
Trump est condamné à survivre s’il ne veut pas mourir
Donald Trump est sans doute le président américain le plus menacé de ces dernières décennies. «Il est beaucoup plus en danger que ne l’ont été ses prédécesseurs depuis Abraham Lincoln», va même jusqu’à affirmer le directeur de l’Observatoire politique des Etats-Unis de l’Iris, au Parisien.
Sa rocambolesque exfiltration en Turquie il y a un mois, dans un petit camion de restauration façon Carlos Ghosn et sa valise, n’a donc rien d’une plaisanterie. Mercredi, le New York Times a en outre révélé que l’Iran en savait décidément beaucoup trop sur son séjour à Ankara, à l’occasion du sommet de l’Otan.
Si le gourou MAGA est dans le viseur iranien depuis longtemps, la manière avec laquelle il a choisi de commenter cette entourloupe du Secret Service dit beaucoup de son besoin viscéral d’incarner l’homme menacé, mais invincible, à moins de trois mois des midterms: «Ils voulaient me mettre dans un autre vol, dans un autre avion, avec la même sécurité, ils voulaient que je le fasse, donc je l'ai fait. Je fais ce qu'ils me disent».
Autrement dit, dans l’esprit de Trump, il était absolument hors de question de passer pour celui qui a eu peur, pour celui qui a volontairement fui le danger en douce, dans une boîte roulante gorgée de plateaux-repas.
.@POTUS: "I have a lot of threats that you don't know about. Any consequential President has a lot of threats. Non-consequential Presidents don't get threatened — and I think that I'm maybe the most consequential President." 🔥 https://t.co/UBAPgiR4P8 pic.twitter.com/YKFQjmxN3V
— Rapid Response 47 (@RapidResponse47) August 12, 2026
Oui, Trump est un président important. Non seulement parce que tout président américain est l’homme le plus puissant de la planète, mais la personnalité clivante de l'octogénaire a évidemment renforcé les velléités de l’éliminer.
Un petit détour sur la plateforme X semble confirmer que cette stratégie de communication a été efficace. Du moins auprès de ses fidèles les plus enracinés et bavards, persuadés que leur président, sans les ordres de son cordon sécuritaire personnel, aurait affronté la menace iranienne le poing levé vers le ciel, comme à Butler lorsque la balle d’un tireur isolé avait frôlé son lobe durant la campagne.
Donald Trump a toujours été très à l’aise dans cette espèce d’ego trip du grand méchant que plus d’un rêve de refroidir d’une balle dans la tête. Les tentatives d’assassinat à son encontre ont été nombreuses et devraient se multiplier à mesure que l’on se rapproche des élections de mi-mandat.
Contrairement à ce qu’il martèle, le Moyen-Orient n’est de loin pas la principale source de menace. Bien sûr, l’épisode du camion de catering en Turquie lui permet de détourner les regards d’une guerre désapprouvée désormais par près de 70% de la population américaine. Ce danger de mort auquel il est (véritablement) confronté à l’international lui offre de quoi justifier l’obstination iranienne qui risque de lui être fatale dans les urnes.
Mais c’est dans son propre pays qu’il est le plus exposé. Menacé par des citoyens manifestement prêts à tout pour le voir tomber, quitte à se muer en assassins, Trump semble parfois vouloir oublier que la violence de sa politique a ébranlé les Américains bien avant d’agacer le reste du monde.
Même si ça peut paraître complètement absurde, Trump est condamné à survivre physiquement s’il ne veut pas mourir politiquement. Autrement dit, son destin d’homme puissant en éternel sursis, qu’il s’est plu à façonner de toute pièce, est peut-être sa meilleure chance de rassurer et de réconcilier un mouvement MAGA désormais aussi fragile que lui.
Une base dont l'amour n'a jamais été aussi fort que lorsque son président est personnellement attaqué. On l’avait compris durant son marathon judiciaire avant l’élection de 2024 et ça s’est confirmé sur le terrain, à Butler ou sur son golf de West Palm Beach, en Floride.
Alors qu’il est déjà dans l’obligation de battre le pavé et de collectionner les apparitions publiques, Donald Trump aura sans doute tout le loisir d’user de son rôle fantasmé de survivant éternel jusqu’au 3 novembre. Si les tentatives d’assassinat ont joué un rôle non négligeable durant l’élection présidentielle, pas sûr que ça suffise, cette fois, à limiter la casse au Congrès.
