Réserves de pétrole: l'UE prête à prendre un gros risque
Les réserves stratégiques européennes permettraient de tenir 90 jours si la guerre en Iran entraînait une pénurie mondiale de pétrole. Les règles de l'UE et les accords conclus dans le cadre de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) obligent les Etats européens à constituer des réserves d'urgence.
La Suisse dispose également de telles réserves. Selon les informations fournies par l'Office fédéral pour l'approvisionnement économique du pays (Ofae), celles-ci permettraient de couvrir les besoins pendant quatre mois et demi. L'Ofae indique que l'approvisionnement de la Suisse en produits pétroliers est actuellement assuré.
Mais pour combien de temps encore? En Europe, on discute déjà de la possibilité de puiser dans les réserves stratégiques. Lundi, les ministres des Finances des pays occidentaux du G7 ont déclaré qu'ils prendraient «toutes les mesures nécessaires» et, si nécessaire, mobiliseraient également ces réserves. Mardi, l'Allemagne a dit débloquer une partie de ses réserves stratégiques.
Une stratégie à double tranchant
Le G7 dispose d'environ 1,4 milliard de barils de pétrole brut. S'il en mettait 300 à 400 millions sur le marché, cela enverrait un signal fort au marché, avec un effet potentiellement modérateur sur les prix.
Il existe toutefois un risque que l'effet inverse se produise. Les acteurs du marché pourraient interpréter le recours aux réserves comme le signe que la crise pétrolière a définitivement éclaté. Cela entraînerait alors des achats massifs et une hausse supplémentaire des prix.
Depuis leur création dans les années 1970, les réserves n'ont été utilisées que quatre fois. À savoir pendant la guerre du Golfe en 1990-1991, après l'ouragan Katrina en 2005 aux Etats-Unis, après la chute du dictateur libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine en 2022. Ces libérations ont été coordonnées au niveau international.
L'exemple allemand
L'Allemagne détient les plus grandes réserves de pétrole en Europe. Pour des raisons de sécurité, elles sont réparties de manière décentralisée sur le territoire fédéral. Les principaux dépôts se trouvent dans d'anciennes mines de sel, comme à Etzel en Frise orientale. D'autres dépôts sont situés en surface, par exemple dans les grands ports ou à proximité des nœuds de pipelines. Cela permet une distribution rapide en cas d'urgence. Outre le pétrole brut, il existe également des réserves obligatoires d'autres produits pétroliers comme le diesel, l'essence, le mazout ou le kérosène.
Les entreprises privées jouent un rôle central dans l’approvisionnement d’urgence. En Allemagne, par exemple, tous les importateurs et transformateurs de produits pétroliers sont tenus de constituer des réserves obligatoires. Le Conseil de prévoyance pour l'épargne pétrolière (EBV), mandaté par les entreprises, organise et surveille la constitution de ces réserves. Aux Etats-Unis, en revanche, de vastes cavernes pétrolières appartiennent à l’Etat.
Attention à ne pas confondre les réserves stratégiques avec les stocks détenus par les armées. Celles-ci stockent également des produits pétroliers, notamment des carburants, afin de garantir leur capacité opérationnelle en cas de crise. Les directives que l'Otan impose à ses membres à cet égard sont confidentielles et font partie de la planification de la défense.
Le réseau de distribution parallèle de l'Otan
Outre le stockage dans les bases militaires, les ports maritimes et les dépôts souterrains, l'Otan dispose de son propre réseau de distribution, appelé «NATO Pipeline System» (NPS). Il s'étend sur plusieurs milliers de kilomètres et relie les ports maritimes aux bases aériennes et aux principaux sites de l'Otan. En temps de paix, il peut également être utilisé à des fins commerciales.
Dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Otan a l'intention d'étendre son réseau de pipelines. Le flanc est du territoire de l'alliance est encore trop peu développé, et le carburant est encore en grande partie acheminé vers l'est par rail ou par route. En cas de conflit, cette faiblesse logistique pourrait compromettre l'approvisionnement en carburant des troupes de l'Otan. (trad.: mrs)
