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Crise du logement: ils ont construit un camp au milieu de Madrid

A Madrid, la pénurie de logements a créé un mouvement protestataire de grande ampleur.
A Madrid, la crise du logement a créé un mouvement protestataire de grande ampleur.Image: Imago

Cette place mythique de Madrid est devenue un immense campement

Née après l’expulsion d’une octogénaire, une mobilisation contre la pénurie de logements a transformé une place emblématique de Madrid en campement solidaire, avec l’ambition de faire changer les choses.
25.10.2026, 11:5225.10.2026, 11:52
Diego URDANETA, Madrid, Espagne / AFP

Au cœur de Madrid, une cité rebelle a vu le jour, avec ses centaines de tentes, sa cantine, son infirmerie. Installé depuis un mois sur la place Puerta del Sol, ce campement est le symbole de la lutte pour le logement, thème central des prochaines élections.

 «Nous avons obtenu pas mal de choses, nous avons réussi à faire avancer les élections  législatives», se félicite Marcos Navarro, un Madrilène de 22 ans qui dort à Sol depuis le 27 septembre, deuxième jour de l'occupation par les manifestants de cette place emblématique et très touristique.

Un mouvement parti d'une histoire tragique

Ce technicien de laboratoire fait référence aux élections anticipées du 29 novembre, convoquées par le premier ministre socialiste Pedro Sánchez après son échec à faire adopter par les députés deux textes destinés à tenter d'endiguer les effets de la crise du logement.

Sur le campement de la Puerta del Sol, un autel couvert de bougies et de fleurs honore Maricarmen Abascal, cette octogénaire madrilène dont l'expulsion, et le décès quelques jours plus tard, ont déclenché le mouvement. Son portrait veille symboliquement sur l'océan de bâches et de tentes, traversé d'allées baptisées «La Colère» ou encore «A bas les murs».

Des «places», où se tiennent chaque jour des assemblées entre les militants, ont également été rebaptisées, notamment en hommage à Gaza.

Le lieu est «une micropole dystopique moderne» , résume Sufian Ben, un anthropologue et danseur de 32 ans, en guidant l'AFP à travers les tentes jusqu'à la cantine, la bibliothèque, la quincaillerie ou encore l'infirmerie.

Maricarmen, une femme de 87 ans atteinte d'un handicap à 50 %, résidait depuis 1956 dans un appartement du quartier de Retiro, à Madrid, en Espagne.
Expulsée de chez elle le 23 septembre, Maricarmen, 87 ans, était devenue le symbole de la crise du logement qui frappe les Espagnols les plus démunis. Elle est décédée le 7 octobre.Image: AFP

Un mouvement qui ne fait pas que des heureux

«Il y a des infirmiers, des médecins, des psychologues, des assistantes sociales, on se relaie», explique Orlando Santander, un aide-soignant de 42 ans qui s'interrompt pour donner un médicament contre le mal de tête à un jeune.

«Nous prodiguons essentiellement les premiers secours» pour traiter les «coups» infligés, dit-il, par les policiers.

Le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez a écarté l'idée de faire évacuer le campement, une décision qui a provoqué l'ire du maire de Madrid, le conservateur José Luis Martínez-Almeida, et de la présidente de la région, sa collègue du Parti populaire Isabel Díaz Ayuso. Cette dernière, dont les démarches judiciaires pour obtenir l'évacuation du site sont restées vaines jusque-là, a tonné:

«Ils vont tuer tous les commerces du centre de Madrid. Mais ce n'est pas seulement ça, c'est (aussi) l'image de l'Espagne aux yeux du monde qui est en jeu.»
Isabel Díaz Ayuso.
Isabel Díaz Ayuso.Image: Imago

Elle a, toutefois, fermé pendant plusieurs heures pour «insalubrité» la station de métro très fréquentée située sous les tentes. Des groupes d'ultradroite ont également tenté à plusieurs reprises de s'approcher du campement, mais en ont été empêchés par la police.

Certains commerçants partagent ces critiques, comme Pedro Mora, propriétaire d'une maroquinerie à quelques mètres de là, qui assure que son commerce a perdu «un tiers» de son chiffre d'affaires depuis un mois. D'autres établissements se montrent, quant à eux, solidaires et aident les campeurs.

«J'ai pensé aux menstruations, à la difficulté de les gérer dans un espace comme le campement, donc j'ai rapidement fabriqué une pancarte» proposant l'accès aux toilettes, mais aussi la possibilité «de recharger son téléphone» ou simplement de «venir se reposer», explique Alba Varela, gérante de la librairie féministe «Les femmes».

La station de métro.
La station de métro.Image: Imago

Un effet de propagation en Europe

Les questions d'hygiène ne sont qu'un des nombreux défis du quotidien pour les occupants. Orlando Santander, persuadé que cette mobilisation est devenue indispensable, au moment où la location d'un appartement de 50 mètres carrés coûte en moyenne à Madrid environ 1170 euros par mois (1080 francs), soit près de la moitié du salaire brut moyen, sourit:

«Au début, c'est un peu compliqué, parce que tu n'es pas habitué à dormir par terre, mais après tu finis par t'y habituer.»

Tous les militants se réjouissent, par ailleurs, que la colère sociale se soit propagée à d'autres pays d'Europe. Ayla Herrero, qui vit toujours à 26 ans chez ses parents à cause des prix élevés de l'immobilier, estime:

«Nous avons clairement inspiré certains (…) et je pense que l'Espagne est un pays qui a toujours eu un fort esprit de lutte.»

Les manifestants et militants resteront, avertit Marcos Navarro, «jusqu'à ce qu'on nous chasse ou jusqu'à ce que les choses changent vraiment». Il conclut:

«Ce n'est que le début! On va monter en puissance»
Les tentes s'étirent à perte de vue sur la place.
Les tentes s'étirent à perte de vue sur la place.Image: Imago
Vous avez mérité des photos de lapins fluffy:
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Sauvetage improbable en Romandie
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