International
Commentaire

Trump est condamné à survivre s’il ne veut pas mourir

GIF animéJouer au GIF
Pour Trump, il était absolument hors de question de passer pour celui qui a eu peur, pour celui qui a discrètement et volontairement fui le danger en changeant d’avion. image: getty, MOntage: watson
Commentaire

Trump est condamné à survivre s’il ne veut pas mourir

L’hallucinant récit de son exfiltration en Turquie prouve une nouvelle fois que son statut de président menacé, mais invincible, est sa seule arme pour tenter réconcilier un clan MAGA qui s’émiette, à moins de trois mois des midterms. Pas sûr, cette fois, que ça suffise.
12.08.2026, 18:5812.08.2026, 18:58

Donald Trump est sans doute le président américain le plus menacé de ces dernières décennies. «Il est beaucoup plus en danger que ne l’ont été ses prédécesseurs depuis Abraham Lincoln», va même jusqu’à affirmer le directeur de l’Observatoire politique des Etats-Unis de l’Iris, au Parisien.

Sa rocambolesque exfiltration en Turquie il y a un mois, dans un petit camion de restauration façon Carlos Ghosn et sa valise, n’a donc rien d’une plaisanterie. Mercredi, le New York Times a en outre révélé que l’Iran en savait décidément beaucoup trop sur son séjour à Ankara, à l’occasion du sommet de l’Otan.

«Les Iraniens savaient précisément où M. Trump séjournait, y compris à quel étage, et une personne armée d’un missile sol-air portable avait été aperçue aux abords du sommet»
Le New York Times citant «deux responsables bien informés»

Si le gourou MAGA est dans le viseur iranien depuis longtemps, la manière avec laquelle il a choisi de commenter cette entourloupe du Secret Service dit beaucoup de son besoin viscéral d’incarner l’homme menacé, mais invincible, à moins de trois mois des midterms: «Ils voulaient me mettre dans un autre vol, dans un autre avion, avec la même sécurité, ils voulaient que je le fasse, donc je l'ai fait. Je fais ce qu'ils me disent».

Autrement dit, dans l’esprit de Trump, il était absolument hors de question de passer pour celui qui a eu peur, pour celui qui a volontairement fui le danger en douce, dans une boîte roulante gorgée de plateaux-repas.

«J'ai beaucoup de menaces dont vous n'êtes pas au courant. Tout président important a beaucoup de menaces. Les présidents non importants ne reçoivent pas de menaces et je pense que je suis sans doute le président le plus important»
Donald Trump

Oui, Trump est un président important. Non seulement parce que tout président américain est l’homme le plus puissant de la planète, mais la personnalité clivante de l'octogénaire a évidemment renforcé les velléités de l’éliminer.

Un petit détour sur la plateforme X semble confirmer que cette stratégie de communication a été efficace. Du moins auprès de ses fidèles les plus enracinés et bavards, persuadés que leur président, sans les ordres de son cordon sécuritaire personnel, aurait affronté la menace iranienne le poing levé vers le ciel, comme à Butler lorsque la balle d’un tireur isolé avait frôlé son lobe durant la campagne.

Donald Trump a toujours été très à l’aise dans cette espèce d’ego trip du grand méchant que plus d’un rêve de refroidir d’une balle dans la tête. Les tentatives d’assassinat à son encontre ont été nombreuses et devraient se multiplier à mesure que l’on se rapproche des élections de mi-mandat.

Contrairement à ce qu’il martèle, le Moyen-Orient n’est de loin pas la principale source de menace. Bien sûr, l’épisode du camion de catering en Turquie lui permet de détourner les regards d’une guerre désapprouvée désormais par près de 70% de la population américaine. Ce danger de mort auquel il est (véritablement) confronté à l’international lui offre de quoi justifier l’obstination iranienne qui risque de lui être fatale dans les urnes.

Mais c’est dans son propre pays qu’il est le plus exposé. Menacé par des citoyens manifestement prêts à tout pour le voir tomber, quitte à se muer en assassins, Trump semble parfois vouloir oublier que la violence de sa politique a ébranlé les Américains bien avant d’agacer le reste du monde.

Même si ça peut paraître complètement absurde, Trump est condamné à survivre physiquement s’il ne veut pas mourir politiquement. Autrement dit, son destin d’homme puissant en éternel sursis, qu’il s’est plu à façonner de toute pièce, est peut-être sa meilleure chance de rassurer et de réconcilier un mouvement MAGA désormais aussi fragile que lui.

Une base dont l'amour n'a jamais été aussi fort que lorsque son président est personnellement attaqué. On l’avait compris durant son marathon judiciaire avant l’élection de 2024 et ça s’est confirmé sur le terrain, à Butler ou sur son golf de West Palm Beach, en Floride.

Alors qu’il est déjà dans l’obligation de battre le pavé et de collectionner les apparitions publiques, Donald Trump aura sans doute tout le loisir d’user de son rôle fantasmé de survivant éternel jusqu’au 3 novembre. Si les tentatives d’assassinat ont joué un rôle non négligeable durant l’élection présidentielle, pas sûr que ça suffise, cette fois, à limiter la casse au Congrès.

Où admirer l'éclipse? 3 outils vous aident à trouver l'endroit idéal
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Ces start-up de défense rendent «une attaque russe plus difficile»
Les start-up de défense se multiplient dans les pays baltes, portées par la guerre en Ukraine. La Lituanie veut ainsi renforcer ses capacités face aux menaces russes.
Lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine, Rapolas Markevicius dirigeait un fonds de capital-investissement en Lituanie, pays balte situé sur le flanc oriental de l'Otan, qui craint de devenir la prochaine cible de Moscou.
L’article