliards, et cet argent est majoritairement utilisé pour des armes de pointe.

La Russie était et est toujours une grande puissance militaire. Koeman et Kendall-Taylor constatent:

«Le complexe militaro-industriel russe a développé des armes de nouvelle génération telles que des missiles supersoniques, des armes laser, des systèmes de guerre électronique, des sous-marins de pointe et des systèmes intégrés de défense aérienne et de défense par satellite.»

La population russe devrait certes diminuer d'environ dix pour cent d'ici 2050. «Mais le pays n'est pas du tout au bord d'un effondrement démographique», préviennent les deux politologues. «La Russie s'est remise de la crise démographique des années nonante.»

L'Occident, et surtout les États-Unis, concentre principalement son attention sur la Chine. Une erreur potentiellement fatale. Koeman et Kendall-Taylor disent encore:

«Les États-Unis ne devraient pas considérer la Russie comme une puissance en déclin, mais comme une puissance qui continue de menacer leurs intérêts nationaux, et cela au moins pour les vingt prochaines années.»

Les pessimistes mettent même en garde contre un scénario cauchemardesque. Il se présente comme suit: la Chine et la Russie s'allient. Les Chinois envahissent Taïwan et les Russes l'Ukraine. Les Américains divisés et la faible Europe n'ont pas la force de les en empêcher et se contentent de protestations verbales et de sanctions inutiles.

Ce scénario n'est pas si absurde. En effet, la Chine et la Russie viennent de s'assurer d'un partenariat mutuel qui serait «plus solide que la pierre».

Traduit de l'allemand par Tanja Maeder

Vladimir Poutine dans tous ses états

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Vladimir Poutine dans tous ses états
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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