Voici les ravages de la «pluie de pétrole» qui tombe sur Téhéran
Ce dimanche matin, les habitants de Téhéran se sont réveillés en pleine nuit. Une fumée sombre et épaisse a enveloppé la ville et l'a plongée dans les ténèbres. «On dirait qu’un monstre noir a englouti le ciel», résumait auprès du Time une résidante, tandis que d'autres décrivaient un paysage «infernal» et «apocalyptique».
La nuit précédente, l'armée israélienne a bombardé 30 dépôts pétroliers iraniens, quatre desquels situés à proximité de la capitale. Les frappes ont fait au moins six morts et déclenché d'immenses incendies, qui ont brûlé pendant des jours et libéré dans l'atmosphère d'immenses quantités de fumée toxique - une couche noire qui s'est progressivement installée au-dessus de la ville.
Les effets ont été immédiats: plusieurs journalistes présents sur place ont décrit une «pluie noire» et «saturée d'hydrocarbures» s'abattant sur la ville. «Il pleut du pétrole», a par exemple déclaré un reporter de CNN, une phrase qui a rapidement fait le tour du monde.
Alors que voitures et bâtiments se recouvraient d'un dépôt grisâtre, les habitants ont commencé à souffrir de difficultés respiratoires, de maux de tête, d'irritations cutanées et de douleurs au visage, aux yeux et à la bouche.
Suie et métaux lourds
Ces troubles risquent toutefois de n'être que le début, alertent plusieurs scientifiques. «Cet incident soulève de graves préoccupations sanitaires pour les habitants de Téhéran, tant à court terme qu'à long terme», souligne l'organisation britannique «Conflict and Environment Observatory» (CEOBS), dans une analyse publiée ce lundi.
Ces incendies propagent dans l'air de nombreuses substances nocives, dont le monoxyde de carbone, le dioxyde de soufre, ainsi que des particules composées de suie, de matières organiques et de métaux lourds. Nombre de ces composants sont «fortement cancérigènes», rappelle le Huff Post, ainsi qu'extrêmement fins. Cela permet aux particules de pénétrer dans le corps, contaminer le système respiratoire et toucher l'ensemble des organes.
L'exposition à ces substances peut engendrer des maladies respiratoires et cardiovasculaires, des atteintes du système nerveux et de l’hypertension. Les enfants, les personnes âgées et celle souffrant d'autres maladies sont particulièrement vulnérables, a indiqué le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans une déclaration partagée sur X. De plus, le niveau de pollution atmosphérique de Téhéran, normalement très élevé, risque d'aggraver ces problématiques, note le CEOBS.
La structure et l'emplacement de la capitale empirent également la situation, explique le CEOBS. En effet, Téhéran est encerclée par de hauts sommets montagneux, lesquels «limitent fortement la circulation de l'air» à l'intérieur de la ville et «agissent comme un couvercle piégeant les polluants». A l'échelle de la rue, un dense tissu urbain et des immeubles de grande hauteur créent des «canyons urbains» et restreignent encore davantage la ventilation.
Des effets jusqu'en Sibérie
Les incendies provoqués par les bombardements soulèvent également d'importants dangers pour l'environnement, qui ne se limitent pas à la capitale iranienne. Des produits pétroliers se sont notamment infiltrés dans le réseau de canalisation de la ville et risquent par conséquent d'être rejetés dans la nature - contaminant les cours d'eau, les sols agricoles et les eaux souterraines.
Deuxièmement, la fumée des incendies peut être transportée par le vent et redescendre au sol à des milliers de kilomètres de distance. Des simulations effectuées par le CEOBS sur la base des prévisions atmosphériques montrent que la masse d'air pourrait atteindre la Sibérie. Le rapport précise:
«Les dommages causés aux installations pétrolières en Iran risquent de contaminer les aliments, l'eau et l'air», résume Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Des attaques «inhabituelles»
Les frappes visant dépôts pétroliers et raffineries sont courantes en temps de guerre, note le CEOBS. Les multiples attaques menées par l'Ukraine sur le sol russe en sont l'exemple le plus récent et médiatisé. Les belligérants justifient leurs actes en affirmant que ces infrastructures contribuent à l'effort de guerre et à l'économie du pays adversaire.
Pourtant, les bombardements israéliens représentent un cas particulier, selon le CEOBS:
Cela expose un grand nombre de personnes à un mélange dangereux de polluants, note l'organisation. «Ces facteurs auraient dû influencer les calculs juridiques et militaires d'Israël, si la protection des civils était considérée comme une priorité», conclut le CEOBS. De leur côté, les Etats-Unis ont rapidement pris les distances par rapport à ces frappes, remettant en question leur ampleur et leur justification stratégique.
