«Des gens pétés de thunes»: le procès Bouygues démarre sous tension
Le milliardaire Olivier Bouygues a pris place lundi matin sur le banc des prévenus devant une salle comble à Orléans, jugé notamment pour destruction d'espèces d'oiseaux protégées sur son domaine de chasse en Sologne, une audience «symbolique» et «inédite» pour les associations de protection de l'environnement.
Bouygues, jugé avec cinq personnes, est arrivé au tribunal sans faire de commentaire, il s'est assis au côté des autres prévenus le visage fermé.
Le procès, qui doit durer deux jours, est «symbolique car il illustre une situation totalement inédite», «avec des gens qui sont pétés de thunes qui s'exonèrent du respect de la biodiversité», a fustigé le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, devant la quinzaine de médias accrédités.
Cette affaire a une «valeur d'exemple» et doit «rappeler à l'ordre d'autres» personnes «qui pourraient avoir des idées analogues».
«Super moyens»
«La biodiversité est en capacité de souffrir et la réglementation est faite pour tous, même ceux qui ont des super moyens», a-t-il ajouté. La première matinée est consacrée à des questions de procédure et certains avocats des prévenus ont estimé que le dossier était «incomplet» et «amputé de pièces par nature essentielles».
Cinq des six prévenus sont présents à l'audience. Ils encourent jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende. Les investigations concernent des pratiques illégales «en cours depuis de nombreuses années sur le domaine de chasse» d'Olivier Bouygues, selon le ministère public.
L'homme d'affaires mis en cause est un des fils de Francis Bouygues, fondateur du géant du BTP, des télécoms et des médias. A la suite d'une dénonciation anonyme, les enquêteurs ont découvert l'an dernier sur sa propriété un charnier d'oiseaux protégés, dont des faucons crécerelles, des grandes aigrettes, des busards, des buses variables et des grands cormorans.
Chats tués
Ces espèces gêneraient la prolifération du gibier. Plusieurs chats domestiques et sauvages ont aussi été tués. Les gendarmes ont par ailleurs retrouvé du matériel prohibé, comme des armes ou une cinquantaine de pièges à mâchoires, interdits depuis 1995, ainsi que des documents listant les espèces à éliminer et retraçant les destructions déjà réalisées.
Une pelleteuse utilisée pour l'enfouissement des cadavres d'animaux a aussi été saisie. Les faits présumés se sont déroulés sur le domaine de Fontenaille, propriété de Francis Bouygues et étendu sur 600 hectares à La Ferté Saint-Aubin (Loiret), en Sologne, deuxième massif forestier français et terrain de chasse très apprécié des grandes fortunes du pays.
Début juillet 2025, à la suite d'une perquisition effectuée quelques semaines plus tôt, plusieurs personnes, dont Olivier Bouygues et le régisseur du domaine, avaient été placées en garde à vue.
Une enquête a été ouverte notamment pour atteinte illicite en bande organisée à la conservation d'une espèce animale protégée ou à son habitat et destruction d'une espèce animale non domestique.
Les faits sont «niés en tout ou pour partie selon les personnes impliquées», rappelle la procureure de la République d'Orléans Emmanuelle Bochenek-Puren.
Avec la LPO, une quinzaine d'associations de protection de l'environnement se sont constituées parties civiles, tout comme la Fédération départementale des chasseurs du Loiret. (jah/afp)
