La Chine dévoile son nouveau char miracle
Certains experts militaires sont convaincus que la guerre en Ukraine reléguera définitivement le char de combat classique à la casse de l’histoire militaire. Pourtant, une catégorie qui en théorie, ne devrait plus exister connaît aujourd’hui un retour surprenant. Le char de combat moyen. Et cette évolution s’accélère visiblement.
Il y a quelques jours à peine, la Chine a diffusé de nouvelles images de son très moderne Type-100 en plein exercice. Les vidéos montrent le char lors de manœuvres à grande vitesse sur terrain accidenté et offrent pour la première fois un aperçu de l’habitacle de l’équipage.
Presque au même moment, le nouveau char de combat moyen CFL-120 Karpat a été présenté lors d’un salon de l’armement à Bratislava, en Slovaquie. Il s’agit d’un projet commun du groupe d’armement tchèque CSG, du constructeur turc FNSS et du groupe italien Leonardo. Le message est clair: l’industrie de l’armement cherche des réponses alternatives à la révolution des drones observée en Ukraine.
At IDEB Defence & Security 2026 in Bratislava, CSG unveiled the new CFL-120 Karpat combat platform in cooperation with FNSS and Leonardo.https://t.co/w5OvHBvUr5
— Defense Magazine (@DefenseMag) May 26, 2026
Car cette révolution a brutalement mis en lumière les faiblesses des chars de combat classiques. Les Leopard 2, Abrams ou Challenger se révèlent trop vulnérables aux drones kamikazes, mais aussi aux armes antichars modernes et aux frappes d’artillerie de précision.
Mais, dans le même temps, la guerre montre également qu’il est impossible de renoncer à des plateformes de tir direct lourdement blindées. La puissance de feu mobile demeure essentielle pour percer les lignes ennemies, mener des contre-attaques ou tenir des secteurs du front.
Le problème est que les chars de combat occidentaux modernes sont devenus gigantesques. Les modèles courants dépassent aujourd’hui 65 tonnes et coûtent parfois plus de 20 millions de dollars l’unité. Ce qui complique considérablement leur transport, leur maintenance et leur engagement opérationnel, puisque de nombreux ponts ou réseaux ferroviaires ne sont pas adaptés à de tels colosses. A cela s’ajoutent des coûts de carburant et d’entretien considérables.
C’est précisément là qu’interviennent les nouveaux chars de combat moyens, comme celui développé par la Chine. Plutôt que de miser sur un blindage composite maximal, ils privilégient un poids réduit, une grande mobilité et des systèmes de protection active contre les missiles et les drones.
Une tourelle téléopérée pour le char ZTZ (Type)-100
Le ZTZ (Type)-100 chinois apparaît particulièrement ambitieux. Ce nouveau char de quatrième génération ne pèserait qu’entre 35 et 45 tonnes et combine une tourelle inhabitée avec un équipage entièrement protégé à l’intérieur de la caisse – une conception manifestement inspirée du projet russe T-14 Armata, qui a finalement échoué.
Selon le portail spécialisé allemand ES&T, le char dispose de capteurs radar à 360 degrés, de systèmes de défense active contre les drones kamikazes ainsi que de casques à réalité augmentée pour l’équipage. Le ZTZ-100 se veut moins un mastodonte d’acier traditionnel qu’un nœud de combat numérique interconnecté.
Autre élément marquant: le retour à des calibres plus modestes. Alors que les chars occidentaux utilisent généralement des canons de 120 millimètres, la Chine mise sur une pièce plus légère de 105 millimètres. Grâce à des munitions modernes, elle atteindrait néanmoins une puissance de pénétration comparable. L’avantage est évident: moins de poids et davantage de mobilité.
A cela s’ajoute le prix. Selon certaines estimations, un ZTZ-100 produit en série pourrait coûter environ six millions de dollars, soit nettement moins que les chars occidentaux modernes, sans même parler des futurs modèles de haute technologie comme l’Abrams-X ou les dérivés du Leopard 3.
Même si les Chinois semblent actuellement avoir une longueur d’avance, l’Europe expérimente depuis longtemps des concepts similaires. Rheinmetall a ainsi présenté il y a quatre ans le Lynx 120, développé à partir du véhicule de combat d’infanterie KF41. Le char léger CV90120 de BAE Systems Hägglunds repose lui aussi sur un concept éprouvé de véhicule de combat d’infanterie, utilisé notamment par l’armée suisse parmi de nombreuses autres forces armées.
Le nouveau Karpat combine quant à lui un poids d’environ 35 à 40 tonnes avec un canon de 120 millimètres pleinement opérationnel et des systèmes modernes de protection contre les drones et les armes antichars.
Les avantages de ces véhicules sautent aux yeux. Ils sont plus faciles à transporter, nécessitent moins de logistique et peuvent être engagés là où les chars lourds se heurtent aux limites des infrastructures. Ils apparaissent particulièrement attractifs pour les petits Etats ou les armées disposant de budgets limités.
Les Etats-Unis ont stoppé leur programme Booker
Les concepteurs paient toutefois ces avantages au prix de risques importants. Un poids réduit implique inévitablement un blindage passif moins important, ce qui déséquilibre le triptyque fondamental du char: puissance de feu, protection et mobilité. Les chars de combat moyens dépendent donc fortement des systèmes de protection active, des capteurs et de l’interconnexion numérique.
Mais si ces systèmes tombent en panne ou sont dépassés, leur vulnérabilité augmente rapidement. Il reste par ailleurs à déterminer si des véhicules plus légers peuvent résister à des chars lourds lors d’un affrontement direct, ce qui soulève plus largement la question d’une doctrine d’emploi adaptée.
Le programme américain M10 Booker a récemment illustré la difficulté de cet exercice d’équilibriste. A l’origine, ce véhicule devait devenir un char d’appui-feu léger et mobile. Au final, le Booker pesait lui aussi près de 40 tonnes, sans atteindre ni la protection ni la puissance de feu d’un véritable char de combat. L’US Army a donc mis fin au projet il y a un an. (hun)
