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Commentaire

Pourquoi la polémique de Gims sur la bonne année fait mal à l'islam

En donnant des leçons de vertu prétendument islamique, le chanteur Gims opère un retour aux années où les paroles les plus extrémistes devaient concourir au pire. Les musulmans n'ont pas besoin de ça.
04.01.2022, 16:5205.01.2022, 12:21

Les propos de Gims sur la «bonne année», qu’il ne faudrait pas souhaiter lorsqu’on est un musulman, peuvent prêter à sourire, mais on peut aussi les considérer comme tristes à pleurer. Tristes, parce qu’ils nous ramènent 20 à 30 ans plus tôt; 20 à 30 ans avant les drames à répétition que furent les attentats islamistes en France.

Rompre avec l'islam des «darons»

A cette époque, les réseaux sociaux n’existaient pas encore, mais la prédication séparatiste instaurant un «nous» musulman et un «eux» non-musulman (celui des «kouffars», des «mécréants») allait bon train parmi les jeunes, dont une partie souhaitait rompre avec l’Islam des «darons» (les pères), jugé mollasson et soumis à la France comme au temps des colonies. C’était l’époque, déjà, de l’engagement dans le djihad armé en ex-Yougoslavie aux côtés des Bosniaques ou en Afghanistan dans les troupes d’al-Qaïda.

Tristes propos, parce qu’ils attestent d’un problème persistant lié à la conversion à l’islam – Gims est un converti. La religion musulmane manquant en France de solides structures, elle-même étant traversée par divers courants parfois opposés les uns aux autres, beaucoup se sont convertis à la va-vite, parfois prononçant la chahada, la profession de foi musulmane, seuls face à leur écran d’ordinateur, pensant trouver dans l’islam un cadre moral, une ligne de conduite, aussi pour faire comme le reste du «groupe», selon un principe d'assimilation.

Emprise islamiste

Cela donna un Islam hyper-prescriptif, presque entièrement axé sur la division halal-haram, le licite et l’illicite. On retrouve cet Islam-là dans la vidéo où Gims prétend établir ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. C’est là un autre problème rencontré par l’Islam, que celui de ces simples croyants s’autorisant des «rappels» d’une à deux minutes sur les réseaux sociaux: mon frère, ma sœur, n’agis pas ainsi, sois comme ci, sois comme ça… Celles et ceux qui ont vécu l’emprise islamiste des années 1990 en Algérie se souviennent de ces injonctions religieuses.

Cette intrusion dans les libertés individuelles, de jeunes musulmans et musulmanes, tenus pour tels par des entrepreneurs islamistes prenant prétexte des noms et des origines, l’ont connue en France aussi, souvent au motif de la pudeur, dont le voile était censé être le protecteur pour les femmes dès la puberté.

Ivresse prédicative

Ces «coups de pression», ces «rappels» conféraient du pouvoir, de la notoriété, un statut à ceux qui s’en faisaient une spécialité. Le rappeur-slameur Adb Al Malik, comme Gims d’origine congolaise, mais lui du Congo-Brazzaville, et comme lui converti à l’islam, a bien décrit l’ivresse prédicative de ses jeunes années dans son livre Qu’Allah bénisse la France, paru en 2005.

On peut douter que Gims ait lu ou parcouru l’ouvrage d’Abd Al Malik. Pour tout dire – mais le vœu de voir des individus s’extraire à jamais de ces impasses identitaires produit des naïvetés –, on ne pensait pas qu’une vidéo comme celle publiée par Gims serait possible en 2022, par une personnalité telle que Gims, s’entende.

Dilemmes identitaires

D’autres musulmans en référant à la tradition prophétique, pas plus que lui ne souhaitent qu’on leur dise «bonne année» ou «joyeux anniversaire», mais au moins le font-ils savoir de manière discrète et non pas par le truchement de comptes totalisant trois millions d’abonnés sur les réseaux sociaux.

Même totalement «folklo», même prise à la rigolade tant elle paraît en contradiction avec le mode de vie de son auteur, cette vidéo, du fait même de ses aspects contradictoires, peut néanmoins susciter des dilemmes identitaires menant certains individus (on pense au jeune public qui s'en est pris à Mila sur les réseaux) à rompre avec leur environnement ou, au contraire, à vouloir l'islamiser, processus synonyme de désillusions.

Malheureux propos de Gims, car ils donnent des arguments à l’extrême droite qui a fait de l’islam une cible politique: vous voyez, ça n’en finira jamais, pourra rebondir Eric Zemmour.

L'islam des fêtes

Or, non, l'islam n'est pas fait d'un seul un bloc rigoriste en France, même si des leaders politiques de gauche comme Jean-Luc Mélenchon tendent absurdement à le faire croire en usant de grosses ficelles misérabilistes. L'islam réel, pour la plupart des musulmans, c'est un legs, certes un dogme, avec lequel il est toutefois permis de composer – ce que des prêcheurs, pour certains d'anciens islamistes ayant introduit de la spiritualité dans le normatif, appellent faire preuve de «souplesse». Nombreux sont les musulmans à prendre part aux fêtes de fin d'année, à la chasse aux œufs à Pâques.

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