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Viols: cette annonce sur Ceuta enflamme la politique espagnole

Des migrantes à Ceuta. Des témoignages de viols bouleversent l'enclave espagnole.
Des migrantes à Ceuta. Des témoignages de viols bouleversent l'enclave espagnole.Image: Reduan

Cette «cocotte-minute» aux portes de l’Europe menace d’exploser

Les agressions sexuelles contre des migrantes, parfois mineures, se multiplient à Ceuta. Les partis d'opposition organisent des manifestations dans tout le pays. Un nouveau rapport met le chef du gouvernement espagnol dans l'embarras.
03.09.2026, 16:5803.09.2026, 16:58
Manuel Meyer, Madrid / ch media

Le président régional de Ceuta, Juan Jesús Vivas, n'a pas mâché ses mots cette semaine lors d'une interview télévisée:

«Ceuta est une cocotte-minute sur le point d'exploser»

Les habitants de la ville, prise d'assaut fin juillet par des dizaines de milliers de migrants africains venus du Maroc, seraient «profondément inquiets». Même un mois plus tard, jusqu'à 8000 migrants se trouveraient encore dans cette petite ville de seulement 85 000 habitants.

Ce sont surtout les femmes qui regardent avec inquiétude les grands groupes de jeunes migrants qui séjournent depuis des semaines dans les rues et sur les places publiques, et qui dorment sur la plage. Ce sentiment d'insécurité croissante a été renforcé, lundi, par une nouvelle bouleversante.

Des mineurs parmi les victimes

Le ministère public espagnol a annoncé que plusieurs agressions sexuelles et viols de migrantes avaient eu lieu dans le sillage de l'afflux de gens et durant les jours chaotiques qui ont suivi. Il est question, pour l'heure, de 17 victimes, dont neuf âgées de seulement 14 à 17 ans.

Dès le début du mois d'août, l'organisation de défense des droits de l'enfant Save the Children avait mis en garde contre la vulnérabilité particulière des migrantes mineures non identifiées ou non placées dans des hébergements sûrs. Elles pourraient être exposées à la violence, à l'exploitation sexuelle ou à la traite d'êtres humains, avait alors souligné l'organisation.

Des policiers espagnols face à un groupe de migrants marocains à Ceuta.
Des policiers espagnols face à un groupe de migrants marocains à Ceuta.Image: Reduan

Parmi les quelque 80 000 Marocains, en majorité jeunes, arrivés à Ceuta fin juillet, on comptait près de 1500 mineurs. Environ 700 d'entre eux étaient des filles. En début de semaine, selon des médias, près de 300 filles se trouvaient encore hors des structures d'accueil réglementaires.

Des manifestations de plus en plus tendues

Depuis des semaines déjà, les habitants de Ceuta protestent contre la lenteur du gouvernement central espagnol à reprendre le contrôle de la situation. La nouvelle des agressions sexuelles a une nouvelle fois servi au parti d'extrême droite Vox à accuser le chef du gouvernement socialiste espagnol, Pedro Sánchez, de «protéger des criminels et des violeurs».

La mèche du baril de poudre que constitue Ceuta couve déjà depuis des jours. La semaine dernière, des dizaines d'habitants de Ceuta ont bloqué des convois d'aide de la Croix-Rouge transportant des vivres pour les migrants. Armés de barres de fer et de matraques, certains ont même pris d'assaut la plage et incendié les abris que des centaines de migrants s'y étaient construits avec des planches de bois, des bâches en plastique et des feuilles de palmier.

Le président d'Espagne, Pedro Sánchez, est sous le feu des critiques.
Le président d'Espagne, Pedro Sánchez, est sous le feu des critiques.Image: Imago

Alors que ceux-ci fuyaient la foule en colère, la police a dû recourir à des tirs de sommation et à des balles en caoutchouc pour empêcher les groupes prêts à en découdre de s'en prendre aux migrants.

De forts remous politiques

Les partis d'opposition espagnols de droite conservatrice profitent de ces tensions sociales croissantes pour attaquer le gouvernement de gauche. Le chef de l'opposition conservatrice espagnole, Alberto Núñez Feijóo, avait appelé pour mercredi soir à un rassemblement de solidarité national avec Ceuta. Alberto Núñez Feijóo parle sans cesse de «perte de contrôle» et d'«échec» du gouvernement de gauche espagnol dans la sécurisation de la frontière extérieure européenne.

Le parti d'extrême droite Vox s'est joint à l'initiative. Mais sous le mot d'ordre: «Non à l'invasion! Défendez Ceuta, défendez l'Espagne!» Le chef de Vox, Santiago Abascal, a d'ailleurs affirmé sans détour:

«Si le gouvernement ne chasse pas les migrants, ce sont les Espagnols qui s'en chargeront»
Alberto Núñez Feijóo.
Alberto Núñez Feijóo.Image: Imago
Santiago Abascal.
Santiago Abascal.Image: Imago

Ces dernières nouvelles bouleversantes et la pression politique croissante ont poussé le chef du gouvernement Pedro Sánchez à annoncer mardi, pour l'enclave espagnole d'Afrique du Nord, un plan d'aide de 309 millions d'euros (290 millions de francs).

Une visite du roi d'Espagne prévue

Alors que Pedro Sánchez assurait encore lundi que le Maroc n'avait été impliqué sous aucune forme dans l'afflux de migrants et restait un partenaire fiable, un rapport de la police nationale espagnole a été révélé mardi soir, selon lequel la police marocaine aurait délibérément dirigé les migrants vers les postes-frontières.

Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, s'est dit indigné de n'avoir eu connaissance de ce rapport et a exigé mercredi des explications de la part du chef de la police.

Des observateurs politiques soupçonnent que le gouvernement espagnol craindrait de nouvelles tensions diplomatiques avec le Maroc, Rabat faisant régulièrement valoir ses revendications historiques sur les deux enclaves de Ceuta et Melilla pour accroître la pression migratoire.

Melilla.
Image: watson

Mais le conflit diplomatique semble déjà programmé, et Pedro Sánchez en porte lui-même la responsabilité. Dans une interview accordée à la radio SER, il a annoncé que l'on demanderait au roi Felipe de se rendre prochainement à Ceuta, en signe de solidarité. Lors de la dernière visite du père de Felipe, Juan Carlos Ier, à Ceuta et Melilla en 2007, le roi du Maroc Mohammed VI avait vivement réagi. Il avait qualifié cette visite de «regrettable» et de «contre-productive», avertissant que l'Espagne devrait «assumer sa responsabilité pour les conséquences» de cette démarche.

Le premier ministre marocain de l'époque, Abbas El Fassi, avait même vu dans cette visite une «provocation». Rabat avait alors rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultations pendant plusieurs mois. (trad. ysc)

Le roi d'Espagne, Felipe VI.
Le roi d'Espagne, Felipe VI.Image: Imago
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Un migrant de Ceuta témoigne
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