«Ce signal d'alarme montre que la crise climatique s'aggrave rapidement»
Le changement climatique provoqué par les activités humaines a intensifié l'importante sécheresse qui frappe l'Europe. Les chaleurs records, bien plus que le manque de précipitations, sont à l'origine de cette crise, indique jeudi une équipe internationale de scientifiques.
Depuis plusieurs semaines, voire mois, selon les régions, l'Europe connaît une sécheresse des sols particulièrement marquée, entraînant des incendies de forêt dévastateurs, des rivières à sec et des pertes de récoltes, après qu'une vague de chaleur historique a frappé une grande partie du continent en juin.
Des sécheresses toujours plus extrêmes en vue
Une étude du World Weather Attribution (WWA), qui regroupe des climatologues de plusieurs institutions de renom, révèle que ces chaleurs torrides ont accéléré l'évaporation de l'eau des sols et des rivières par rapport à un monde sans changement climatique, augmentant ainsi le risque de conditions d'aridité extrême.
Des scientifiques d'Europe, des Etats-Unis et du Royaume-Uni se sont basés sur des données météorologiques et des modèles informatiques afin de comparer une sécheresse dans le monde actuel, plus chaud, à un climat qui était plus frais de 1,4°C, soit le niveau de réchauffement actuel de la planète depuis la période 1850-1900.
Lors d'un point presse, Mariam Zachariah, chercheuse à l'Imperial College de Londres et une de coauteurs de l'étude, a expliqué:
Cela s'explique par le fait qu'une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d'eau, soit environ 7% de plus pour chaque hausse de température de 1°C.
Une atmosphère «assoiffée»
Les scientifiques signalent que le changement climatique rend plus fréquents et plus intenses les phénomènes destructeurs, tels que les sécheresses, les inondations et les vagues de chaleur, et que l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde.
Le mois dernier a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale, selon le service Copernicus sur le changement climatique, avec une vague de chaleur brutale ayant entraîné des milliers de décès supplémentaires.
Juin 2026 a aussi été particulièrement sec pour les sols en Europe centrale, montre une analyse des données de l'Observatoire européen de la sécheresse. Ainsi , plus de 98% du territoire kosovar a été affecté en moyenne, un record à cette époque de l'année, de même que pour le Monténégro, dont 93% des sols étaient touchés, ainsi que pour la Hongrie ou l'Autriche. En France métropolitaine, 70% du territoire a été touché à différents niveaux.
Une atmosphère plus chaude est aussi une atmosphère plus «assoiffée», qui extrait davantage l'humidité des sols, même dans les régions ayant connu un hiver relativement humide, a précisé Dominik Schumacher, coauteur de l'étude et chercheur à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Il a également expliqué aux journalistes:
Cet assèchement rapide a également rendu les sols plus propices aux incendies de forêt, a-t-il souligné.
Une aggravation rapide de la situation
Une telle aridité extrême des sols est aujourd'hui cinq fois plus probable en Europe occidentale que dans un monde sans changement climatique, ont conclu les scientifiques du WWA. En Europe de l'Est, la probabilité est 11 fois plus élevée.
Quant à la demande évaporative observée entre avril et juin en Europe de l'Ouest, c'est-à-dire la capacité de l'atmosphère à extraire l'humidité du sol et des plantes, elle est devenue 80 fois plus probable dans le climat réchauffé actuel. Mariam Zachariah conclut:
Simon Stiell, président de l'ONU Climat, cité dans le communiqué du WWA, s'est pour sa part inquiété:
