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France: plus de démocratie dans la République (ça urge)

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Manifestation de Gilets jaunes, 3 décembre 2018. Paris.Image: EPA
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L'heure de vérité en France: c'est maintenant

L'après 7 juillet, date, ce dimanche, du second tour des législatives françaises, est synonyme d'inconnu. L'occasion, pour les anti-RN, de renforcer la démocratie en France. Au boulot!
05.07.2024, 17:03
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Les Français communient autour de la République. Ils feraient mieux de se pencher un peu plus sur la démocratie. La République française porte en elle d’indéniables valeurs. La principale étant peut-être l’universalisme, qui fait que l’individu n’est pas défini par son sang. Le grand problème, en France, avec la République, est qu’elle déresponsabilise. Elle redistribue sans compter. La démocratie fait le contraire: elle compte avant de redistribuer. La République, c’est la générosité, la démocratie, c’est l’intendance.

La France des «territoires», comme on le dirait de réserves, n’est malheureusement pas celle, idéale, tant elle est belle, des images du Tour de France. La France des territoires, c’est celle où l’intendance n’a pas suivi, ou insuffisamment. C’est celle qui a voté Rassemblement national au premier tour des législatives anticipées, le 30 juin – en attendant le second tour de ce dimanche.

Les Français qui votent RN accusent «Macron», avant lui «Hollande», d’avoir organisé l’abandon de la ruralité au profit des métropoles, autrement dit, des élites. C’est un fait, les guichets des services publics se raréfient, les médecins manquent, des succursales bancaires ferment, les prix des carburants augmentent ou restent élevés.

Le sentiment s’installe que la distance grandit entre la France qui vit et celle qui vivote.

Mais la gamberge et la colère des territoires ruraux tiennent moins à la responsabilité d’Emmanuel Macron ou de François Hollande qu’à ce qui fait système en France. Malgré la décentralisation initiée par le président socialiste François Mitterrand au début des années 1980, le pouvoir reste vertical. L’argent vient d’en haut.

Les collectivités locales attendent les dotations de l’Etat comme les Hébreux de la Bible la manne céleste. Cette organisation nourrit les illusions, elle fabrique des assistés et du conflit.

Bien malin qui peut prévoir ce que sera l’après 7 juillet en France. Si le RN n’obtient pas la majorité absolue qu’il pouvait entrevoir au soir du 30 juin, il sera tenté de crier à la victoire volée, en raison, dira-t-il, des désistements chez ses adversaires, unis pour le faire battre. Sur le terrain, des électeurs RN, qui pensaient être enfin victorieux, eux qui se disent méprisés, pourront, qui sait, se montrer irrascibles.

C’est dire la responsabilité devant l’Histoire de ceux qui seront appelés à s’entendre contre le RN, si ce dernier n’obtient pas assez de sièges pour gouverner. A ce propos, la future coalition, allant des communistes à la droite républicaine, en passant par les écologistes, les socialistes et les macroniens, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ne semblant pas partante, est-elle obligée de se liguer «contre le RN»?

Ne pas être sourd aux attentes des électeurs RN

Cette coalition de crise, si elle voit le jour, ne devra pas donner l’impression d’être sourde aux attentes des électeurs du Rassemblement national. Si les autorités peuvent agir en faveur du pouvoir d’achat et de la sécurité des citoyens, si elles peuvent réduire les flux migratoires, il leur sera plus difficile de régler le rapport parfois hostile des électeurs RN aux Noirs, aux Arabes, aux musulmans, dont la plupart sont français nés en France. On sait que le «mode de vie» est le seul bien qui reste lorsque le porte-monnaie est vide à partir du 15 du mois. Cela vaut pour le mode de vie «gaulois» et pour le mode de vie «halal», dès lors qu'il est question de musulmans pratiquants.

La réduction de la vie sociale à des pratiques culturelles basiques – le cochon versus le mouton – n'aurait jamais dû devenir l'alpha et l'omega. Heureusement, tout le monde dans la France rurale ne pense pas en fonction de ces appartenances sommaires.

La lutte contre le racisme n’étant pas négociable, toute persécution étant de l’ordre de l’abjection, la coalition miracle qui, dit-on, prépare l'alternative au RN, devra rester ferme sur la laïcité et les lois scolaires qui lui sont rattachées. Ce faisant, on ne quitte pas le cadre universel, la liberté de croire ou de ne pas croire demeure.

Et si le RN participait au pouvoir?

Idéalement, 40% des Français ayant voté pour la droite nationaliste au premier tour, il serait sain que cette droite, devant laquelle on se bouche le nez non sans raison, participe à la gestion des affaires, dans un esprit de compromis. Comme cela se fait en Suisse avec l’UDC, qui ne manque de profils d’extrême droite dans ses rangs. A ce stade, c’est sans doute encore trop tôt pour tenter l'expérience.

Ces plans sur la comète voleront en éclats si, la France étant réellement ingouvernable et toute dissolution impossible dans un laps de temps d’un an à compter de la dernière prononcée le 9 juin au soir des élections européennes, Emmanuel Macron est amené à démissionner prochainement. On risque alors de se retrouver avec une présidentielle opposant au deuxième tour Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. Le scénario cauchemardesque des modérés de tous bords.

C’est pourquoi, s'il est à ce point essentiel de «faire barrage» au RN, comme le clament les futurs partenaires d’un gouvernement qui n’existe pas encore, il importe que ces derniers fassent tout leur possible pour se montrer dignes de la tâche qu’ils auront sollicitée. Ils seraient bien inspirés d’introduire, à l’échelon local, la pratique du référendum, pour autant qu’elle ne soit pas motif à exclusion des personnes. Moins de République? Non, mais plus de démocratie dans la République. Plus de participation, moins de polarisation.

- Macron a-t-il traité Bardella de tartemolle?
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