Heurts lors d'une manifestation contre la corruption en Albanie
Tirs de balles en caoutchouc de la police contre mortiers d'artifices de manifestants: le son des détonations a secoué durant plusieurs heures le coeur de Tirana samedi lors d'une nouvelle escalade dans la contestation contre la corruption et les conditions d'études.
Plus de 300 blessés recensés
Samedi pendant plus de quatre heures, la police a tenté, notamment par des canons à eau, de disperser des groupes de manifestants qui, pour certains, voulaient s'en prendre, munis d'engins incendiaires, à des édifices ministériels ou au siège du parti socialiste du premier ministre Edi Rama.
Depuis la mi-octobre avec la rentrée scolaire et l'arrivée de lycéens et étudiants dans la rue, la contestation née contre un projet de complexe touristique lié à la famille du président américain Donald Trump a pris une autre dimension. Aux cortèges pacifiques essentiellement non violents ont fait place des manifestations émaillées de violences qui ont fait, selon les autorités, plus de 300 blessés.
Le ministère de la Santé a fait état de treize blessés pour la seule journée de samedi. Parmi eux huit manifestants, dont un atteint à l'oeil par une balle en caoutchouc, ainsi que deux journalistes et trois policiers.
Les perspectives d'avenir manquent au pays
«On est là pour une seule raison: on ne veut pas construire nos rêves ailleurs», a résumé Rosela Mira, en première année de médecine dans la capitale albanaise. «Je souhaite avoir un avenir ici». Sa soeur, lycéenne, décrit des conditions d'éducation dégradées, avec «40 élèves par classe».
De nombreux magasins ont tiré le rideau. Des feuilles de papier A4 scotchées sur certains d'entre eux disent: «Pas touche, nous sommes avec vous». Le 13 octobre, des devantures avaient été brûlées.
Un projet de la famille de Trump a tout déclenché
L'étincelle de la contestation a été un projet touristique lié au gendre de Donald Trump, Jared Kushner. Prévu dans une zone naturelle protégée, il avait été présenté pour la première fois en 2024. Mais c'est l'apparition, fin mai, de barbelés sur les plages de Zvernec qui a tout déclenché.
Sans leader identifié, ce mouvement réclame depuis le départ l'annulation de ce projet immobilier, ainsi que la révision des lois sur les aires protégées et les investissements stratégiques.
Puis ont aussi été dénoncés les conditions d'enseignement et le manque de perspectives, alors que plus de 1,5 million d'habitants ont quitté le pays depuis la fin du communisme en 1990. Restent aujourd'hui en Albanie quelque 2,3 millions de personnes, avec un salaire moyen brut d'environ 930 euros.
Une liste d'auteurs de violence
Le socialiste Edi Rama au pouvoir depuis 2013 a dénoncé «une guerre hybride», une violence «orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l'extérieur, par des acteurs étrangers».
Il a publié une liste d'une quarantaine de personnes, désignées par leurs initiales mais avec leurs photos, qu'il présente comme auteurs de violences. Dans le même temps, il a de nouveau demandé samedi aux directeurs d'institutions publiques de présenter leur démission. En fin d'après-midi, il a posté une vidéo montrant le siège de l'opposition avec comme inscription «'étudiants', université de la violence». (btr/ats)
