On s'est lancé sur le Tour de Romandie et on a pris cher
Lorsque le Tour de Romandie a annoncé que son étape reine serpenterait entre Broc et Charmey, beaucoup de cyclistes amateurs se sont demandés quelles routes le peloton pourrait bien emprunter pour avaler 149,6 km et 3175m de dénivelé positif dans la région. La réponse tient en quelques mots: triple ascension du Jaun. On connaissait déjà les deux routes principales qui mènent au sommet du col depuis les cantons de Fribourg et de Berne; l'architecte du Tour de Romandie en a déniché une troisième au départ de Garstatt, une petite localité située dans la vallée de la Simme.
On a appelé Pascal Bärtschi la semaine dernière pour qu'il nous raconte sa trouvaille. Il a décrit une route plutôt étroite mais en excellent état et, surtout, une ascension impressionnante. «Elle est un peu plus raide que les deux autres montées vers le col de Jaun car elle est plus courte», a-t-il encore ajouté, histoire de tester notre volonté.
Ce que Pascal Bärtschi ne savait pas, c'est justement que la volonté était notre atout numéro un (et presque le seul). On a un vélo qui était à la mode il y a quinze ans, des lombaires qui grincent comme une porte de grange, des poumons qui se dégonflent dès que la pente atteint les 6% et des mollets plus poilus qu'un chien de berger. Mais dans la tête, c'est autre chose: on est tellement déterminé, que le jour où l'on a décidé de découvrir la fameuse montée, on est parti d'un peu plus loin que Garstatt.
L'itinéraire en image:
On s'est élancé de Broc pour atteindre le Jaun une première fois. Ce qu'on croyait être un échauffement s'est finalement révélé être une cuisson lente à feu doux. On a ensuite basculé sur Boltigen, puis avons roulé jusqu'à Garstatt avant de remonter le col par la «nouvelle» route et de retourner à Broc. Au total, 72 bornes, 1600m de dénivelé positif et beaucoup de plaisir dans la douleur (et inversement).
On vous passe les détails de la première partie du trajet, qui est aussi la plus connue des Romands. La route est large, il y a des panneaux indicateurs partout et la montée du col côté fribourgeois est plutôt régulière, quoiqu'un brin revêche sitôt après le village de Jaun. Ça devient nettement plus intéressant quand on arrive à Garstatt, puisqu'aucune indication ne permet de trouver la route vers le Jaun. Et pour cause: cette voie est interdite aux automobilistes (hors-résidents).
Très vite, on retrouve toutes les «qualités» que Pascal Bärtschi mentionnait au sujet de cette ascension de 7,7 km pour 649m de dénivelé positif: la route est étroite, le revêtement lisse et la pente abrupte.
Le tracé serpente entre les maisons que l'on voit en plissant les yeux, le souffle court. Si la grimace est le sourire du cycliste, on a beaucoup ri au début de la montée.
Quelques instants plus tard, alors qu'on est occupé à prendre des notes et des photos, on aperçoit Tim. Il a le vélo de Mathieu van der Poel, une superbe tenue de cycliste dont on ferait sauter chaque couture rien qu'en l'essayant, et les cuisses d'un pistard. Tim a été envoyé sur cette route à ce moment précis pour nous faire comprendre que nous n'y sommes pas à notre place. Sa présence exprime ce que la montagne ne peut dire. C'est un peu vexant, mais Tim est aussi très sympa, et comme il habite Charmey et qu'il emprunte cette montée une vingtaine de fois par saison, il a des choses à en dire:
Une odeur particulière se dégage également lorsque nous pénétrons dans le secteur de la forêt, alors que le soleil frappe les sapins. C'est celle de la résine et des huiles du bois. Un parfum légèrement balsamique qui accompagne une pente plus douce. Tim avait raison: peu après que nous l'ayons laissé prendre un peu d'avance, on s'aperçoit que la route est moins pentue. Elle s'ouvre même sur un panorama spectaculaire avec les Alpes bernoises en toile de fond.
Un dernier effort nous permet de rejoindre la route ouverte aux voitures depuis Reidenbach et d'en terminer avec le col quelques hectomètres plus loin.
Il n'y a ensuite (presque) plus que de la descente vers le village de Jaun, Charmey puis Broc, que l'on retrouve après un peu moins de 5h de selle. Aussitôt arrivé, on envoie un petit message à Pascal Bärtschi pour le remercier d'avoir ajouté cette montée au tracé de la boucle romande. Une pépite que va découvrir le peloton du «TdR» samedi et qu'on se réjouit de revoir à la télévision cette fois, et sans plisser les yeux.
