Elections en Israël: voici ce que risque Netanyahou en cas de défaite
Benjamin Netanyahou doit attendre fébrilement les résultats du scrutin de ce mardi. Après 18 ans à la tête du gouvernement, son parti, le Likoud, pourrait perdre plus d’un tiers de ses sièges. Les derniers sondages donnaient au Likoud au maximum 21 sièges sur 120 au Parlement (la Knesset); en 2022, il en avait encore 32.
Selon les sondages des trois grandes chaînes de télévision locales, sa coalition gouvernementale reste à onze sièges de la majorité absolue. Cependant, une défaite de Netanyahou ne garantit pas pour autant un changement de pouvoir à ses adversaires: pour cela, ils devraient trancher la question délicate de savoir s'ils souhaitent s'appuyer sur les partis arabes, et de quelle manière.
Pas de fin de carrière politique en vue
Pour pouvoir rester quatre ans de plus au bureau du premier ministre, Netanyahou a effectué, ces derniers jours, un véritable marathon électoral. Il a multiplié les passages dans les studios de télévision, tourné des clips vidéo, visité des bases militaires et des marchés locaux, toujours suivi d’une cohorte d’équipes de tournage et de sécurité.
On ignore pour l’heure quels seraient ses plans en cas de défaite. Une chose est néanmoins sûre: il restera en fonction pour expédier les affaires courantes jusqu’à l’investiture d’un nouveau gouvernement.
Il entend, dans tous les cas, rester à la tête du Likoud, a-t-il affirmé à la mi-octobre. Un retour, comme il l’a déjà fait par le passé, lui trotte vraisemblablement dans la tête. Plusieurs alliés du parti ont déjà pris leurs distances avec lui, et, s’il perdait, d’autres rejoindraient probablement cet exode. Mais «Netanyahou partira quand il voudra», affirme un initié du parti lors d’un entretien. Celui qui tenterait de l’écarter serait puni.
De potentiels gros ennuis judiciaires
Son procès pour corruption devrait également continuer de l’occuper après une éventuelle perte du pouvoir. Aucun jugement ne sera cependant rendu le soir du scrutin, et l’avenir judiciaire de Netanyahou, de même que la date d’un verdict restent incertains. De plus, un recours devant la Cour suprême serait possible.
En cas de condamnation pour corruption, au plus tôt dans deux ou trois ans, il risque une peine de prison. Dans l’opposition, il disposerait de moins de moyens qu’aujourd’hui pour exercer une pression politique sur la justice. Le procès pour corruption se poursuivrait alors et pourrait, en cas de condamnation, entraîner une exclusion des fonctions publiques.
Sa demande de grâce, déposée en novembre 2025, est entre les mains du président Isaac Herzog, qui veut d’abord obtenir un accord dans la procédure. Parallèlement, les déplacements du premier ministre seraient limités. En raison du mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale émis à son encontre, Benjamin Netanyahou évite la plupart des pays européens. Aux Etats-Unis, il serait en revanche le bienvenu.
Il devra toutefois compter, en cas de défaite électorale, avec la pression politique d’un nouveau gouvernement en faveur d’une enquête d’Etat sur les événements du 7 octobre.
L'épineuse question de la menace iranienne
Durant sa campagne en revanche, Netanyahou, qui a fêté ses 77 ans il y a quelques jours, n’a montré aucun signe de faiblesse. Il a dépeint un pays dont la survie dépendrait de lui seul, car une attaque atomique iranienne, un «deuxième Holocauste», menacerait s’il était battu. Une image générée par intelligence artificielle qu’il a diffusée montre un champignon atomique au-dessus de Tel-Aviv.
Son épouse, Sara, a formulé le message sans détour devant des femmes du Likoud:
Benjamin Netanyahou a adapté sa rhétorique en conséquence. Devant des diplômés de l’école d’officiers, il a souligné qu’il n’existait qu’un moyen d’éliminer une fois pour toutes la menace iranienne: «renverser le régime». C’est la consigne qu’il a donnée à l’armée, au Mossad et aux services de sécurité.
Quelques jours plus tard, on a appris qu’une confrontation d’une virulence exceptionnelle avait opposé le chef de l’Etat-major général Eyal Zamir et Netanyahou sur la conduite à adopter face à l’Iran. Eyal Zamir craint que des démarches de la direction politique ne provoquent une erreur de calcul et une escalade militaire soudaine. Au sein de l’armée, on s’inquiète en outre de voir le dossier iranien instrumentalisé à des fins politiques.
Pourtant, Netanyahou avait affirmé le mois dernier devant l’ONU que les armes atomiques de l’Iran avaient été anéanties. En mars, il avait assuré que l’Iran ne pouvait plus menacer l’existence d’Israël. A l’approche du scrutin, la certitude de la victoire fait place aux avertissements de désastre.
Selon CNN, Benjamin Netanyahou a pressé les Etats-Unis de mener avec lui une attaque commune contre l’Iran avant même l’élection, mais Donald Trump n’a pas donné son feu vert. Le président américain l’aurait invité à patienter, tout en laissant entrevoir des opérations militaires conjointes dans un avenir proche. Un avertissement du chef de l’Etat-major général Eyal Zamir aurait contribué à la retenue de Trump.
Trump appelle à élire son ami
Le président américain a néanmoins soutenu ostensiblement Netanyahou avant le scrutin. Trump a déjà recommandé à deux reprises sa réélection et l’a salué comme un «grand premier ministre guerrier». Sur Truth Social, il a réaffirmé:
Il faisait ainsi allusion au renversement du régime à Téhéran et au programme atomique de l’Iran.
L’opposition craint que Netanyahou ne subordonne des décisions militaires au maintien de son pouvoir. En ce sens, une nouvelle guerre compliquerait la formation d’un gouvernement successeur et pousserait des rivaux à rejoindre un gouvernement d’urgence. Il ne s’agit toutefois pas d’un plan avéré. Netanyahou rejette l’accusation de préparatifs de guerre à visée électorale. (trad. ysc)
